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Transition énergétique en Afrique : ACWA Power et la BAD visent 5 milliards USD d’ici 2030

Le 15 décembre 2025, à Rabat, l’annonce n’a pas pris la forme d’un grand discours. Elle a pris la forme d’un cadre. Un document de coopération, signé en marge de l’Africa Investment Forum, qui dit beaucoup de l’époque : l’Afrique ne manque pas d’ambitions énergétiques, elle manque de projets finançables et de structures capables de les amener au closing.

C’est précisément le pari du tandem ACWA PowerBanque africaine de développement (BAD) : créer une mécanique de coopération pour identifier, développer et financer des projets d’électricité et de dessalement, avec un objectif explicite de mobiliser jusqu’à 5 milliards de dollars entre 2025 et 2030.

5 milliards USD : un chiffre “headline”, mais surtout une méthode

Le cadre de coopération ne promet pas un chèque immédiat : il installe une structure de collaboration entre un développeur-opérateur mondial et une banque multilatérale. L’idée est simple : ACWA apporte la capacité d’ingénierie de projets (développement, EPC, exploitation, structuration), la BAD apporte la puissance financière, l’effet de levier et la connaissance des marchés.

Dans une Afrique où l’énergie se heurte encore à trois murs, la bancabilité, le risque de change et la solvabilité des off-takers, cette combinaison vise un objectif très concret : réduire le temps entre “projet annoncé” et “projet financé”.

Électricité + eau : la convergence qui devient stratégique

Le partenariat cible des projets d’énergies renouvelables, de production électrique connectée au réseau et de dessalement d’eau, en mettant un accent particulier sur l’Afrique subsaharienne.

C’est un point clé : l’énergie et l’eau ne sont plus deux dossiers séparés. Dans les zones urbaines et industrielles, l’électricité conditionne l’eau, et l’eau conditionne la stabilité sociale. En liant les deux verticales, ACWA et la BAD cherchent à financer des infrastructures qui “tiennent” économiquement, même quand l’environnement devient plus volatile.

Mission 300 en arrière-plan : la pression du calendrier 2030

Le cadre s’inscrit dans le prolongement de Mission 300, initiative portée par la BAD et le Groupe de la Banque mondiale pour connecter 300 millions de personnes à l’électricité d’ici 2030 en Afrique.

Ce contexte change la nature du jeu : 2030 n’est plus un slogan, c’est un compte à rebours. La BAD présente Mission 300 comme un catalyseur de compacts énergétiques et de réformes pour accélérer l’accès, dans un continent où le déficit d’électricité reste massif.

Un partenariat “côté offre” : la BAD veut plus de projets, ACWA veut plus d’Afrique

ACWA Power assume clairement l’angle marché. Dans sa communication, le groupe présente l’Afrique comme un terrain stratégique et voit ce cadre comme un accélérateur de concrétisation de projets, notamment pour renforcer la sécurité énergétique et hydrique.

Pour la BAD, l’intérêt est symétrique : capter un développeur capable de livrer des actifs de grande taille, et dé-risquer le passage du pipeline vers le financement.

Patrick Tchounjo

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