Lualaba : un projet à 1,2 milliard USD place UBA au cœur d’une nouvelle ambition industrielle

En République démocratique du Congo, un projet à 1,2 milliard USD attire l’attention bien au-delà du seul secteur minier. Autour d’UBA, un montage financier est évoqué pour acquérir une cible en RDC et bâtir des opérations verticalement intégrées, de l’extraction à la transformation. Derrière cette ambition industrielle se joue une question devenue centrale pour l’Afrique : comment transformer sur place davantage de minerais stratégiques, au moment où le monde se livre une bataille silencieuse pour sécuriser ses approvisionnements en minéraux critiques.
Un montage financier de 1,2 milliard USD est évoqué autour d’UBA pour acquérir une cible en RDC et bâtir des opérations « verticalement intégrées », de l’extraction à la transformation. Le projet cité prend forme dans la province du Lualaba, avec une orientation vers une solution hydrométallurgique, un procédé qui utilise des solutions chimiques pour extraire et purifier les métaux.
Dès son énoncé, le projet dépasse le simple cadre d’une opération de financement. Il s’inscrit dans une vision plus large, où la mine n’est plus pensée comme un point de sortie de matières premières, mais comme le premier maillon d’une chaîne industrielle appelée à produire davantage de valeur localement.
Le Lualaba comme point d’ancrage d’une nouvelle ambition minière
Le choix du Lualaba n’a rien d’anodin. Cette province s’impose depuis plusieurs années comme un territoire clé dans l’économie minière congolaise. C’est donc là que prend forme ce projet adossé à une logique d’intégration verticale, avec l’idée de relier l’extraction à la transformation dans une même architecture industrielle.
L’orientation vers une solution hydrométallurgique donne aussi le ton. Ce procédé, qui utilise des solutions chimiques pour extraire et purifier les métaux, renvoie à une volonté claire de ne pas s’arrêter au minerai brut. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’extraire, mais de traiter, de raffiner et de capter une part plus importante de la valeur créée.
Dans le contexte africain, ce type d’approche marque un tournant. Il raconte une évolution du discours économique du continent, qui cherche désormais à faire de ses ressources non plus seulement une rente d’exportation, mais un levier d’industrialisation.
Derrière le financement, la pression mondiale sur les minéraux critiques
La même prise de parole relie directement cette approche industrielle à un débat plus large sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. À l’Africa Energy Indaba, l’intervenante dit avoir participé à une table ronde sur le lien entre la hausse de la demande énergétique et la pression croissante sur les minéraux critiques, devenus indispensables pour de nombreuses technologies.
Elle souligne que le sujet n’est plus seulement économique, car il touche aussi à la sécurité.
Cette lecture change profondément la nature du débat. Pendant longtemps, la question minière a été traitée sous l’angle des volumes, des prix ou des revenus d’exportation. Désormais, elle est aussi abordée sous l’angle stratégique. Les minéraux critiques ne sont plus perçus comme de simples commodités. Ils deviennent des ressources sensibles, directement liées à l’industrie, à l’énergie, aux chaînes technologiques et aux équilibres de puissance.
Quand les minéraux critiques entrent dans le champ de la sécurité mondiale
Dans ce contexte, elle rappelle qu’un débat du Conseil de sécurité des Nations unies a porté sur l’énergie, les minéraux critiques et la sécurité, avec un message central selon lequel la demande mondiale de ces ressources pourrait tripler d’ici 2030.
Le signal est fort. Il signifie que la ruée vers les ressources stratégiques est en train de changer d’échelle. Et pour les pays africains producteurs, cette perspective soulève une question décisive : faut-il continuer à exporter des minerais bruts dans un monde où leur importance ne cesse de croître, ou faut-il au contraire transformer davantage sur le continent pour mieux capter la valeur ?
L’idée défendue ici est simple. L’Afrique ne veut plus se limiter à exporter des minerais bruts si la demande explose, car cela laisse peu de valeur sur place.
