Audrey Kambiré : la DG qui veut faire de Faso Crédit une microfinance “de méthode”

Il y a des dirigeantes qui arrivent avec un slogan. Audrey Kambiré arrive avec une méthode. À la tête de Faso Crédit, elle incarne cette nouvelle génération de leaders de la microfinance qui ne se contentent plus de “prêter”, mais cherchent à structurer : structurer les portefeuilles, structurer la croissance, structurer le risque, structurer la relation avec l’entreprise. Dans un marché où les besoins de financement des PME restent massifs et où l’exécution fait souvent la différence entre expansion et fragilisation, elle pose les bases d’un cap : croître, oui, mais sans perdre la maîtrise.
Nommée Directrice générale le 30 décembre 2025, à la tête d’une institution appartenant au Groupe Planor Afrique dirigé par l’homme d’affaires Apollinaire Compaoré, elle prend les commandes avec un profil qui raconte une trajectoire précise : plus de douze ans dans la banque et la microfinance, une expérience forte dans la gestion de portefeuilles d’entreprises, et une culture de la structuration financière qui colle parfaitement aux défis d’une microfinance moderne.
Prendre les commandes : un style de direction fondé sur l’expertise et la vision
Ce qui distingue Audrey Kambiré, c’est ce mélange rarement équilibré entre technicité et lisibilité. Elle comprend les chiffres, les ratios, les dynamiques sectorielles. Mais elle comprend aussi la psychologie de l’entrepreneur, sa contrainte de trésorerie, ses cycles, ses urgences. Cette double lecture lui permet de poser une ambition de direction claire : faire de Faso Crédit une institution capable de soutenir l’économie réelle avec des financements mieux calibrés, mieux suivis, mieux sécurisés.
Son parcours est marqué par une spécialisation solide : la structuration de financements pour PME/PMI et grandes entreprises, et la gestion de portefeuilles de crédit complexes. Ce n’est pas un détail de carrière, c’est une colonne vertébrale. Car en microfinance, le risque n’est pas seulement “l’impayé”. Le risque, c’est aussi le mauvais produit, le mauvais calendrier, le mauvais suivi, la mauvaise compréhension du métier financé. Une DG qui vient du terrain corporate apporte un réflexe précieux : financer, c’est d’abord comprendre.
Banque Atlantique : l’école des grands portefeuilles et des secteurs stratégiques
Avant Witti Finances, Audrey Kambiré a renforcé une partie majeure de son expertise à Banque Atlantique Burkina Faso, où elle a supervisé le service Grandes Entreprises. Elle y gère des portefeuilles diversifiés couvrant des secteurs clés de l’économie nationale : télécommunications, énergie, BTP, hydrocarbures, transport et secteur public.
Cette expérience a deux effets puissants sur un profil de dirigeante. D’abord, elle donne une compréhension fine de la façon dont l’économie “tourne” réellement : ce qui bloque une chaîne logistique, ce qui ralentit un chantier, ce qui fragilise une entreprise sous contrat public, ce qui pèse sur la rentabilité d’un opérateur. Ensuite, elle développe un instinct de structuration : savoir quel type de financement convient à quel cycle, quel montage protège la banque, quelles garanties sont efficaces, et où le risque se cache vraiment.
Quand on a passé des années à lire des secteurs aussi différents, on ne finance plus “au feeling”. On finance avec une cartographie mentale du terrain.
Witti Finances : l’exécution microfinance, du plan stratégique au lancement d’activités
Chez Witti Finances, Audrey Kambiré occupe des postes à responsabilité croissante. Elle commence comme Directrice de l’exploitation commerciale, puis devient Directrice Clientèle Privée et Institutionnelle. Ce sont des fonctions qui racontent une chose : elle n’est pas seulement une technicienne, elle sait tenir le front commercial, construire des relations, piloter une stratégie de clientèle et accompagner la croissance.
À ces postes, elle joue un rôle déterminant dans la mise en place du plan stratégique de l’institution et dans le lancement de ses activités au Burkina Faso. Là encore, ce n’est pas une ligne anodine. Lancer des activités, c’est affronter le réel : recrutement, organisation, acquisition de clients, mise en place de process, premiers portefeuilles, premiers défauts, premiers ajustements. C’est aussi apprendre la discipline des priorités : où mettre l’énergie, comment éviter la dispersion, comment calibrer la croissance.
Ce passage en microfinance, après une expérience corporate solide, construit un profil rare : une dirigeante qui parle à la fois le langage des entreprises et celui de la proximité financière.
Une formation d’excellence : rigueur, finance corporate et culture bancaire
Le parcours académique d’Audrey Kambiré confirme la cohérence du profil. Elle est titulaire d’un International Certificate in Corporate Finance délivré par HEC Paris/First Finance, d’un diplôme de l’Institut Technique de Banque du CFPB Paris, d’un DESS en finance, comptabilité et contrôle, ainsi que d’une maîtrise en sciences de gestion de l’Université Ouaga II, obtenue en tant que major de promotion.
Ce bloc de formation explique un trait constant : la rigueur. Quand on sort major, on n’a pas seulement “réussi”. On s’est construit une exigence. Et cette exigence devient une manière de travailler : documenter, vérifier, contrôler, structurer, anticiper. Dans la microfinance, cette rigueur est un avantage stratégique. Parce qu’une institution peut croître vite, mais si elle croît sans contrôle, elle s’expose. L’excellence académique ne garantit pas le succès, mais elle donne un outil : la méthode. Et la méthode, dans le crédit, est souvent la meilleure assurance.
Faso Crédit : la promesse d’une croissance solide et maîtrisée
Aujourd’hui, à la tête de Faso Crédit, Audrey Kambiré incarne un projet de direction qui parle aux réalités de l’UEMOA et aux besoins du Burkina : financer l’économie sans fragiliser l’institution, soutenir les PME/PMI sans tomber dans l’illusion du crédit facile, élargir l’accès au financement tout en gardant une gestion du risque cohérente.
Son enjeu est clair : bâtir une croissance solide et maîtrisée. Cela suppose une capacité d’origination, c’est-à-dire identifier les bons projets et les bons clients. Cela suppose une capacité de structuration, pour proposer des financements adaptés. Cela suppose une capacité de suivi, pour éviter que le crédit ne se transforme en problème. Et cela suppose une capacité de vision, pour que l’institution avance avec une direction lisible, attractive et durable.
Il y a, dans ce type de trajectoire, une idée forte : la microfinance ne doit pas seulement être un guichet. Elle peut devenir un outil d’organisation économique. Un accélérateur de PME. Un levier de structuration. Et c’est précisément le genre d’ambition que porte une dirigeante formée à la finance corporate, trempée dans les portefeuilles sectoriels, et habituée à l’exécution microfinance.
Patrick Tchounjo



