UMOA–Titres : le Mali lève 44 milliards FCFA en ce début d’années

Le Mali a ouvert son année 2026 sur le marché régional des titres publics avec un chiffre qui, à première vue, ressemble à un plébiscite : 44 milliards FCFA retenus au terme de son émission simultanée du 7 janvier 2026. Mais derrière la “levée réussie”, les détails racontent une histoire nettement plus clivante : le marché finance Bamako, oui mais il raccourcit la durée, renchérit le prix et refuse la partie du risque qu’il ne veut plus porter.
Une levée “réussie” qui ressemble à un vote… sous conditions
L’opération, annoncée pour 40 milliards FCFA, combinait deux BAT (6 mois et 12 mois) et deux OAT (3 ans et 5 ans). Au final, le Trésor a effectivement atteint 44 milliards FCFA… mais uniquement parce que trois compartiments ont “fait le job” pendant qu’un quatrième s’est totalement éteint.
Dans le détail, le Mali a retenu 2,73 milliards FCFA sur le BAT 6 mois, 18,833 milliards FCFA sur le BAT 12 mois, et 22,437 milliards FCFA sur l’OAT 3 ans. Addition : 44,000 milliards FCFA. Sur le papier, l’objectif est dépassé. Sur le fond, la structure de la demande est un avertissement : le 3 ans a tout absorbé, et le court terme fait l’appoint.
Le signal le plus dur : le “non” du marché au 5 ans
Le point le plus révélateur est celui que beaucoup d’articles résument en une ligne alors qu’il mérite le titre : l’OAT 5 ans n’a enregistré aucune soumission.
Ce “zéro” est une information stratégique. Il dit que, dès janvier, une partie des investisseurs ne veut pas s’exposer plus loin sur certaines signatures, ou ne veut plus le faire aux prix proposés. C’est exactement le genre de fracture silencieuse qui rend le marché “fonctionnel” en surface, mais plus nerveux en profondeur : la liquidité se concentre sur les maturités où l’investisseur peut sortir vite… et laisse l’émetteur seul face au mur du long terme.
Le prix de la liquidité : rendements élevés, primes visibles
Autre lecture clivante : le financement vient avec une prime. Sur le BAT 12 mois, le Mali a retenu 18,833 milliards FCFA avec un rendement moyen pondéré de 7,24%. Sur l’OAT 3 ans, retenue intégrale des 22,437 milliards FCFA avec un rendement moyen pondéré de 8,42% (prix marginal 9 200 FCFA). Même le BAT 6 mois, plus “léger”, se paie autour de 6,08% de rendement moyen pondéré, pour un montant certes limité.
Conclusion : le Mali a réussi sa levée, mais le marché lui a fixé la courbe. Et cette courbe envoie un message aux banques et investisseurs : en 2026, la dette souveraine régionale restera financée, mais la segmentation et la tarification du risque seront encore plus déterminantes.
REMTP 2026 à Lomé : quand le “cas Mali” devient un sujet de doctrine
C’est précisément dans ce contexte que UMOA-Titres annonce la 8e édition des Rencontres du Marché des Titres Publics (REMTP), les 27 et 28 janvier 2026, à l’Hôtel 2 Février de Lomé, sous le thème : « Marché des titres publics : consolidation des acquis et stratégies d’adaptation aux défis émergents »
Le programme annoncé, panels, “Conversations Pays”, séquences interactives “Sur le Grill”, et présentation du programme d’émissions 2026 ressemble moins à un rendez-vous protocolaire qu’à une réponse directe aux signaux de marché observés dès la rentrée. Car la question n’est plus seulement “combien lever”, mais comment lever sans casser la soutenabilité : comment rallonger la duration quand le 5 ans se vide, comment préserver la liquidité bancaire, comment éviter que la hausse des rendements devienne une norme, et comment garder un marché lisible, transparent et attractif.
En clair, la séquence est nette : le Mali démarre 2026 en force, mais le marché lui impose ses limites. Et à Lomé, fin janvier, c’est cette nouvelle grammaire du financement souverain UMOA plus sélective, plus chère, plus courte qui s’invitera au centre des débats.
Patrick Tchounjo



