Marchés & Financements

UMOA : la Côte d’Ivoire rationne le marché et lève 320,8 milliards FCFA à 6,81% sur 3 ans

La Côte d’Ivoire a ouvert 2026 par une démonstration de force sur le marché des titres publics de l’UMOA. Le 6 janvier, Abidjan visait 310 milliards FCFA via une émission simultanée de BAT 364 jours et de deux lignes d’OAT 3 ans. À l’arrivée, la demande a largement débordé l’offre, avec 515,803 milliards FCFA de soumissions, soit 166,39% de taux de couverture.

Mais la vraie lecture est moins flatteuse qu’il n’y paraît : la Côte d’Ivoire n’a pas “pris tout ce que le marché donnait”. Elle a rationné. Le Trésor n’a retenu que 320,765 milliards FCFA, ce qui ramène le taux d’absorption à 62,19%. Autrement dit, Abidjan a utilisé son avantage principal, la profondeur de la demande pour faire une chose très politique en matière de dette : choisir son coût.

Le détail par instrument renforce ce diagnostic. Sur le BAT 364 jours, le marché a proposé 127,24 milliards FCFA, mais l’État n’en a retenu que 4,5 milliards FCFA (absorption de 3,537%), avec un taux moyen pondéré de 6,1233% et un rendement moyen pondéré de 6,53%. Le signal est clair : même sur le court terme, la Côte d’Ivoire refuse d’acheter de la liquidité “à n’importe quel prix”. Elle prend le strict minimum, comme si le BAT servait surtout d’ancrage de courbe plutôt que de besoin de trésorerie immédiat.

Le cœur de l’opération se joue donc sur les OAT 3 ans. Les deux lignes offertes (coupon annoncé 5,35% et 5,70%) ont été retenues à grande échelle, avec 158,944 milliards FCFA sur la première et 157,321 milliards FCFA sur la seconde, pour un rendement moyen pondéré identique de 6,81%. Ce “prix unique” n’est pas un hasard : c’est une stratégie d’alignement. Abidjan accepte de payer une prime, mais encadre cette prime et refuse de laisser la demande dicter une pente plus chère.

C’est là que le titre “bon élève” devient… clivant. Oui, la Côte d’Ivoire emprunte à un niveau nettement plus avantageux que des signatures sous tension : la note de pré-émission rappelle par exemple 11,70% sur 3 ans pour le Niger (adjudication du 29 décembre 2025), quand Abidjan se cale à 6,81% sur 3 ans. Mais cette “prime de confiance” a une contrepartie : la sélectivité. Le Trésor ivoirien ne se contente pas d’être bien servi, il pilote finement la quantité pour ne pas laisser le coût s’envoler.

Autre fait révélateur et peu commenté la géographie des montants retenus. Dans le tableau de répartition, l’essentiel des montants retenus sur les OAT 3 ans provient de la Côte d’Ivoire elle-même (plus de 316 milliards FCFA retenus au total sur les deux lignes), tandis que le Bénin apparaît surtout sur le BAT (les 4,5 milliards FCFA retenus). Cela dit deux choses à la fois : la profondeur du marché domestique ivoirien est un atout, mais l’intégration régionale des flux, elle, reste inégalement mobilisée. La Côte d’Ivoire peut lever gros et “bon marché” parce qu’elle s’appuie sur une base locale puissante, ce qui est une force mais aussi parce que son financement devient, de fait, très autoporté.

Enfin, l’opération s’inscrit dans une mécanique de refinancement assumée. La note de pré-émission indique des tombées de service de la dette attendues en janvier 2026, ce qui éclaire l’arbitrage : lever tôt, calibrer le coût, et préserver de la marge pour la suite du programme.

Au total, ce 6 janvier n’est pas seulement un “succès” d’adjudication. C’est un message adressé au marché UMOA : la Côte d’Ivoire reste une signature recherchée, mais elle n’achète pas la demande, elle l’exploite. Et c’est précisément ce qui la différencie : la force d’Abidjan n’est pas d’être financée, c’est de choisir comment elle l’est.

Patrick Tchounjo

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