Marchés & Financements

Cameroun : Ecobank muscle sa microfinance PASL avec 1 milliard FCFA… et installe Christian Honoré Angui pour “chasser” la PME

Ecobank Cameroun ne se contente plus de parler d’inclusion financière : la banque arme son outil microfinance. Pan-African Savings & Loans (PASL), établissement de microfinance de 2e catégorie contrôlé par Ecobank, vient d’opérer un double mouvement qui n’a rien d’anodin sur le marché camerounais : renforcer sa gouvernance et augmenter son capital de 1 milliard FCFA, faisant passer le capital social de 781 millions à 1,781 milliard FCFA.

Sur le papier, l’opération ressemble à une simple recapitalisation. Dans les faits, c’est un message clivant adressé au secteur : la microfinance devient un levier stratégique de conquête, notamment sur le segment des petites et moyennes entreprises, là où les banques classiques restent souvent sélectives, lentes ou trop exigeantes en garanties.

Un capital “sur-dimensionné” pour une microfinance : simple conformité… ou stratégie de domination ?

Le saut est massif : +1 milliard FCFA de capital pour une institution qui, réglementairement, devait se contenter d’un minimum bien inférieur. La COBAC fixe en effet le capital social minimum des EMF de 2e catégorie à 300 millions FCFA. Avec 1,781 milliard FCFA, PASL se place très au-dessus du plancher.

Deux lectures s’affrontent.

La lecture “officielle” : il s’agit de donner plus de souffle financier à la microfinance afin d’augmenter sa capacité de financement et soutenir davantage l’économie réelle.

La lecture “marché” plus dérangeante est la suivante : Ecobank renforce PASL pour transformer la microfinance en bras armé commercial. Parce qu’une microfinance de 2e catégorie, c’est une banque “plus agile” : elle collecte l’épargne, octroie du crédit, travaille des tickets plus petits, et peut mailler le terrain avec une approche plus opérationnelle. Autrement dit, PASL peut capter la clientèle PME/TPME là où la banque universelle se heurte aux coûts, aux processus, ou à l’aversion au risque.

Cette recapitalisation a d’autant plus de portée que PASL est majoritairement détenue par Ecobank Cameroun (89,1%), ce qui en fait un outil pleinement intégré à la stratégie du groupe.

Christian Honoré Angui : un DG au profil “audit + discipline” pour piloter la montée en puissance

Pour conduire cette nouvelle phase, PASL met en avant Christian Honoré Angui comme Directeur général. Son profil dit beaucoup sur la trajectoire visée : moins de “communication”, plus de discipline financière, de gouvernance, et de gestion des risques.

Selon la présentation officielle de PASL, Christian Angui cumule plus de 17 ans d’expertise en audit, finance et management stratégique. Il est diplômé d’un Master 2 Banque-Finance (Institut Supérieur de Management de Douala) et détient le titre de Certified Public Accountant (IPA/IFA – Nouvelle-Zélande).

Son début de carrière se fait en cabinet d’audit, au contact de banques, d’institutions de microfinance, d’industries et de projets financés par des bailleurs. Un socle qui compte, car dans la microfinance camerounaise, la bataille se joue autant sur la croissance que sur la conformité, la qualité du portefeuille et le contrôle interne.

Il passe ensuite par ACEP Cameroun SA (microfinance de 2e catégorie) où il occupe des fonctions de Directeur Administratif et Financier, puis de Directeur général adjoint, contribuant selon PASL à la gestion financière, à la gouvernance, à l’innovation et au pilotage de projets stratégiques (commercial, informatique, RH, contrôle interne).

La bascule intervient lorsqu’il rejoint PASL en 2024 en qualité d’Administrateur Directeur Général, avec une feuille de route claire : renforcer la gouvernance, impulser l’innovation, développer des produits inclusifs et accompagner une croissance durable.

Autrement dit, Ecobank ne place pas un “vendeur de crédit” à la tête de PASL : elle installe un profil qui sait tenir la croissance par les chiffres, verrouiller les procédures, et sécuriser la trajectoire.

2010–2025 : PASL revendique une traction massive… et veut changer d’échelle

PASL est active au Cameroun depuis 2010 et revendique un bilan d’impact très élevé : plus de 54 600 petites entreprises financées (agriculture, commerce, artisanat) et plus de 67 520 entreprises moyennes et grandes accompagnées.

Ces chiffres, brandis comme preuve d’utilité économique, servent aussi à justifier la recapitalisation : si le pipeline de financement existe réellement, alors renforcer le capital revient à augmenter la capacité d’octroi et la solidité de l’institution.

Mais l’angle clivant reste le même : à partir de quel moment une microfinance “groupe” devient-elle un concurrent direct des banques sur la PME ? Et surtout, dans une économie où le besoin de crédit est immense, le marché ne jugera PASL que sur deux critères : la vitesse d’exécution et la capacité à financer sans dégrader la qualité du portefeuille.

Ce que dit vraiment l’opération : Ecobank “déplace” le centre de gravité du financement PME

Cette injection de 1 milliard FCFA n’est pas qu’une opération de bilan. Elle révèle une tendance lourde : les groupes bancaires cherchent des véhicules plus flexibles pour adresser les segments jugés difficiles ou coûteux à servir depuis la banque traditionnelle.

En renforçant PASL, Ecobank envoie un signal à l’écosystème : la bataille du financement des PME ne se gagnera pas uniquement dans les agences bancaires, mais dans des structures capables de faire du crédit de proximité, de traiter vite, et de gérer le risque avec rigueur. Dans cette bataille, la gouvernance devient un avantage concurrentiel. Et c’est précisément là que le choix de Christian Honoré Angui prend tout son sens.

Patrick Tchounjo

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