Budget 2026 : la BEAC anticipe une hausse de ses recettes à plus de 586 milliards FCFA

La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) s’apprête à aborder 2026 avec une ambition budgétaire plus élevée, portée par l’idée d’un niveau de recettes supérieur à 586 milliards FCFA. À ce stade, l’architecture détaillée du budget 2026 n’apparaît pas encore dans les communiqués publics récemment mis en ligne par l’institution, ce qui impose de lire cette cible comme une orientation de travail plutôt que comme un document consolidé et publié.
Un point de comparaison, en revanche, est officiel et récent. Le Conseil d’administration de la BEAC a adopté en octobre 2025 le budget révisé 2025, arrêté à 530,85 milliards FCFA de recettes pour 290,87 milliards FCFA de dépenses, soit un excédent prévisionnel proche de 240 milliards FCFA.
Une progression attendue, mais un enjeu de “qualité” des recettes
Si la barre des 586 milliards FCFA devait se confirmer, l’effort représenterait un peu plus de 10 % par rapport au niveau révisé 2025. Cette hausse apparente dit moins une explosion des lignes de revenus qu’un changement de régime dans la gestion financière d’une banque centrale : faire tenir, dans un même cadre, les coûts croissants de fonctionnement, les exigences de stabilité monétaire, et la sophistication des systèmes de paiement.
Car la BEAC ne vit pas d’une “recette” unique. Son modèle s’organise autour de trois familles dominantes : des revenus d’intérêts, des commissions liées aux services et infrastructures, et des produits plus volatils issus des placements et de la gestion financière.
Intérêts : le cœur du moteur, entre États, titres et refinancement bancaire
Dans ses comptes, la BEAC décrit un résultat net d’intérêts qui agrège plusieurs sources : les intérêts servis par les Trésors publics sur les créances consolidées, les intérêts sur titres publics, la rémunération liée au Compte d’opérations, et les intérêts provenant des prêts accordés aux banques de la région.
C’est ici que se joue une partie décisive de la trajectoire budgétaire. Quand la liquidité se tend et que la banque centrale multiplie ses opérations, la “fonction monétaire” a aussi un effet mécanique sur les revenus d’intérêts. En 2023, ce résultat net d’intérêts atteignait 402,16 milliards FCFA, en forte hausse sur un an, un niveau qui illustre le poids structurel de cette ligne dans la formation du produit net bancaire.
Commissions : la montée en puissance silencieuse des infrastructures financières
La seconde jambe, moins commentée mais stratégique, concerne les commissions. La BEAC précise que le résultat net des commissions inclut notamment les commissions de change liées aux opérations de la Salle des marchés, les produits liés aux systèmes SYGMA et SYSTAC, ainsi que des commissions de transferts et de change manuel, après prise en compte de commissions de gestion versées au FMI.
En 2023, ce résultat net des commissions ressortait à 90,07 milliards FCFA, en progression. Cette dynamique raconte une transformation plus large : l’Afrique centrale s’équipe, se normalise et digitalise ses rails financiers. Plus les flux interbancaires s’intensifient, plus l’infrastructure “banque centrale” devient une plateforme, avec des revenus associés.
Placements et “autres activités” : une ligne plus petite, mais un signal de pilotage
Reste une troisième famille, plus erratique : le résultat de change, les placements et participations. La BEAC regroupe ces composantes dans le résultat net des autres activités, qui peut reculer ou progresser selon les conditions de marché et les arbitrages de gestion. À fin 2023, cette ligne apparaissait nettement plus faible que les deux premières, à 2,57 milliards FCFA.
Ce contraste rappelle une réalité : l’essentiel du modèle de revenus de la banque centrale est structurel et lié à ses missions. Les placements et effets de change pèsent, mais ils ne sont pas le socle principal.
Pourquoi ce budget 2026 sera scruté par les banques de la CEMAC
Derrière un chiffre de recettes, un budget de banque centrale est aussi un indicateur de politique implicite. Quand les revenus d’intérêts dominent, cela reflète un écosystème où les relations financières avec les États, la détention de titres et les opérations avec les banques restent centrales. Quand les commissions progressent, cela signale la montée en charge des systèmes, donc un agenda d’intégration et de modernisation.
La comparaison la plus solide, à ce stade, reste celle du budget révisé 2025, officiellement adopté en octobre 2025. Si 2026 franchit effectivement le seuil des 586 milliards FCFA, la question ne sera pas seulement “combien”, mais “d’où vient la croissance”. Et surtout : quelle part relève d’une intensification durable des services et de la modernisation des paiements, et quelle part traduit simplement un cycle monétaire plus contraint, où le refinancement redevient un baromètre permanent de la liquidité bancaire en Afrique centrale.
Patrick Tchounjo



