Marchés & Financements

Afreximbank et la CARICOM le financement qui peut déclencher une nouvelle intégration régionale

Un chiffre qui dit tout : 5 milliards $ pour la CARICOM, l’Afrique finance aussi sa diaspora

À Basseterre, le 25 février, Afreximbank a envoyé un message qui dépasse le cadre caribéen : la Banque panafricaine relève son plafond global de financement pour les initiatives CARICOM de 3 à 5 milliards de dollars. L’annonce est actée au plus haut niveau dans le communiqué officiel de la 50e Conférence des chefs de gouvernement de la CARICOM.

C’est un basculement stratégique. Parce qu’il ne s’agit pas seulement de “financer des projets”. Il s’agit d’installer Afreximbank comme banque multilatérale de la “Global Africa”, capable de connecter capital, commerce, infrastructures et paiements entre l’Afrique et l’espace caribéen.

Déjà du cash sur la table : décaissements, pipeline, et accélération annoncée

La banque ancre cette montée en puissance sur un fait simple : elle n’arrive pas en promesse, elle arrive avec un historique de décaissements et un pipeline. Plusieurs communications récentes autour de l’initiative CARICOM mentionnent plus de 700 millions $ déjà décaissés et un pipeline supérieur à 2 milliards $ (énergie, tourisme, éducation, PME, infrastructures).

Dans le récit porté à Basseterre, l’objectif affiché est clair : augmenter fortement l’utilisation de cette enveloppe sur les trois à quatre prochaines années, avec une ambition de transformation structurelle des économies.

La doctrine Elombi : “transformer la structure de nos économies” (et garder la valeur sur place)

Le cœur du discours est clivant, parce qu’il touche une frustration partagée par beaucoup de pays : exporter des produits bruts, importer des produits transformés, et perdre la valeur au passage. Afreximbank assume une vision de long terme : investir dans la valorisation des produits agricoles et des ressources naturelles pour conserver davantage de valeur dans les économies, créer des emplois, élargir l’assiette fiscale et renforcer l’investissement public.

Pour l’Afrique francophone, c’est un message à double entrée : 1) la valeur ajoutée devient la condition du financement, 2) les chaînes de valeur “Afro-diaspora” deviennent un nouveau terrain de compétition.

Santé, tourisme, agro-logistique, énergie : le portefeuille “à fort impact” annoncé

Les interventions citées pour la CARICOM couvrent des secteurs très concrets : infrastructures de santé (Barbade, Guyana, Grenade), projets touristiques (Barbade, Grenade, Bahamas, Antigua-et-Barbuda), agroalimentaire et logistique (Barbade, Guyana, Antigua-et-Barbuda, Saint-Kitts-et-Nevis), et infrastructures lourdes (électricité, routes, centres de congrès, centres commerciaux) notamment en Jamaïque, aux Bahamas, au Suriname et à Grenade.

Le point important, pour un lecteur bancaire : Afreximbank se positionne sur les tickets structurants, là où l’effet levier est maximal… mais où le risque exige une banque qui sait structurer, garantir, syndiquer et “débloquer” des partenaires.

Le nerf de la guerre : les paiements. La CARICOM veut un système inspiré du PAPSS

C’est probablement la partie la plus sous-estimée… et la plus explosive. Le Comité des gouverneurs des banques centrales de la CARICOM avance vers un Système de paiement et de règlement CARICOM (CAPSS), présenté comme inspiré du PAPSS, pionnier côté africain, avec une promesse : paiements transfrontaliers en monnaies locales, en temps réel, à faible coût.

Pourquoi c’est stratégique ? Parce que les paiements sont l’infrastructure invisible qui fait basculer le commerce. Quand payer devient simple, le commerce suit. Et quand le commerce suit, les banques suivent.

CANEX, contenu local, industries créatives : Afreximbank ne finance pas que du béton

Autre angle viral : Afreximbank insiste sur le contenu local dans les pays riches en ressources, le soutien aux entrepreneurs, et la montée en puissance des industries culturelles et créatives via Creative Africa Nexus (CANEX), dont l’enveloppe a déjà été annoncée en hausse (objectif : 2 milliards $).

La logique est cohérente : le hard (infrastructures) sans le soft (compétences, contenu local, industries créatives, circulation des talents) ne transforme pas durablement une économie.

Ce que ça change pour l’Afrique francophone : opportunité… et compétition

Cette annonce parle directement aux places UEMOA et CEMAC, pour trois raisons.

Premièrement, elle ouvre un espace de deals “Afro-diaspora” où les banques et groupes africains peuvent accompagner leurs clients vers de nouveaux marchés.

Deuxièmement, elle impose une vérité : la bataille ne se gagnera pas sur les discours, mais sur l’exécution (projets bancables, structuration, gouvernance, transparence, supply chain).

Troisièmement, elle met la pression sur nos systèmes de paiements régionaux : si CAPSS s’interface progressivement avec des logiques type PAPSS, les circuits traditionnels (correspondants, devises pivots, délais) vont être challengés.

Afreximbank exporte un modèle, et teste une ambition

En portant le plafond CARICOM à 5 milliards $ , Afreximbank ne fait pas qu’augmenter une enveloppe. Elle teste une thèse : l’intégration Afrique–Caraïbes peut devenir un corridor financier et commercial réel, tiré par la banque, les paiements, les infrastructures et la valeur ajoutée.

Et c’est là que le sujet devient viral : si ça marche, ce n’est plus “l’Afrique qui cherche des financements”. C’est l’Afrique qui finance, structure et connecte… au-delà de son continent.

Patrick Tchounjo

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