La Lutte Contre le Blanchiment de capitaux et le Financement du Terrorisme : l’UE retire 6 pays africains de la liste à risque, le Cameroun toujours dans le viseur

Le signal est tombé de Bruxelles comme un verdict de conformité. En décembre 2025, la Commission européenne a acté le retrait de six pays africains de sa liste des juridictions tierces à haut risque en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT) : Burkina Faso, Mali, Mozambique, Nigeria, Afrique du Sud et Tanzanie.
Dans le même mouvement, une réalité plus inconfortable se confirme pour la zone CEMAC : le Cameroun reste classé “high-risk third country” dans le texte juridique européen publié au Journal officiel, au même titre que la Côte d’Ivoire et la RDC. La mesure européenne doit produire ses effets à partir du 29 janvier 2026.
Derrière l’annonce, c’est une mécanique bancaire très concrète qui se met en marche : pour les établissements européens, toute transaction avec une juridiction listée déclenche des vigilances renforcées. Et sur les marchés, la vigilance finit souvent par se transformer en coût, puis en arbitrage.
Pourquoi l’UE retire des pays… et pourquoi c’est rarement “symbolique”
La Commission européenne justifie ces retraits par un argument simple : ces pays ont corrigé des lacunes stratégiques de leurs dispositifs LBC/FT et se sont alignés sur les engagements de leurs plans d’action suivis par le GAFI. Autrement dit, Bruxelles se cale sur la dynamique internationale : les retraits européens suivent les décisions du GAFI (plénières de juin et octobre 2025).
En toile de fond, une logique “Harvard” s’impose : la conformité n’est plus un sujet technique réservé aux compliance officers. C’est devenu un actif de souveraineté. Sortir d’une liste, c’est envoyer un message aux banques correspondantes, aux investisseurs et aux assureurs-crédit : “le risque est redevenu modélisable”.
Le Cameroun reste listé : ce que ça change, vraiment, pour les banques et les entreprises
Le Cameroun demeure sur la liste UE des juridictions à haut risque, ce qui signifie une chose très opérationnelle : les contreparties européennes doivent appliquer des contrôles renforcés sur les flux impliquant le pays.
Dans la vraie vie bancaire, cela se traduit souvent par :
des délais plus longs pour l’ouverture de comptes ou l’exécution de certains paiements internationaux, une exigence documentaire plus lourde, et une pression accrue sur les dispositifs KYC/KYB, la traçabilité des bénéficiaires effectifs et la justification économique des opérations. Le risque, lui, est connu : quand la charge de conformité grimpe, certaines institutions choisissent la voie radicale du de-risking (réduction des expositions), surtout sur des segments jugés sensibles.
Pour un pays qui cherche à attirer des capitaux privés, ce détail n’en est pas un : la conformité devient un filtre d’accès au financement.
Ce que révèle l’épisode : l’économie de la rumeur, la finance du soupçon
Il y a aussi une lecture plus clivante : la “liste UE” n’est pas seulement un tableau technique. C’est un instrument de discipline financière. Elle influence la perception du risque-pays, donc le prix et la disponibilité des flux.
Et c’est là que l’Afrique centrale est attendue : dans un environnement où la confiance est rare, les juridictions qui prouvent vite leur capacité à exécuter des réformes gagnent un avantage compétitif. Celles qui traînent restent sous surveillance, avec un coût invisible mais durable.
Patrick Tchounjo



