Cameroun : Ecobank s’intéresse au financement des projets routiers

Entre les contraintes budgétaires des communes et l’urgence d’entretenir des routes qui structurent la vie économique, le Fonds routier avance sur deux fronts. D’un côté, il mise sur la montée en compétence des maires dans le septentrion. De l’autre, il ouvre la porte à des partenariats bancaires pour diversifier les ressources, avec Ecobank Cameroun en première ligne.
Du 12 au 16 janvier 2026, à Maroua, Garoua et Ngaoundéré, une série d’ateliers a réuni les exécutifs municipaux et les responsables des collectivités territoriales. L’enjeu : rendre plus maîtrisés, plus rapides et plus conformes les processus de financement et d’exécution des projets d’entretien routier, là où les besoins se chiffrent en centaines de kilomètres.
Des ateliers pour professionnaliser la maîtrise d’ouvrage communale
Sur le terrain, la route communale n’est pas une abstraction administrative : elle conditionne l’accès aux marchés, aux écoles, aux centres de santé, et la fluidité du transport des productions agricoles. Or, la réussite d’un programme d’entretien tient autant aux financements qu’à la qualité de la préparation technique et des procédures.
Les ateliers ont donc été construits autour de quatre blocs pratiques :
la répartition des compétences et responsabilités, la formulation des cahiers de charges, l’élaboration et la validation des programmes d’entretien, puis l’exécution des contrats et le suivi des paiements.
Pour Aubin Essaïe Moussa, administrateur du Fonds routier, le message est direct : la maîtrise d’ouvrage des routes communales relève des communes, et ces sessions visent à sécuriser l’usage des ressources et à garantir un impact visible pour les populations. Il met également en avant la réorganisation du Fonds, issue du décret n°2025/293 du 10 juillet 2025, présentée comme un cadre offrant davantage de marges de manœuvre dans la mobilisation et l’utilisation des financements routiers.
2026 : 158 projets programmés, plus de 1 500 km ciblés
L’effort annoncé pour 2026 illustre l’ampleur du défi. Le Fonds routier prévoit 158 projets pour un montant global de 15,56 milliards FCFA, couvrant 1 554 km de routes et plus de 1 700 mètres linéaires d’ouvrages d’art.
Le bilan des années récentes rappelle, lui aussi, le poids du septentrion dans les priorités d’entretien : entre 2018 et 2025, l’Extrême-Nord a bénéficié de 11,39 milliards FCFA pour 1 236 km, le Nord de 6,3 milliards pour 797 km, et l’Adamaoua de 5,98 milliards pour 743 km. Dans les zones rurales, ces financements ne se traduisent pas seulement en kilomètres : ils se traduisent en désenclavement, en accès aux services de base et en réduction des coûts logistiques pour les producteurs.
Ecobank Cameroun entre dans la discussion : lever des fonds, sécuriser les grands projets
La dynamique ne s’est pas arrêtée aux salles de formation. Le 20 janvier 2026, l’administrateur du Fonds routier a reçu une délégation d’Ecobank Cameroun, conduite par Sylvestre Ouattara, responsable du Pôle Cemac. Au cœur des échanges : la possibilité de bâtir une coopération autour de la mobilisation de ressources et du financement de projets routiers structurants.
Ecobank met en avant son expérience aux côtés de Fonds d’entretien routier en Afrique, notamment en Côte d’Ivoire et se positionne comme partenaire potentiel pour accompagner le Cameroun dans la recherche de financements dédiés à la construction, la réhabilitation et l’entretien. Dans un contexte où les besoins dépassent souvent la capacité des budgets publics, l’entrée d’une banque panafricaine dans l’équation peut élargir le champ des options : ingénierie financière, structuration d’emprunts, solutions de trésorerie ou mobilisation de lignes de financement ciblées.
Une stratégie d’ouverture déjà amorcée avec d’autres banques
Le Fonds routier ne découvre pas le dialogue bancaire. Dès août 2025, une délégation de SCB Cameroun avait déjà été reçue dans une logique similaire. La répétition des rencontres révèle un cap : le Fonds cherche à transformer son modèle en combinant financements classiques et partenariats stratégiques, afin de sécuriser la pérennité des infrastructures.
Ce que révèle la séquence : routes, gouvernance et finance se rejoignent
À travers ces ateliers et ces discussions, un signal se dessine : le financement routier ne dépend plus uniquement des allocations publiques. Il dépend aussi de la qualité de la gouvernance locale, de la capacité des communes à piloter des programmes conformes, et de l’aptitude du Fonds à attirer des partenaires financiers crédibles.
Au Cameroun, la route reste un actif économique majeur. Et si l’entretien routier devient un chantier de souveraineté territoriale, la finance, elle, devient un outil d’exécution : celui qui permet de passer du programme à l’impact.
Patrick Tchounjo



