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Sarata Koné-Thiam, la lionne de la finance qui impose sa marque sur la banque africaine

Dans les grands couloirs de la finance africaine, certains dirigeants occupent des fonctions. D’autres finissent par incarner une époque, une exigence, une manière de faire de la banque. Sarata Koné-Thiam appartient à cette seconde catégorie. Banquière chevronnée, stratège régionale, figure du leadership féminin dans les services financiers, elle s’est imposée au fil des années comme l’un des visages les plus solides de la banque en Afrique de l’Ouest francophone.

Son parcours raconte bien plus qu’une réussite individuelle. Il raconte l’ascension d’une femme de finance dans un univers encore largement dominé par les hommes, la construction patiente d’une expertise transnationale, et la montée en puissance d’un leadership capable de naviguer entre banque commerciale, banque d’investissement, gouvernance régionale et transformation des marchés.

De Citibank à HSBC, puis à UBA, Sarata Koné-Thiam a traversé plusieurs géographies financières, plusieurs cultures bancaires et plusieurs cycles de croissance. Et à chaque étape, elle a consolidé une réputation de dirigeante rigoureuse, ambitieuse et profondément ancrée dans les enjeux de développement du secteur bancaire africain.

Une formation économique solide, entre Abidjan et Montréal

Les trajectoires bancaires les plus durables reposent rarement sur le hasard. Celle de Sarata Koné-Thiam s’appuie d’abord sur une base académique cohérente et exigeante.

Après un baccalauréat série B obtenu au Lycée Technique d’Abidjan entre 1989 et 1991, elle poursuit sa formation à l’Université de Montréal, où elle décroche d’abord un Bachelor of Arts en économie entre 1991 et 1994, avant d’obtenir un Master of Science en économie entre 1995 et 1996.

Ce socle est loin d’être anodin. Il lui donne très tôt une lecture structurée des mécanismes économiques, des marchés, des politiques financières et de l’allocation du capital. Dans la banque, cette double culture de l’analyse économique et de la pratique commerciale constitue un avantage décisif. Elle permet de comprendre à la fois les chiffres, les cycles, les clients et les grandes dynamiques macroéconomiques qui façonnent les décisions.

Chez Sarata Koné-Thiam, cette formation en économie semble avoir nourri une qualité essentielle : la capacité à penser la banque non comme une simple mécanique de produits, mais comme un instrument de structuration de l’activité économique.

Les années Citi, l’école de la rigueur bancaire internationale

Sa carrière débute en décembre 1996 chez Citi, où elle occupe le poste de Senior Relationship Manager jusqu’en novembre 2003.

Cette première grande étape dure sept ans. Elle est fondamentale. Citi représente pour de nombreux professionnels une école de discipline, de standards élevés, de culture de la performance et d’exigence relationnelle. Dans ce type d’environnement, on apprend à gérer des clients complexes, à comprendre les besoins des entreprises, à structurer des relations durables et à évoluer dans une logique de précision quasi chirurgicale.

Pour Sarata Koné-Thiam, cette phase construit vraisemblablement les bases de son identité professionnelle. Elle y développe une compréhension concrète du métier bancaire, avec ce mélange de technicité, de proximité client et de rigueur d’exécution qui caractérise les grands profils de la banque corporate et institutionnelle.

HSBC, onze années pour élargir la vision et gagner en profondeur

En décembre 2003, elle rejoint HSBC en tant que Country Representative, fonction qu’elle occupe jusqu’en juillet 2015.

Cette séquence de 11 ans et 8 mois est particulièrement structurante. Elle l’installe durablement dans le cercle des dirigeants de haut niveau ayant évolué au sein d’institutions financières internationales de premier plan. Travailler dans un groupe comme HSBC, surtout dans des environnements africains en transformation, suppose une capacité rare à faire dialoguer standards globaux et réalités locales.

Cette expérience lui permet d’opérer sur des marchés stratégiques comme le Nigeria, tout en consolidant une expertise géographique plus large qui couvre également Abidjan et l’Afrique du Sud. Cette exposition à plusieurs places financières africaines renforce son profil. Elle ne pense plus seulement en termes de marché national, mais en termes de flux régionaux, de complémentarités bancaires et de stratégie de présence continentale.

C’est aussi dans ce type de responsabilité que se forment les dirigeants capables de piloter des opérations dans des environnements multiculturels, réglementaires et concurrentiels complexes.

UBA Côte d’Ivoire, le temps de la consécration

En août 2015, Sarata Koné-Thiam prend la tête de UBA Côte d’Ivoire en tant que Managing Director / CEO. Elle y restera jusqu’en décembre 2024, soit plus de neuf ans.

C’est clairement l’étape de la consécration visible. Prendre la direction générale d’une banque dans un marché aussi stratégique que la Côte d’Ivoire, puis s’y maintenir près d’une décennie, n’est jamais anodin. Cela suppose des résultats, une gouvernance crédible, une capacité à fédérer les équipes, à parler aux régulateurs, à convaincre les clients corporate et à porter une vision.

