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Nigeria : la CBN porte ses réserves d’or à 3,5 milliards $, un signal de stabilité

3,5 milliards $ d’or : un mouvement de réserve qui en dit long sur la stratégie de la CBN

La Banque centrale du Nigeria (CBN) renforce la place de l’or dans sa stratégie de gestion des réserves. L’institution monétaire annonce avoir intégré de l’or issu d’un approvisionnement responsable à ses réserves extérieures, portant la valeur de ses avoirs aurifères à environ 3,5 milliards de dollars.

Le détail n’est pas décoratif. Selon la CBN, l’or a été raffiné conformément aux normes de bonne livraison de la London Bullion Market Association (LBMA), un standard international conçu pour garantir qualité et traçabilité du métal. Dans un monde où les banques centrales arbitrent entre rendement, sécurité et liquidité, afficher la traçabilité et l’alignement sur les standards LBMA revient à dire une chose très simple : cet or est “réservable”, donc pleinement utilisable dans une logique de crédibilité extérieure.

Le NGPP : acheter en nairas, indexer sur la LBMA, renforcer les réserves sans consommer les devises

L’or intégré aux réserves provient du National Gold Purchase Programme (NGPP), un mécanisme d’achat local géré par le Solid Minerals Development Fund (SMDF). Le programme repose sur un cadre d’approvisionnement responsable aligné sur les lignes directrices de diligence raisonnable de l’OCDE et sur les principes de Londres du World Gold Council.

Le gouverneur de la CBN, Olayemi Cardoso, précise que le métal précieux a été acquis en nairas, avec un prix indexé sur les références de la LBMA. La promesse est stratégique : accroître les réserves aurifères sans puiser dans les réserves de change. C’est un mécanisme qui change la lecture de la décision. Il ne s’agit pas seulement d’“acheter de l’or”, mais de transformer une production locale raffinée en actif de réserve, tout en protégeant la liquidité en devises.

L’or redevient une obsession des banques centrales, et les prix amplifient le mouvement

Cette stratégie intervient alors que l’or regagne de l’importance dans la gestion des réserves internationales. Face à la volatilité des devises, aux tensions inflationnistes et aux incertitudes géopolitiques, de nombreuses banques centrales intensifient leurs achats de métal jaune pour sécuriser leurs actifs.

Au Nigeria, la montée en puissance de l’or dans les réserves est déjà visible. La CBN indiquait qu’au 31 décembre 2024, la valeur de ses réserves aurifères avait atteint 2,77 billions de nairas, contre 1,28 billion de nairas en 2023. Le volume détenu est resté stable à 687 402 onces troy, soit environ 21,4 tonnes, mais la valeur a fortement progressé sous l’effet de la hausse des prix mondiaux.

Sur le marché international, l’or évolue désormais à des niveaux historiquement élevés, dépassant les 5 000 dollars l’once, ce qui renforce mécaniquement la valeur des réserves détenues par les banques centrales.

Au-delà des réserves : la CBN veut aussi “monétiser” le potentiel minier et structurer une chaîne de valeur

L’annonce ne s’arrête pas à la comptabilité des réserves. La CBN souhaite aussi valoriser le potentiel minier du pays. Olayemi Cardoso indique que l’atelier récemment organisé par la banque centrale sur la valorisation économique des ressources minérales nigérianes visait à mobiliser les acteurs du secteur aurifère, à mieux comprendre les défis de l’industrie et à explorer les opportunités sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

Le raisonnement est cohérent : si l’or redevient un actif central dans l’économie mondiale en tant que valeur refuge, alors la question n’est plus seulement “combien l’on détient”, mais aussi “comment le pays transforme sa ressource en levier macroéconomique”, sans alimenter l’opacité ni fragiliser la stabilité. Sur la même trajectoire, la CBN souligne que d’autres minéraux stratégiques gagnent en importance dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et le développement industriel avancé.

Patrick Tchounjo

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