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Cap-Vert : Coris rachète la majorité de BCA et signe un basculement symbolique du capital bancaire africain

Le Cap-Vert est en train de tourner une page discrète mais hautement politique de son histoire bancaire. La Caixa Geral de Depósitos (CGD), banque publique portugaise, a acté la cession de sa participation majoritaire de 59,81% dans la Banco Comercial do Atlântico (BCA) au Groupe Coris, originaire du Burkina Faso. Une opération qui dépasse la simple transaction : elle recompose, à l’échelle du continent, le rapport de force entre capitaux européens et groupes africains dans le contrôle d’actifs financiers stratégiques.

Un deal à 70,5 millions d’euros… et un signal pour toute l’Afrique

Selon le document de marché publié par la CGD, la vente est annoncée pour un prix global d’environ 70,511 millions d’euros (ajustable selon l’évolution de la valeur d’actif de BCA entre la date de référence et la finalisation). Pour la banque portugaise, l’opération s’inscrit dans une réorganisation de son activité internationale, sans sortie totale du pays : la CGD précise qu’elle maintiendra une présence au Cap-Vert via Banco Interatlântico.

Dans les faits, c’est un passage de relais à haute portée symbolique : BCA est l’une des institutions les plus centrales de l’archipel, et la prise de contrôle par un groupe africain repositionne le Cap-Vert dans une nouvelle géographie de la banque régionale, plus connectée aux dynamiques panafricaines qu’aux logiques historiques de tutelle européenne.

La Banque centrale a tranché après une revue “lourde” : BCA est un actif systémique

Ce basculement n’a pas été instantané. La Banque centrale du Cap-Vert (BCV) indique que son Conseil d’administration, réuni le 20 novembre 2025, a décidé de ne pas s’opposer au projet d’acquisition par Coris, décision rendue publique le 24 novembre 2025. Le régulateur reconnaît un examen approfondi, justifié par la structure du repreneur (holding avec présence multi-juridictions) et surtout par le statut de BCA, classée banque domestique d’importance systémique (D-SIB). Autrement dit : un dossier sous surveillance maximale.

Le calendrier de finalisation, lui, est annoncé pour janvier 2026, le temps d’exécuter les actes contractuels et sociétaires.

Coris change d’échelle : du marché UEMOA à un hub insulaire à vocation internationale

Pour Coris, l’acquisition de BCA n’est pas un “coup” opportuniste : c’est une brique d’expansion structurante. Des médias cap-verdiens rappellent que l’opération valorise la transaction autour de 70,5 millions d’euros et confirme l’entrée d’un acteur ouest-africain dans l’un des systèmes bancaires les plus stables et “internationalisés” du continent, adossé à une économie ouverte et à une diaspora puissante.

Là où le dossier devient clivant, c’est sur l’enjeu de fond : qui contrôlera demain les banques pivot des petites économies ouvertes ? La réponse, au Cap-Vert, commence à s’écrire en africain. Et le message intéresse bien au-delà de Praia : pour les groupes bancaires du continent, la frontière psychologique des acquisitions transfrontalières “hors zone naturelle” est en train de tomber.

Ce que le marché va surveiller maintenant

La transaction ouvre un nouveau chapitre, mais impose aussi un test. Car acheter une banque systémique n’est pas seulement un acte de capital : c’est une obligation de résultats. Le régulateur a déjà insisté sur la nécessité de démontrer une gestion “saine et prudente” et la capacité à maintenir un exercice efficace de la supervision.

Pour BCA, l’enjeu immédiat sera la continuité : gouvernance, stratégie commerciale, politique de risque, et place de la banque dans le financement de l’économie cap-verdienne. Pour Coris, l’enjeu est encore plus exposé : prouver que l’expansion panafricaine peut être un levier de performance et pas une simple conquête de drapeaux.

Patrick Tchounjo

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