Inclusion Financière

BVMAC 2025 : un marché qui affiche des cours, mais peine à faire des transactions

À la BVMAC, 2025 a ressemblé à une reprise… sans foule. D’un côté, l’indice actions termine l’année sur une note franchement plus favorable qu’en 2024, signe que certaines valeurs cotées ont retrouvé de la traction. De l’autre, la liquidité, la vraie, celle qui fait un marché, demeure si intermittente qu’elle transforme trop souvent la cote en vitrine. Et pendant que les actions tentent de se relever, le compartiment obligataire reste paradoxalement l’un des plus “gros” en encours… mais l’un des plus désertés en transactions sur le secondaire.

C’est cela, le “marché à deux vitesses” : des prix qui bougent, mais peu d’argent qui circule.

L’illusion la plus dangereuse : confondre “indice en hausse” et “marché vivant”

Le fait marquant de la fin d’année est clair : au 31 décembre 2025, le BVMAC All Share Index affiche 1 074,33 points (avec une variation journalière de +1,61%).
Un an plus tôt, au 31 décembre 2024, il se situait à 950,87 points.

Sur le papier, le signal est positif : la cote actions ne s’effondre plus, elle remonte. Mais la lecture devient immédiatement clivante dès qu’on ouvre le capot : le même bulletin de clôture du 31 décembre 2025 montre une séance quasi symbolique en volume, avec seulement 72 actions échangées pour 12,3 millions FCFA, et zéro transaction sur les obligations.

Autrement dit, l’indice peut raconter une histoire de reprise… même quand le marché ne “trade” presque pas. C’est la fragilité centrale de 2025 : une performance boursière possible, mais sur une base de liquidité trop étroite pour devenir un signal macro-financier robuste.

2025 a commencé par une alerte rouge (et elle n’a jamais vraiment disparu)

La photographie du début d’année a été brutale. Au 1er trimestre 2025, la valeur des échanges à la BVMAC s’est effondrée à 251 millions FCFA, soit -98% selon EcoMatin, sur la base du bulletin trimestriel de la cote.
Dans le même temps, EcoMatin rapporte que l’indice BVMAC ASI a touché un point bas avec une dynamique défavorable au premier trimestre, tirée notamment par plusieurs valeurs majeures.

La suite de l’année a certes montré des séances de sursaut et des épisodes de regain d’intérêt. Mais la structure est restée la même : un marché qui vit par à-coups, dépendant d’ordres accumulés, d’un nombre limité de titres actifs, et d’une base d’investisseurs qui ne s’élargit pas assez vite.

Actions : une reprise… concentrée, intermittente, donc vulnérable

Ce qui “marche” en 2025, ce n’est pas la profondeur du marché actions ; c’est sa capacité à produire des signaux malgré sa minceur. Une hausse d’indice est possible parce que quelques valeurs comptent lourd et qu’un mouvement de prix, même sur des volumes faibles, peut suffire à modifier l’agrégat.

Le problème, c’est que cette reprise est structurellement vulnérable :

elle repose sur une concentration élevée (quelques titres dominent la cote et l’activité) ; elle se heurte à une liquidité “épisodique”, parfois liée à des fenêtres de transactions plutôt qu’à un flux continu ; elle peine à attirer de nouveaux émetteurs, ce qui limite mécaniquement l’intérêt et la diversification.

La conséquence est directe : 2025 a pu donner l’impression d’un marché actions qui se “réveille”, tout en restant incapable d’assurer la promesse fondamentale d’une bourse : acheter/vendre facilement sans distordre le prix.

Obligations : l’encours est là… mais la rotation est absente

C’est là que 2025 devient franchement clivant. Car si l’on écoute le narratif habituel, la BVMAC “tient” surtout grâce aux obligations, notamment souveraines et quasi-souveraines. Mais sur le terrain du marché secondaire, 2025 a mis en lumière un paradoxe : beaucoup de lignes, peu (voire pas) de transactions.

Des publications de marché ont souligné à plusieurs reprises cette désertification : séances à zéro transaction, carnets d’ordres peu animés, et une “absence de rotation” qui interroge l’utilité allocative du compartiment obligataire.
Le signal est même visible sur la séance de clôture annuelle : aucune transaction obligataire le 31 décembre 2025.

Et c’est ici que le débat devient dérangeant : un marché obligataire sans transactions secondaires régulières n’est pas un marché, c’est un registre de détention. On peut lever, coter, afficher des cours de référence… mais si la liquidité ne suit pas, la place ne remplit pas pleinement son rôle de formation des prix et de gestion du risque.

Certes, la BVMAC a connu des séances où l’obligataire a fait l’essentiel du volume. Exemple : le 22 septembre 2025, près de 1,5 milliard FCFA auraient été échangés, avec une dynamique portée par les obligations selon EcoFinances.
Mais 2025 a surtout montré que ces journées restent exceptionnelles, pas la norme.

Ce que 2025 révèle : la BVMAC progresse… mais n’a pas encore “changé de nature”

Le bilan 2025 est donc double, et c’est précisément ce qui justifie l’expression “marché à deux vitesses” :

Oui, l’année se termine avec une trajectoire d’indice actions nettement meilleure qu’en 2024, ce qui signale un début de réhabilitation de la cote.

Non, cela ne suffit pas à qualifier un marché de “profond”, quand une séance de fin d’année ne traite que quelques dizaines d’actions et aucune obligation.

Oui, la dette cotée reste un pilier de la place.

Non, l’absence de rotation obligataire régulière maintient un doute sur la capacité de la BVMAC à devenir une vraie infrastructure de liquidité régionale.

2026 : ce que le marché attend (et ce que la BVMAC ne peut plus éviter)

Si 2025 a été l’année des signaux contradictoires, 2026 sera l’année du test : transformer une bourse “qui cote” en bourse “qui s’échange”.

Les attentes les plus structurantes sont connues dans l’écosystème :

Créer de la liquidité organisée (animation, mécanismes incitatifs, réduction des frictions de transaction, mise en marché).

Élargir la base d’investisseurs (notamment institutionnels) et stimuler la participation domestique.

Accélérer l’offre : davantage d’émetteurs, des introductions plus crédibles, et des instruments mieux adaptés aux besoins de financement des entreprises et des États.

Rendre le compartiment obligataire négociable, pas seulement “coté”.

Patrick Tchounjo

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