Marchés & Financements

Burkina Faso : 33,2 millions USD débloqués, 124,3 millions USD de “bouclier climatique” validés… le FMI envoie un signal de confiance

Le Burkina Faso avance dans un environnement où chaque point de croissance se gagne sous contrainte. Sécurité, pression sociale, besoins d’investissement, choc climatique : l’équation est lourde. Et pourtant, un signal vient d’être confirmé à Washington. À l’issue de la quatrième revue du programme appuyé par la Facilité élargie de crédit (FEC), le Conseil d’administration du FMI a autorisé un décaissement immédiat de 33,2 millions de dollars. Ce versement porte à 165,8 millions de dollars le total mobilisé dans le cadre de l’accord conclu en septembre 2023.

Mais l’annonce la plus structurante se joue sur un autre terrain : le Fonds a également approuvé un nouvel accord au titre de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD), d’un montant de 124,3 millions de dollars, couvrant la période jusqu’au 20 septembre 2027. Les premiers décaissements interviendront après la première revue du programme. Derrière le jargon, une réalité simple : le Burkina obtient une fenêtre dédiée à la résilience budgétaire, au climat et à la mobilisation de financements verts.

Deux décisions, un message : “le Burkina tient ses marqueurs macro”

Le FMI n’ouvre pas ses guichets par sympathie. Il le fait quand les signaux macroéconomiques et les réformes budgétaires donnent des résultats jugés crédibles. Dans le cas burkinabè, l’institution estime que la discipline budgétaire, l’amélioration des recettes internes et la consolidation des équilibres externes renforcent la crédibilité du pays malgré un contexte sécuritaire complexe.

Autrement dit : le Burkina n’a pas seulement besoin d’argent, il a besoin de confiance. Et la confiance, sur les marchés et auprès des partenaires, se construit sur des chiffres et des réformes.

Croissance : 5% en 2025, portée par l’or et le secteur minier

Selon le FMI, la croissance a atteint 5,0% en 2025, contre 4,8% l’année précédente. Le moteur principal est identifié : la vigueur du secteur minier, soutenue par la hausse des cours de l’or. À moyen terme, l’activité devrait évoluer entre 4,5% et 5%, sous réserve d’une stabilisation progressive de l’environnement sécuritaire.

Cette précision est importante : au Burkina, la croissance reste un équilibre fragile, en partie tributaire d’un secteur extractif performant… et d’un contexte interne qui conditionne l’investissement.

Inflation : -0,5% en 2025, puis retour progressif vers 2%

Autre marqueur fort : l’inflation recule nettement pour s’établir à -0,5% en 2025, portée par la détente des prix alimentaires. Le FMI projette ensuite une convergence progressive vers le seuil communautaire d’environ 2%, signe d’un rééquilibrage des tensions sur les prix.

Ce point compte politiquement et socialement : dans une économie où la pression sur le panier alimentaire pèse directement sur la stabilité des ménages, une détente des prix est un facteur de respiration.

Balance des paiements : du déficit à l’excédent, un basculement qui pèse

Sur le commerce extérieur, le signal est encore plus spectaculaire. Grâce aux exportations aurifères et à des termes de l’échange favorables, le déficit courant de 3,4% du PIB enregistré en 2024 devrait laisser place à un excédent de 1,1% en 2025.

C’est un basculement qui compte beaucoup pour un pays sous programme : il améliore la stabilité de la balance des paiements, réduit la pression sur les besoins de financement extérieur et renforce la perception de soutenabilité.

Déficit public : mieux que l’objectif, grâce à trois leviers

Le déficit public en 2025 ressort nettement en dessous de l’objectif de 4% du PIB fixé dans le programme. Cette performance repose sur trois leviers clairement identifiés : la hausse des recettes minières, la maîtrise de la masse salariale et un encadrement plus rigoureux des dépenses d’investissement.

Dit simplement : l’ajustement budgétaire n’a pas été théorique. Il s’est vu dans l’exécution.

Réformes : audits ministériels, licences minières, et résilience agricole

Le FMI indique que les réformes structurelles ont progressé, avec la mise en œuvre de la majorité des engagements pour renforcer la gouvernance et la gestion des finances publiques. Parmi les initiatives prioritaires, figurent l’élaboration de plans d’audit pour tous les ministères et le renforcement de l’intégrité des procédures d’octroi des licences minières.

Parallèlement, l’agriculture, qui assure la sécurité alimentaire d’environ 80% de la population, fait l’objet d’efforts pour renforcer sa résistance aux conditions climatiques difficiles. C’est précisément dans cette zone que la FRD prend tout son sens.

FRD : 124,3 millions USD pour “blinder” le budget contre les chocs climatiques

La Facilité pour la résilience et la durabilité n’est pas un simple financement additionnel. Elle répond à une logique de long terme : intégrer le climat dans la politique budgétaire et protéger la trajectoire macroéconomique contre des chocs de plus en plus fréquents.

Selon les objectifs annoncés, cet appui vise à renforcer la résilience budgétaire face aux chocs, intégrer les enjeux climatiques dans la gestion des finances publiques, améliorer la performance des entreprises publiques dans les secteurs vulnérables au climat et faciliter la mobilisation de financements verts.

En clair : le FMI ne finance pas seulement l’équilibre, il veut financer la capacité à tenir dans le temps.

La ligne rouge du FMI : l’inclusion, et la protection des dépenses sociales

Le Fonds insiste cependant sur un point : le Burkina doit ancrer la croissance dans une trajectoire plus inclusive, capable d’améliorer durablement le niveau de vie. Cela suppose d’accélérer les réformes structurelles, de renforcer l’environnement du secteur privé, d’améliorer l’efficacité de l’investissement public, et de poursuivre les réformes de gouvernance.

Mais l’institution ajoute une recommandation politique majeure : préserver les dépenses sociales, notamment la santé, l’éducation et la protection sociale, pour que la consolidation budgétaire ne se fasse pas au détriment du développement humain.

Un décaissement immédiat, et une “assurance long terme” jusqu’en 2027

Le décaissement de 33,2 millions USD est une respiration à court terme. La FRD de 124,3 millions USD est un marqueur stratégique à moyen terme. Ensemble, ces deux décisions installent un récit : malgré un environnement sécuritaire complexe, le Burkina Faso consolide ses équilibres, progresse dans ses réformes, et obtient une reconnaissance qui peut servir de levier pour d’autres financements.

Patrick Tchounjo

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