Burkina Faso : 22,25 milliards FCFA de la BOAD validés par le gouvernement, entre finance inclusive et route stratégique du Sahel

Le Burkina Faso continue d’avancer sur un fil tendu : financer l’économie réelle, protéger les ménages vulnérables et maintenir l’investissement public, tout en affrontant une crise sécuritaire qui reconfigure les priorités nationales. Réuni en Conseil des ministres le 19 février 2026, le gouvernement a adopté deux ordonnances autorisant la ratification d’accords de prêts signés avec la Banque Ouest-africaine de développement (BOAD) pour un montant cumulé de 22,25 milliards FCFA. Deux signatures, deux urgences, une même logique : mettre de l’argent là où l’impact est immédiat.
D’un côté, l’inclusion financière à grande échelle. De l’autre, une route nationale vitale pour le désenclavement du Sahel burkinabè. Ce duo de financements raconte, en creux, la stratégie actuelle de l’État : consolider la résilience des populations par l’accès aux services financiers, et sécuriser l’économie par la mobilité et les échanges.
Deux prêts, un même message : l’investissement ne s’arrête pas
Le premier prêt porte sur un chantier souvent sous-estimé, mais essentiel : la finance inclusive. Le second vise un axe routier qui, dans la réalité burkinabè, n’est pas seulement une infrastructure : c’est une ligne de vie économique et sociale. En ratifiant ces deux accords, l’exécutif transforme des signatures techniques en engagements souverains, conformément à la loi du 29 décembre 2025 qui autorise le gouvernement à valider, par ordonnances, les conventions conclues avec les partenaires techniques et financiers.
12,25 milliards FCFA pour la finance inclusive : la microfinance comme bouclier social
Le premier accord, signé le 4 décembre 2025, concerne le financement partiel de la troisième tranche du Projet de promotion de la finance inclusive pour l’accès des populations à faibles revenus aux services financiers (PPFIP). La BOAD y apporte un prêt de 12,25 milliards FCFA, sur un coût total de projet estimé à 44,372 milliards FCFA.
Le cœur du programme est limpide : améliorer les conditions socioéconomiques des populations les plus vulnérables en facilitant l’accès à des services financiers adaptés. Ici, la microfinance n’est pas un simple outil de crédit. C’est un instrument d’autonomie, de stabilisation des revenus, de protection face aux chocs et, souvent, un premier point d’entrée vers la formalisation économique.
Le projet veut renforcer le rôle des institutions de microfinance pour accélérer l’inclusion financière, soutenir la protection sociale et améliorer la résilience des ménages vulnérables. Il prévoit aussi le développement de services financiers de proximité, pensés pour des réalités locales où l’éloignement, le coût d’accès et l’absence de garanties formelles freinent encore l’entrée dans le système financier.
Les cibles sont clairement identifiées : femmes en zones rurales et périurbaines, groupements d’agriculteurs et d’éleveurs, jeunes, femmes actives dans l’agriculture et l’artisanat, petits commerçants, petites et moyennes entreprises. Autrement dit, là où l’économie vit au quotidien, mais où le financement reste souvent trop rare, trop cher ou trop inaccessible.
10 milliards FCFA pour la RN22 : une route pour reconnecter le Sahel à l’économie
Le second accord, signé le 30 décembre 2025, porte sur un financement de 10 milliards FCFA destiné à la construction et au bitumage du tronçon Yargo–Bourzanga, dans le cadre du projet de la route nationale n°22 reliant Kongoussi à Djibo.
Ce tronçon n’est pas un détail technique. Il s’inscrit dans un projet routier jugé stratégique pour le désenclavement de la région du Sahel, fortement affectée par la crise sécuritaire et humanitaire. La logique gouvernementale est directe : améliorer cet axe contribue à renforcer les échanges économiques, faciliter la circulation des personnes et des biens, et soutenir le développement social dans une zone où la mobilité est devenue un enjeu de survie économique.
Dans un pays où la route conditionne l’approvisionnement, le commerce, l’accès aux services et la continuité des chaînes logistiques, financer un corridor, c’est aussi financer la capacité d’un territoire à respirer.
Ce que révèle cette double ratification : inclusion + infrastructure = stratégie de stabilité
Ces 22,25 milliards FCFA ratifiés ne sont pas seulement des lignes budgétaires. Ils illustrent un arbitrage : investir dans ce qui maintient l’économie debout. La finance inclusive agit comme un stabilisateur social et économique, en augmentant la capacité des ménages à absorber les chocs et à investir dans des activités génératrices de revenus. La route agit comme un accélérateur, en reconnectant les territoires, en réduisant les coûts et en facilitant la circulation.
Dans un contexte burkinabè marqué par l’urgence, ce type de montage est aussi un rappel : les partenaires comme la BOAD restent un levier essentiel de financement structuré, ciblé, et orienté vers des secteurs à fort impact.
22,25 milliards FCFA pour tenir le terrain et préparer la reprise
En validant ces deux accords de prêt avec la BOAD, le Burkina Faso envoie un signal : le financement de l’inclusion et des infrastructures continue, même en période de turbulences. C’est une logique de résistance, mais aussi de projection : soutenir les populations vulnérables par l’accès aux services financiers, et soutenir l’économie par des axes routiers qui réactivent les échanges.
Patrick Tchounjo



