Côte d’Ivoire : BGFI passe à l’offensive avec 60 milliards FCFA de capital

Le capital, dans une banque, n’est jamais une formalité. C’est une déclaration de force. Et en Côte d’Ivoire, BGFIBank vient d’en faire une très lisible : le conseil d’administration de la filiale, réuni le 6 mars, a décidé d’augmenter le capital social de 40 milliards FCFA pour le porter à 60 milliards FCFA, soit environ 105,7 millions de dollars.
Derrière ce mouvement, le message est double. D’un côté, le groupe gabonais confirme qu’il veut accompagner, sans se brider, un marché ivoirien jugé “dynamique” et stratégique. De l’autre, il aligne ses filiales sur une réalité devenue centrale dans l’espace UEMOA : la solidité financière n’est plus un avantage compétitif, c’est une condition d’accès à la croissance.
Une filiale ivoirienne propulsée au rang de “pôle” de croissance
L’annonce a été relayée sur Linkedin dimanche 8 mars 2026 par Henri-Claude Oyima, PDG du groupe, qui présente: « ce renforcement comme un levier pour permettre à BGFIBank Côte d’Ivoire de saisir les opportunités d’un marché qu’il décrit comme l’un des quatre pôles de croissance de BGFIBank ».
Ce n’est pas un détail sémantique : lorsqu’un groupe bancaire parle de “pôle”, il parle de volume, de conquête commerciale, de financement corporate et PME, et d’une place bancaire à défendre sur la durée.
Après le Cameroun, la Côte d’Ivoire : le groupe muscle ses fonds propres sur deux zones clés
La Côte d’Ivoire n’est pas un cas isolé. Quelques jours plus tôt, BGFIBank Cameroun avait validé une augmentation de capital qui fait passer l’établissement de 20 à 50 milliards FCFA.
À l’échelle du groupe, cette séquence ressemble à une stratégie : renforcer les filiales là où la concurrence s’intensifie et où les besoins de financement deviennent plus lourds, tout en sécurisant la capacité à prêter dans de bonnes conditions prudentielles.
Le timing : l’IPO de BGFI Holding, et un groupe qui veut transformer la levée en capacité d’exécution
Ces opérations interviennent alors que BGFI Holding Corporation a récemment bouclé son introduction en bourse en levant 45 milliards FCFA (première tranche), une opération très suivie sur le marché régional.
Dans la logique d’un groupe bancaire, le capital levé n’a de sens que s’il se transforme en capacités concrètes : plus de financement, plus d’investissement technologique, plus d’efficacité opérationnelle, plus de conquête de clientèle.
Une UEMOA qui relève ses standards : le capital minimum à 20 milliards FCFA
Le renforcement de BGFIBank Côte d’Ivoire se lit aussi dans un cadre réglementaire devenu plus strict : l’Union monétaire ouest-africaine a relevé le capital social minimum des banques de 10 à 20 milliards FCFA (décision du Conseil des ministres de l’UMOA), avec une formalisation via un avis de la BCEAO.
Dans ce contexte, porter le capital à 60 milliards FCFA, ce n’est pas seulement “être conforme”. C’est se donner de la marge pour croître, absorber des chocs, financer des tickets plus importants et rester compétitif dans une place bancaire où la taille et la solidité comptent de plus en plus.
Des performances en hausse et une promesse actionnariale assumée
Selon les éléments communiqués dans votre note, l’exercice clos au 31 décembre 2025 montre une progression de l’activité de la filiale, avec un bilan en hausse et un bénéfice net en amélioration, et un conseil d’administration qui envisage de proposer un dividende global de 13 milliards FCFA aux actionnaires lors de la prochaine assemblée générale.
La séquence est cohérente : capital renforcé, dynamique d’activité, et signal aux actionnaires. Mais le marché, lui, regardera surtout ce que ce capital supplémentaire permettra de faire “tout de suite” : financer plus, mieux, plus vite, tout en gardant la maîtrise du risque.
Patrick Tchounjo