Cette phrase résume à elle seule l’un des grands débats économiques du moment. Car derrière l’urgence de sécuriser l’accès aux ressources, se joue aussi un arbitrage fondamental sur le partage de la richesse générée.
La transformation locale devient le véritable terrain de la bataille de la valeur
Le texte présente Buenassa comme un exemple d’ambition industrielle portée depuis le continent, avec une logique de création de chaîne de valeur « de la mine au marché ».
Cette expression n’est pas qu’une formule. Elle traduit une volonté d’intégration industrielle dans laquelle la transformation locale devient une étape indispensable, et non plus accessoire. L’enjeu est clair : faire en sorte que les pays producteurs ne restent pas en bas de la chaîne, mais prennent position sur les segments où se fabrique réellement la valeur.
Guy Kioni, DG de Missang et membre du Conseil d’administration de Buenassa, affirme avoir une vue directe sur ce type de stratégie et insiste sur la transformation locale comme condition d’une transition plus équitable, parce qu’elle doit produire des compétences, des emplois et des revenus pour les communautés vivant au-dessus des gisements.
Cette vision donne une profondeur nouvelle au projet. Il ne s’agit plus seulement d’un sujet de financement ou d’ingénierie minière. Il s’agit aussi d’un débat sur la redistribution des bénéfices de l’extraction, sur la montée en compétence industrielle et sur la capacité des territoires miniers à bénéficier plus directement de la richesse qu’ils portent.
De l’Indaba à la géoéconomie, l’Afrique veut capter plus de valeur
Elle cite aussi une phrase attribuée au président sud-africain Cyril Ramaphosa à l’ouverture de l’Indaba : « Quand l’Afrique parle de minéraux critiques, elle doit aussi parler de transformation locale ».
Cette phrase agit comme un fil conducteur. Elle relie la vision industrielle à une ambition politique plus large. Elle dit que le débat africain sur les minéraux critiques ne peut plus être dissocié de celui sur l’industrialisation du continent.
Le raisonnement est ensuite prolongé par une lecture géoéconomique. Des partenaires et alliés des États-Unis sécurisent les chaînes d’approvisionnement dont ils ont besoin, tandis que l’Afrique cherche à capter une part plus importante de la valeur créée, grâce au traitement sur son sol.
Nous sommes ici au cœur d’une nouvelle grammaire économique mondiale. Les grandes puissances et leurs partenaires veulent sécuriser l’accès aux ressources stratégiques. L’Afrique, elle, veut éviter que cette nouvelle ruée se traduise par la répétition d’un vieux schéma extractif. Autrement dit, le continent entend peser autrement dans la chaîne de valeur.
UBA au cœur d’un projet qui dépasse la finance
Dans cette perspective, le montage évoqué autour d’UBA prend une portée particulière. Les 1,2 milliard USD mentionnés ne renvoient pas seulement à une opération d’acquisition. Ils s’inscrivent dans une logique où la finance devient l’un des instruments de la souveraineté économique, de l’intégration industrielle et du repositionnement africain dans les chaînes mondiales des minéraux critiques.
Le projet cité en RDC, dans le Lualaba, avec sa composante hydrométallurgique et sa logique d’intégration verticale, apparaît ainsi comme bien plus qu’un dossier minier. Il symbolise une inflexion. Celle d’une Afrique qui cherche à passer de la simple production à la transformation, du rôle de fournisseur à celui d’acteur industriel, et de l’exportation brute à la création de valeur locale.
Dans un monde où la demande pour les minéraux critiques pourrait tripler d’ici 2030, cette bataille ne fait que commencer. Et elle ne se jouera pas uniquement dans les sous-sols. Elle se jouera aussi dans les usines, dans les montages financiers, dans les arbitrages politiques et dans la capacité du continent à imposer sa propre vision de la valeur.
Patrick Tchounjo