Sous sa direction, UBA Côte d’Ivoire est élue « Banque de l’Année » par le magazine The Banker en 2019. Cette distinction agit comme un marqueur. Elle valide non seulement la performance de l’institution, mais aussi la qualité du leadership qui la porte.

Dans le paysage bancaire ivoirien, extrêmement concurrentiel et riche en acteurs solides, une telle reconnaissance n’a de poids que lorsqu’elle s’appuie sur une trajectoire de gestion, de croissance et de crédibilité.

Une promotion régionale qui confirme son statut

La carrière de Sarata Koné-Thiam prend ensuite une dimension encore plus large. En octobre 2024, elle devient Regional CEO West Africa au sein du groupe UBA, avec une base à Abidjan.

Dans ce rôle, elle est chargée du développement des activités du groupe dans neuf pays d’Afrique de l’Ouest : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée, Liberia, Mali, Sénégal et Sierra Leone.

Même si cette fonction est exercée sur une période courte, jusqu’en décembre 2024, elle marque une étape décisive. Elle confirme que son profil n’est plus celui d’une simple dirigeante-pays, mais celui d’une stratège régionale capable d’articuler plusieurs marchés, plusieurs cultures d’affaires et plusieurs priorités bancaires à l’échelle sous-régionale.

C’est le type de promotion qui distingue les dirigeants qui ont dépassé la seule performance locale pour entrer dans une logique de pilotage régional.

À la tête de UBA Afrique francophone, une femme de système

Aujourd’hui, Sarata Koné-Thiam est présentée comme Directrice Générale de UBA Afrique francophone, supervisant les opérations du groupe dans cette zone.

Ce poste la place dans une configuration particulièrement stratégique. L’Afrique francophone constitue un espace bancaire dense, contrasté, en croissance, où les enjeux de financement des entreprises, de bancarisation, de digitalisation et de concurrence entre groupes panafricains et banques historiques restent intenses.

Diriger une telle zone exige une lecture fine des marchés, mais aussi un sens aigu de la cohérence régionale. Il faut savoir où accélérer, où consolider, où arbitrer, et comment faire grandir un groupe sans perdre en lisibilité ni en discipline.

Sarata Koné-Thiam semble précisément appartenir à cette catégorie de dirigeants capables de faire tenir ensemble ambition commerciale, culture du risque et profondeur régionale.

La lionne de la finance, une réputation forgée dans la constance

Dans les milieux financiers, les surnoms ne s’installent jamais par hasard. Si Sarata Koné-Thiam est surnommée la “lionne de la finance”, c’est parce qu’elle projette cette combinaison rare de force, de maîtrise et de présence.

Mais derrière l’image, il y a une réalité plus structurée. Sa réputation repose sur plusieurs piliers : plus de 22 ans d’expérience dans la banque commerciale et d’investissement, une capacité à évoluer dans des groupes internationaux de premier plan, une maîtrise de plusieurs marchés africains, et une progression constante vers des fonctions de plus en plus larges.

Cette constance compte. Dans la banque, les carrières les plus respectées ne sont pas toujours celles qui avancent le plus vite, mais celles qui savent accumuler crédibilité, résultats et profondeur.

Une voix forte pour l’autonomisation financière des femmes

Le portrait de Sarata Koné-Thiam ne serait pas complet sans sa dimension d’engagement.

Elle est reconnue pour son plaidoyer en faveur du leadership féminin et de l’indépendance financière des femmes. Cet engagement n’est pas périphérique. Il s’inscrit dans une logique de responsabilité et de transmission. Dans des écosystèmes financiers où l’accès au pouvoir, au crédit, à l’information et à la décision reste encore inégalement réparti, sa voix compte.

Elle est également membre d’honneur de l’ONG YELEMBA, qui promeut l’éducation financière. Ce point est particulièrement significatif. Il montre qu’elle ne réduit pas la question du progrès féminin à la seule présence de femmes dans les organigrammes. Elle la relie aussi à l’accès au savoir financier, à la capacité de décider, d’épargner, d’investir et de construire une autonomie durable.

Dans une Afrique francophone où l’inclusion financière reste un chantier majeur, ce type d’engagement donne une épaisseur supplémentaire au leadership bancaire.

Une femme de banque, mais aussi une figure d’inspiration

Ce qui rend Sarata Koné-Thiam particulièrement intéressante, c’est qu’elle dépasse le cadre technique de sa fonction. Elle incarne un type de réussite qui parle à plusieurs générations.

Aux jeunes femmes africaines qui rêvent de finance, elle montre qu’il est possible de se hisser dans les sphères les plus exigeantes du secteur sans renoncer à sa voix. Aux banques, elle rappelle que le leadership féminin n’est pas un sujet de vitrine, mais une réalité de performance. Aux marchés, elle apporte la preuve que la compétence, la discipline et la vision peuvent faire émerger des figures africaines de tout premier plan.

Patrick Tchounjo

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