CEMAC : Ernest Pouhe prend les rênes des sociétés de bourse et veut repositionner le marché financier régional

Le marché financier d’Afrique centrale tient son nouveau visage. Le Camerounais Ernest Pouhe, directeur général d’Attijari Securities Central Africa (ASCA), a été élu ce 23 février 2026 président de l’Association des sociétés de bourse d’Afrique centrale (ASBAC), à l’issue d’une assemblée générale. Il succède au Gabonais Ulrich Gambigha et entame un mandat de deux ans à la tête d’une organisation qui fédère 26 sociétés de bourse agréées par la Cosumaf, dont 19 implantées au Cameroun.
Au-delà d’un simple changement de gouvernance, cette élection intervient à un moment stratégique pour la CEMAC, où les autorités régionales cherchent à réduire la dépendance historique des économies au crédit bancaire et à renforcer le rôle du marché financier dans le financement des entreprises et des infrastructures.
Un marché encore sous-exploité face aux enjeux de financement
Dans l’architecture financière de la CEMAC, les sociétés de bourse occupent une place clé. Elles assurent la négociation des titres, le placement, la transmission et l’exécution des ordres, la tenue de comptes, la gestion de portefeuille sous mandat, ainsi que le conseil en investissement et en gestion de patrimoine. Autrement dit, elles sont l’interface directe entre l’épargne et le financement de l’économie réelle.
Mais le constat reste connu : la région demeure largement tributaire du financement bancaire. Le marché des capitaux, bien que structuré autour de la Cosumaf et de la Bourse régionale, peine encore à capter une part significative de l’épargne longue.
C’est précisément sur ce terrain qu’Ernest Pouhe veut agir.
Réformes, fiscalité, gouvernance : un agenda ambitieux
Le nouveau président de l’ASBAC entend engager une réforme du cadre de fonctionnement de la profession, en mettant à jour les textes régissant la corporation et en renforçant le positionnement de l’association comme interlocuteur de référence auprès des États, des régulateurs et des entreprises.
Son ambition est également de promouvoir des réformes fiscales capables d’attirer davantage l’épargne vers le marché financier, notamment l’épargne longue, encore insuffisamment mobilisée. L’enjeu est clair : transformer la Bourse en véritable levier de financement structurant, capable d’accompagner les projets d’infrastructures, les levées obligataires et les introductions en Bourse dans la sous-région.
Dans une CEMAC confrontée à des besoins massifs en investissements publics et privés, la profondeur du marché financier devient une question de souveraineté économique.
L’éducation financière comme levier d’élargissement de la base d’investisseurs
Ernest Pouhe a également inscrit parmi ses priorités le renforcement de l’éducation financière et la promotion du marché financier régional. L’objectif est d’élargir la base des investisseurs et d’améliorer le rôle de la Bourse dans le financement des entreprises.
Car un marché ne vit pas uniquement de règlements et de plateformes technologiques : il vit de confiance, de compréhension et de culture financière. Sans investisseurs formés, informés et rassurés, la liquidité reste limitée. Sans liquidité, l’attractivité s’érode.
Un profil technique au service d’une ambition régionale
Banquier d’affaires de formation, Ernest Pouhe dirige depuis juillet 2020 Attijari Securities Central Africa, la filiale de banque d’investissement du groupe Attijariwafa bank pour l’Afrique centrale. Fort de plus de quinze ans d’expérience dans la finance et les marchés de capitaux, il a participé à plusieurs opérations majeures dans la région.
Avant de rejoindre Attijariwafa bank, il a occupé des postes stratégiques au sein de Société Générale Cameroun, notamment comme responsable régional du financement structuré et des financements de projets pour l’Afrique centrale, ainsi que responsable des activités de banque d’investissement.
Une formation d’excellence au croisement de la finance internationale et africaine
Diplômé de l’EM Lyon Business School (France), où il obtient en 2017 un Master en Finance, il consolide très tôt une expertise pointue en ingénierie financière et en marchés de capitaux.
Il est également titulaire d’une Maîtrise en Finance et Comptabilité de l’Université Catholique d’Afrique Centrale (Cameroun), formation qui ancre son parcours dans les réalités économiques et financières de la sous-région.
À ce socle académique s’ajoutent des certifications exécutives internationales, notamment en Fusions & Acquisitions (M&A) à la Columbia Business School et en Économie et Finance Immobilière à la London School of Economics (LSE), renforçant ainsi son profil stratégique à l’échelle globale.
Des opérations structurantes au cœur du financement régional
Le Port Autonome de Douala (PAD) a marqué le marché financier régional avec des opérations d’envergure, notamment la mobilisation de 100 milliards FCFA en 2022 destinée au refinancement de sa dette, suivie d’une levée de 70 milliards FCFA en 2025 pour accompagner l’extension du terminal à conteneurs. Deux transactions majeures qui illustrent la montée en puissance du recours au marché des capitaux pour financer des infrastructures stratégiques en Afrique centrale.
Par ailleurs, une participation active au sein du syndicat bancaire ayant accompagné la Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale (BDEAC) dans ses levées de fonds confirme un positionnement solide sur les opérations structurées de grande ampleur, au service du financement des économies de la CEMAC.
Un tournant pour la CEMAC ?
L’élection d’Ernest Pouhe intervient dans un contexte où la CEMAC cherche à moderniser son architecture financière et à diversifier ses sources de financement. Si les ambitions affichées se traduisent par des réformes concrètes, la région pourrait progressivement réduire sa dépendance au crédit bancaire et renforcer la capacité de la Bourse à jouer son rôle de catalyseur de croissance.
Au fond, la question est simple : la CEMAC peut-elle transformer son marché financier en moteur de développement ? Avec Ernest Pouhe à la tête de l’ASBAC, la réponse commence à prendre forme.
Patrick Tchounjo



