Coris Bank accélère en Cemac avec l’intégration de ses filiales à GIMACPAY

Le groupe burkinabè Coris Bank International passe à la vitesse supérieure en Afrique centrale. Selon les éléments communiqués autour du projet, la banque a officiellement lancé, le 14 mars 2026 à Ouagadougou, l’intégration de ses futures filiales du Gabon et du Cameroun à l’écosystème GIMACPAY. Derrière cette séquence technique, l’enjeu est beaucoup plus vaste : entrer en zone Cemac avec des services déjà pensés pour l’interopérabilité, les paiements numériques et la fluidité des usages transfrontaliers.
Ce mouvement n’a rien d’anodin. Dans la banque moderne, l’implantation ne se joue plus seulement dans l’ouverture d’agences ou l’obtention d’agréments. Elle se joue aussi dans la capacité à entrer rapidement dans les rails du paiement régional. Et sur ce terrain, GIMACPAY est devenu un passage obligé en Afrique centrale. La BEAC rappelle que le GIMAC met en œuvre un écosystème convergent carte, mobile et transfert d’argent, avec une mission explicite d’interopérabilité intégrale dans la Cemac.
Autrement dit, en préparant son raccordement à cette infrastructure, Coris ne cherche pas seulement à “s’installer”. Le groupe veut arriver en parlant immédiatement le langage du marché : virements interopérables, retraits, paiements et circulation plus fluide de la valeur entre banques, microfinances et opérateurs de mobile money. Cette lecture est une inférence fondée sur le rôle officiel de GIMACPAY dans l’écosystème des paiements de la Cemac.
Une offensive cohérente avec la nouvelle donne réglementaire
Cette accélération est rendue plus crédible par l’évolution du cadre communautaire. Depuis le 1er janvier 2025, le règlement Cemac sur l’agrément unique des établissements de crédit est entré en vigueur. Il permet à un groupe déjà agréé dans un pays membre d’étendre plus facilement sa présence dans les autres États de la communauté, sous réserve des autorisations requises de la Cobac.
Pour Coris, le contexte est donc favorable. Le groupe dispose déjà d’une présence dans la sous-région, notamment au Tchad, tandis que ses propres canaux institutionnels affichent aussi une filiale au Gabon. Cette base régionale donne du sens à une stratégie qui vise désormais à mieux relier l’Afrique de l’Ouest, où Coris est solidement implantée, aux marchés d’Afrique centrale.
GIMACPAY, bien plus qu’un branchement technique
Ce qui se joue ici dépasse la simple connexion à une plateforme. GIMACPAY est au cœur de la réforme des paiements dans la Cemac. La BEAC précise que la participation à ce type de système est formalisée par des conventions d’adhésion, ce qui en fait une brique structurante de l’intégration financière régionale.
Pour un groupe comme Coris, cela signifie une chose simple : standardiser ses services dès l’entrée sur le marché. Dans une région où les usages numériques progressent vite, où le mobile money pèse de plus en plus dans les transactions et où les frontières entre banque classique et paiements digitaux deviennent plus poreuses, arriver avec une logique d’interopérabilité native est un avantage compétitif. Les données relayées ces derniers mois montrent d’ailleurs la montée en puissance continue de GIMACPAY dans les transactions régionales.
Le Cameroun, la pièce maîtresse
S’il est confirmé, le déploiement au Cameroun donnerait à Coris un point d’ancrage majeur. Le pays demeure l’un des marchés bancaires les plus stratégiques de la Cemac, avec le réseau le plus dense de la sous-région. Des données récentes relayées par la presse économique indiquent que le Cameroun concentre à lui seul 34 % du réseau bancaire de la Cemac, devant les autres marchés de la zone.
Cette centralité explique pourquoi l’entrée dans l’écosystème des paiements y est si décisive. Au Cameroun, la bataille bancaire ne se joue plus seulement sur le crédit ou la présence physique. Elle se joue aussi sur la capacité à offrir des services digitaux fluides, à se brancher aux réseaux régionaux de paiement et à capter les flux d’un marché qui sert de carrefour aux opérations d’Afrique centrale. Cette dernière phrase est une inférence fondée sur le poids du marché camerounais et sur le rôle de GIMACPAY.
Une ambition panafricaine qui change d’échelle
À travers cette séquence, Idrissa Nassa et son groupe donnent surtout à voir une ambition plus large : celle d’un acteur ouest-africain qui ne veut plus seulement exporter son modèle, mais l’arrimer aux infrastructures régionales des marchés qu’il vise. C’est une stratégie plus mature, plus méthodique et plus panafricaine.
Au fond, le vrai message est là : Coris Bank International ne veut pas arriver en Cemac comme un nouvel entrant de plus. Il veut s’y brancher comme un acteur déjà prêt à opérer dans l’économie réelle des paiements. Et dans une Afrique centrale où l’interopérabilité devient un critère de puissance bancaire, ce choix peut peser lourd.
Patrick Tchounjo



