Harvest Asset Management : 500 milliards FCFA d’encours, un tournant pour la finance CEMAC

Harvest Asset Management vient de franchir un cap rarement atteint en Afrique centrale : plus de 500 milliards de FCFA d’encours sous gestion au 31 décembre 2025, selon des chiffres communiqués par la société et relayés par la presse spécialisée. Dans une zone CEMAC où la gestion d’actifs reste structurellement concentrée et dépendante de la profondeur du marché financier, ce seuil prend valeur de marqueur : l’épargne locale commence à se déplacer vers des véhicules d’investissement plus structurés.
L’entreprise, créée en 2017 et présentée comme une société indépendante de gestion de portefeuille, inscrit cette performance dans une trajectoire de croissance continue. Le franchissement des 500 milliards FCFA n’arrive pas “par hasard” : il s’appuie sur une stratégie qui combine digitalisation des parcours investisseurs et standardisation des processus, deux sujets longtemps secondaires dans l’industrie financière régionale.
Digitalisation : un “effet confiance” dans une région où la transparence est un actif
Harvest met en avant un espace client digital permettant aux investisseurs de suivre leurs positions et d’interagir avec l’équipe, une logique de transparence encore peu répandue à grande échelle dans l’écosystème CEMAC. Sur un marché où la perception du risque est souvent aggravée par l’asymétrie d’information, l’accès en temps réel au reporting devient un avantage compétitif : il réduit la distance entre l’épargnant et son investissement, et aide à transformer la collecte “opportuniste” en collecte “récurrente”.
Quand la conformité devient un argument commercial
Le deuxième levier revendiqué est la discipline opérationnelle. Harvest a obtenu une certification ISO 9001:2015 pour son système de management de la qualité, délivrée par Bureau Veritas selon des articles de presse. Dans la gestion d’actifs, la performance ne se résume pas au rendement : elle se joue aussi sur la capacité à documenter, contrôler, auditer et exécuter sans friction. La certification agit ici comme un signal adressé aux investisseurs institutionnels : process, traçabilité, constance.
Le vrai débat : croissance spectaculaire, mais marché encore peu profond
Le passage au-dessus des 500 milliards FCFA d’encours souligne une autre réalité, plus clivante : la gestion d’actifs en CEMAC grandit vite… parce qu’elle part de loin. Les classements sectoriels publiés ces derniers mois montrent un marché concentré et encore en structuration, avec Harvest en tête sur des périodes antérieures (fin 2023, 2024, mai 2025 selon différentes publications).
Autrement dit : la performance de Harvest raconte autant sa stratégie que l’état du marché. Quand un acteur franchit 500 milliards, c’est une victoire d’entreprise, mais c’est aussi un test pour l’écosystème : profondeur obligataire, liquidité secondaire, qualité des émetteurs, et capacité du marché régional à absorber davantage d’épargne sans concentrer le risque sur quelques signatures.
2026 : l’expansion annoncée, la responsabilité attendue
Selon les éléments relayés, 2026 doit ouvrir une nouvelle phase : renforcement de l’offre d’épargne et extension de l’empreinte dans la zone CEMAC, avec une promesse de transparence et de responsabilité. Le sujet sera scruté de près : à mesure que les encours grossissent, l’enjeu n’est plus seulement de collecter, mais de prouver la robustesse, gouvernance, contrôle des risques, qualité du reporting et cohérence des allocations dans un environnement macro-financier changeant.
Patrick Tchounjo



