Marchés & Financements

Afreximbank accorde 1,75 milliard $ à Sonangol pour sécuriser l’énergie angolaise

Dans un contexte où l’accès aux capitaux devient plus sélectif et où la volatilité des matières premières impose des montages plus sophistiqués, Afreximbank frappe fort. La Banque africaine d’import-export, aux côtés d’autres arrangeurs principaux mandatés, a conclu avec succès une facilité syndiquée de rachat de créances de 1,75 milliard de dollars US en faveur de Sonangol, la compagnie pétrolière nationale angolaise.

Derrière cette annonce, une lecture s’impose : il ne s’agit pas seulement de refinancer une entreprise publique. L’opération vise à sécuriser la capacité d’exportation d’un acteur stratégique, à stabiliser ses besoins de trésorerie et à renforcer, par ricochet, la résilience macroéconomique de l’Angola.

Une facilité calibrée pour les besoins d’exploitation et d’investissement de Sonangol

Cette ligne de financement doit permettre à Sonangol de couvrir ses dépenses d’exploitation (Opex) et ses investissements (Capex), dans un secteur pétrolier et gazier qui exige des flux constants : maintenance des installations, logistique, production, et développement de nouveaux projets.

Pour Afreximbank, le message est clair : soutenir les champions africains dans les secteurs stratégiques, là où l’énergie demeure un pilier de souveraineté économique et un moteur de recettes d’exportation.

Afreximbank en chef d’orchestre : structurer, syndiquer, sécuriser

Le rôle de la banque panafricaine ne s’est pas limité à la participation. Afreximbank revendique un rôle catalyseur dans la structuration et la syndication de la facilité, en mobilisant son bilan pour attirer des prêteurs et bâtir une architecture offrant des garanties solides de remboursement.

L’enjeu est double : assurer un financement durable du secteur énergétique angolais tout en donnant aux prêteurs des conditions jugées suffisamment robustes dans un environnement international encore prudent vis-à-vis de certains risques émergents.

Une structure innovante pour amortir la volatilité du pétrole

L’un des marqueurs de cette opération réside dans sa logique de gestion des risques. Afreximbank indique avoir contribué à concevoir une structure visant à atténuer l’impact de la volatilité des prix du pétrole, tout en offrant une flexibilité accrue des sûretés.

Autrement dit, l’opération cherche à concilier deux impératifs souvent difficiles à réconcilier : rassurer les financeurs par des mécanismes de sécurité crédibles, tout en évitant un carcan de garanties trop rigide pour l’entreprise financée.

Commerce adossé aux exportations : l’énergie comme levier de souveraineté

La facilité s’inscrit aussi dans une logique de financement du commerce adossé aux exportations. Pour Sonangol, cela signifie renforcer les mécanismes qui soutiennent les flux exportateurs, donc les entrées de devises. Pour Afreximbank, c’est une pièce supplémentaire dans sa stratégie visant à accroître la part de l’Afrique dans le commerce mondial et à consolider l’exportation de produits stratégiques.

Dans les économies pétrolières, la continuité des exportations n’est pas qu’un enjeu sectoriel : elle conditionne l’équilibre de la balance des paiements, la stabilité budgétaire et la capacité de l’État à financer ses politiques publiques.

Afreximbank : « préserver des capacités d’exportation essentielles »

Commentant l’opération, Haytham ElMaayergi, Vice-président exécutif d’Afreximbank en charge de la Global Trade Bank, souligne la dimension stratégique de la transaction : elle illustre l’engagement de la banque à soutenir les champions africains de l’énergie et à préserver des capacités d’exportation jugées essentielles à la souveraineté macroéconomique et à la résilience commerciale des États membres.

Selon lui, l’approche d’Afreximbank consiste à mettre en place des structures novatrices qui offrent du confort aux prêteurs tout en assouplissant certaines exigences traditionnelles de sûreté, afin de mobiliser des capitaux indispensables vers des secteurs stratégiques.

Sonangol, l’Angola et l’équation industrialisation–transformation économique

Au-delà de l’entreprise, l’opération s’inscrit dans une trajectoire nationale. Afreximbank estime que cette facilité aidera Sonangol à mieux couvrir ses besoins opérationnels et de capitaux, à soutenir les exportations, à accroître la disponibilité énergétique et à accompagner l’Angola dans ses ambitions d’industrialisation et de transformation économique.

Dans une Afrique où la souveraineté énergétique devient un enjeu de compétitivité, cette facilité de 1,75 milliard de dollars apparaît comme un signal : les grands montages africains se construisent désormais aussi en Afrique, avec des institutions régionales qui veulent peser davantage dans les équilibres financiers du continent.

Patrick Tchounjo

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page