Banque digitale : BGFIBank Cameroun s’allie à BAKO AI pour verrouiller le point de vente

Le vendredi 16 janvier 2026, une scène discrète mais hautement stratégique s’est jouée dans l’écosystème financier camerounais : BGFIBank Cameroun a officialisé un partenariat avec la fintech BAKO AI pour accélérer la digitalisation des paiements mobiles. L’annonce peut sembler technique. Elle est, en réalité, politique au sens économique du terme : celui qui contrôle le point d’encaissement contrôle une part du commerce.
Dans un pays où le cash reste roi dans les marchés, les boutiques et les services de proximité, la bataille ne se joue plus uniquement sur l’ouverture de comptes. Elle se joue sur un geste quotidien : “payer” ou “encaisser”. Et c’est précisément là que l’accord BGFIBank–BAKO AI place son premier jalon.
Le détail qui change l’équation : un TPE qui accepte les portefeuilles électroniques de la sous-région
La première brique annoncée est simple à énoncer, plus complexe à exécuter : une mise à jour technique des TPE de BGFIBank doit permettre aux commerçants d’encaisser des paiements depuis différents porte-monnaie électroniques actifs dans la sous-région. En clair, le terminal bancaire se positionne comme une passerelle entre univers longtemps parallèles : réseaux bancaires et écosystèmes de wallets.
BAKO AI se présente justement comme un acteur outillé pour agréger des solutions de paiement et en faciliter l’usage côté commerçants.
Le mouvement s’inscrit aussi dans une trajectoire plus large d’outillage digital chez BGFIBank, déjà visible via ses canaux de banque à distance.
Le vrai enjeu n’est pas l’innovation “vitrine”. C’est la friction. Tant que l’encaissement mobile reste fragmenté, les commerçants jonglent entre plusieurs solutions, plusieurs procédures, parfois plusieurs appareils. La promesse implicite de ce type d’intégration, c’est de réduire la complexité au point de vente et de déplacer l’adoption vers l’usage.

Une alliance qui raconte une tension : banque vs cash, mais aussi banque vs habitudes
Le Cameroun n’a pas un problème de technologie. Il a un problème d’habitude. La digitalisation des paiements est souvent présentée comme un progrès linéaire. Sur le terrain, c’est une négociation permanente : rapidité du paiement, coût des commissions, qualité du réseau, fiabilité de la confirmation, capacité à rembourser un client en cas de litige.
En choisissant d’attaquer par les TPE, BGFIBank fait un pari précis : la conquête du “cashless” passera par le commerce, pas seulement par la banque de détail. C’est une logique Harvard très classique : plutôt que d’éduquer le consommateur, on équipe le point de vente et on laisse l’usage créer la norme.
Bancarisation, traçabilité, conformité : l’argument institutionnel derrière l’argument commercial
Derrière la promesse commerciale, l’argument institutionnel est évident : plus de paiements digitaux, c’est plus de traçabilité, donc un terrain plus favorable pour la conformité et la lutte contre les flux non documentés. Au Cameroun, le cadre réglementaire des paiements électroniques insiste justement sur l’organisation du secteur, la supervision, la séparation fonctionnelle, les exigences de sécurité et les dispositifs LBC/FT.
La banque, elle, y trouve une autre valeur : faire du mobile money non plus un “monde à côté”, mais un canal d’entrée vers des services plus bancaires (épargne, crédit, assurance, services entreprises). Autrement dit : convertir un acte d’encaissement en relation financière.
Ce que le marché doit surveiller en 2026 : adoption réelle, modèle économique et gouvernance du risque
Ce partenariat ouvre une fenêtre, mais il impose trois tests immédiats.
Le premier test est l’adoption réelle : combien de commerçants activés, quelle fréquence d’usage, quelle stabilité opérationnelle.
Le deuxième test est le modèle économique : les commissions et les coûts d’acceptation décideront de la vitesse de déploiement.
Le troisième test est le risque : plus d’interconnexion signifie aussi plus d’exigences en sécurité, en gestion des litiges, en supervision et en contrôle.
En filigrane, une question clivante se pose : la banque devient-elle l’infrastructure d’encaissement des wallets… ou n’est-elle qu’un maillon de plus dans une chaîne dominée par l’économie de l’instantané ? La réponse se verra dans la capacité à transformer l’intégration technique en avantage durable.
Patrick Tchounjo



