Banque panafricaine : BCP prend le contrôle total d’Atlantic Business International pour 285 milliards FCFA en rachetant les 20,17% restants

Le groupe marocain Banque Centrale Populaire finalise une opération qui verrouille sa stratégie africaine. Déjà actionnaire majoritaire d’Atlantic Business International, BCP a annoncé le 24 décembre la finalisation du rachat des 20,17 % du capital encore détenus par ADP II Holding 7 L.P. La transaction, réalisée pour 1,88 milliard de dirhams, soit environ 285,4 milliards FCFA, confère désormais à BCP l’intégralité du capital et des droits de vote d’ABI. En consolidant ce contrôle total, le groupe renforce sa main sur une plateforme panafricaine structurante, capable de peser sur la compétitivité bancaire en Afrique francophone.
ABI : une plateforme ouest africaine devenue centrale dans le dispositif de BCP
ABI occupe une place stratégique dans le paysage financier régional. À fin juin 2025, la holding se situait au cinquième rang du secteur bancaire en Afrique de l’Ouest, UMOA et Guinée confondues, avec un encours de crédits de 38,9 milliards de dirhams et un portefeuille proche de 885 000 clients. Le groupe ABI opère à travers dix banques et quatre compagnies d’assurances, présentes dans neuf pays d’Afrique subsaharienne. Pour BCP, ce socle constitue une force de frappe commerciale et une base de génération de revenus et de capital dans des marchés à fort potentiel, où la bancarisation progresse mais où la concurrence s’intensifie.
Le passage à 100 % n’est pas qu’un détail juridique. Il permet un pilotage sans ambiguïté de la gouvernance, de l’allocation du capital, des investissements digitaux, des politiques de risque et de conformité. Autrement dit, BCP gagne du temps d’exécution, une ressource devenue rare dans un secteur où la vitesse de transformation compte autant que la taille.
Pourquoi ce rachat compte pour le Cameroun au-delà de l’effet d’annonce
Cette opération pèse aussi dans la lecture camerounaise de la stratégie BCP. Le groupe est présent en zone CEMAC à travers des filiales, notamment au Congo avec la Banque Commerciale Internationale et au Cameroun avec la Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le crédit. Dans ce contexte, renforcer le contrôle et la performance d’une plateforme forte en Afrique de l’Ouest peut offrir des marges de manœuvre supplémentaires au niveau groupe, notamment en matière d’investissements, de mutualisation d’expertises et de standardisation des outils.
La BICEC, engagée dans une transformation digitale, évolue dans un marché local de plus en plus dense. En 2024, elle affichait un total bilan de 712,5 milliards FCFA, en recul de 7,6 % sur trois ans, avec des dépôts passés de 642,2 milliards à 536,6 milliards FCFA, soit une baisse de 16,4 % sur la période. Ces chiffres rappellent que l’enjeu camerounais n’est pas seulement la modernisation, mais aussi la reconquête commerciale et la capacité à regagner du volume dans un environnement compétitif.
Un deal à 285 milliards FCFA : le signal d’une consolidation qui s’accélère
Le montant de 285 milliards FCFA place l’opération parmi les mouvements capitalistiques significatifs dans la banque africaine récente. Ce type de transaction traduit une logique claire. Les grands groupes ne cherchent plus uniquement des présences symboliques ou des licences, mais des plateformes capables de générer de la taille, d’absorber les coûts de conformité, de financer la digitalisation et de soutenir des stratégies d’expansion.
Dans les marchés francophones, cette consolidation répond à une réalité structurelle. La compétition se durcit avec la montée des paiements digitaux, le renforcement des normes prudentielles et la pression sur les marges. Pour rester dans la course, la taille critique devient un avantage décisif, à condition d’être convertie en efficacité et en rentabilité durable.
DPI sort, BCP verrouille : un passage de relais classique mais révélateur
Le rachat des parts restantes détenues par un véhicule lié à un investisseur financier s’inscrit dans une séquence habituelle des cycles de capital investissement. L’investisseur réalise sa sortie, l’industriel consolide. Mais le message est révélateur pour le marché. En reprenant l’intégralité du capital, BCP signale qu’ABI n’est plus un actif d’appoint, mais un pilier de long terme dans son dispositif africain.
Cette configuration ouvre généralement une nouvelle phase. Elle facilite l’accélération des chantiers de transformation, la montée en puissance de la bancassurance, la consolidation des dispositifs de contrôle interne et l’optimisation des synergies entre filiales.
Ce que le marché doit surveiller en 2026
Le contrôle total ouvre un champ d’attentes plus large. Le premier test sera l’intégration, c’est à dire la capacité à harmoniser la gouvernance, les standards de risques et les systèmes sans affaiblir l’agilité commerciale des filiales. Le deuxième test portera sur la discipline de crédit, dans un environnement où les risques souverains, la volatilité macroéconomique et la pression sur la liquidité continuent de structurer les bilans bancaires. Le troisième test sera camerounais. La BICEC devra démontrer qu’elle peut transformer ses investissements digitaux en croissance, stabiliser ses dépôts, renforcer ses revenus et mieux capter la demande de financement des entreprises.
Avec cette prise de contrôle totale, BCP clarifie sa stratégie et renforce son ancrage sur une plateforme panafricaine majeure. Reste désormais à convertir ce verrouillage capitalistique en performance opérationnelle, dans un marché où la taille ne suffit plus et où la qualité d’exécution devient le vrai différenciateur.
Patrick Tchounjo



