Cameroun : 98,4 milliards de FCFA avec Ekobell pour relancer la bataille du riz

Le Cameroun franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de réduction de la dépendance aux importations de riz. Le pays a signé un accord de 175 millions d’euros, soit environ 98,4 milliards de FCFA, avec la société israélienne d’agro-industrie Ekobell, pour développer de grandes unités de production et de transformation de riz dans les régions septentrionales. À travers cette opération, l’État camerounais mise à la fois sur l’extension des surfaces cultivées, le renforcement de la transformation locale et la structuration durable de la filière rizicole.
L’objectif est clair : faire du riz un levier plus fort de souveraineté alimentaire, tout en créant davantage de valeur dans les territoires de production.
Trois agropoles pour changer d’échelle dans le Nord
Les agro-pôles prévus dans le cadre de cet accord seront implantés à Sirdjam et Pola, dans la région du Nord, ainsi qu’à Mbé, dans la région de l’Adamaoua.
Ces sites doivent renforcer la capacité nationale de transformation tout en soutenant l’expansion des zones de culture du riz dans le nord du Cameroun. Le projet s’inscrit ainsi dans une logique d’aménagement productif, avec l’idée de rapprocher davantage la production, la transformation et l’organisation de la chaîne de valeur.
Dans un pays où la demande en riz reste importante, cette montée en puissance des infrastructures agricoles et industrielles apparaît comme un enjeu stratégique.
Ekobell, une société israélienne positionnée sur des projets structurants
Le nom d’Ekobell s’invite désormais dans le paysage agricole camerounais. Encore peu connu du grand public, ce groupe, présenté ici comme une société israélienne d’agro-industrie, vient de signer avec l’État du Cameroun un accord stratégique consacré au développement de la riziculture dans le Nord du pays.
Ekobell est également présentée comme une entreprise internationale de développement de projets, spécialisée dans la mise en œuvre de solutions durables dans les secteurs de l’agriculture, de l’eau, de l’énergie et de la construction, particulièrement en Afrique.
Ce positionnement donne une lecture importante du projet. L’entreprise n’intervient pas simplement comme apporteur de capitaux ou comme opérateur technique ponctuel. Elle se présente comme un acteur capable d’accompagner des projets structurants, avec une logique de durabilité, de transfert de savoir-faire et d’ancrage opérationnel dans les économies africaines.
Un investissement de 98,4 milliards de FCFA pour développer la riziculture
En mars 2026, Ekobell a signé un accord stratégique avec le gouvernement camerounais pour un investissement de 98,4 milliards de FCFA, soit environ 175 millions USD, dédié au développement de la riziculture.
L’objectif annoncé est de développer 10 000 hectares dans les agropoles du Nord du pays afin de produire environ 46 700 tonnes de riz paddy sur une période de trois ans.
Ce volume attendu traduit une montée en puissance significative de la production. Dans le contexte actuel, où le Cameroun cherche à renforcer sa capacité agricole nationale et à réduire sa dépendance extérieure, cette initiative place clairement la filière riz parmi les dossiers les plus stratégiques du moment.
Une production attendue en hausse de 18 %
L’impact recherché dépasse la seule extension des surfaces cultivées. Le projet vise à augmenter la production nationale de riz blanchi de qualité supérieure de 18 %.
Ce chiffre est particulièrement important, car il donne la mesure de l’effet attendu sur l’offre locale. Il ne s’agit pas seulement de produire plus, mais de produire davantage de riz transformé, mieux valorisé et susceptible de renforcer l’approvisionnement du marché national.
Dans cette perspective, l’accord avec Ekobell s’inscrit comme une réponse concrète à la volonté du Cameroun de mieux maîtriser sa chaîne de production rizicole et de limiter la pression des importations sur sa balance commerciale.
Près de 8 000 producteurs locaux appelés à être mobilisés
Le projet entend également mobiliser près de 8 000 producteurs locaux.
Cet élément est central. Il montre que l’initiative ne repose pas uniquement sur une logique industrielle ou sur l’installation d’infrastructures. Elle cherche aussi à structurer une dynamique de terrain, en associant directement les producteurs aux nouvelles capacités de production.
La mobilisation de milliers d’acteurs locaux peut contribuer à ancrer le projet dans les territoires, à diffuser plus largement les retombées économiques et à faire émerger une filière mieux organisée autour de la production, de la collecte et de la transformation.
Le transfert de technologie au cœur de l’accord
L’un des points clés de l’accord réside dans l’accompagnement promis par l’entreprise. Ekobell s’est engagée à assurer un transfert de technologie et à former le personnel local pour la gestion future des infrastructures.
Cet aspect donne une profondeur supplémentaire au projet. Il l’inscrit dans une logique de transmission, et non dans une simple relation d’exécution. L’ambition n’est donc pas seulement de produire davantage à court terme, mais aussi de laisser derrière cet investissement des compétences, des outils et une capacité locale de gestion durable.
Dans un secteur agricole où la performance repose aussi sur la maîtrise technique, cette dimension peut peser durablement sur la qualité des résultats.
Une opération qui touche à la souveraineté alimentaire
Avec cet accord, le Cameroun ne cherche pas uniquement à augmenter sa récolte de riz. Le pays mise aussi sur une meilleure structuration de la filière, sur la montée en compétence des acteurs, sur le renforcement de la transformation locale et sur l’installation de capacités durables autour d’une chaîne de valeur agricole plus solide.
Autrement dit, l’opération dépasse l’agriculture au sens strict. Elle touche à la souveraineté alimentaire, à la création de valeur locale, à l’emploi et à la capacité du pays à mieux répondre à sa propre demande.
Pour Ekobell, cette entrée au Cameroun donne une visibilité concrète à son positionnement en Afrique. Pour l’État camerounais, elle ouvre une nouvelle séquence dans la bataille pour la production locale, la transformation agricole et l’autonomisation progressive de la filière riz.
Une nouvelle étape pour la politique rizicole du Cameroun
À travers cet accord de 98,4 milliards de FCFA, le Cameroun envoie un signal clair : la relance de la filière riz ne relève plus seulement du discours, mais d’une volonté de mise à l’échelle. Entre développement de nouveaux agropoles, hausse attendue de la production, mobilisation des producteurs et transfert de technologie, le projet porté avec la société israélienne Ekobell apparaît comme l’une des initiatives les plus structurantes du moment dans le secteur agricole.
Si les objectifs annoncés sont atteints, cette opération pourrait devenir un jalon important dans la stratégie nationale de réduction des importations et de consolidation de l’offre locale. Et dans un contexte où la sécurité alimentaire s’impose de plus en plus comme un enjeu économique et stratégique, le riz devient plus que jamais un dossier de premier plan.
Patrick Tchounjo