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Coris Invest change de nom et devient Excellis Invest Group

Le changement de nom peut paraître cosmétique. Il ne l’est jamais tout à fait lorsqu’il touche une holding qui pilote des actifs stratégiques. En ce début janvier 2026, Coris Invest Group change de dénomination pour devenir Excellis Invest Group (EIG) SA, une évolution présentée comme un acte de maturité et de repositionnement, sans rupture annoncée dans l’orientation du groupe. L’information, déjà reprise dans la presse régionale, consacre surtout une réalité : le “non-bancaire” du Groupe Coris veut désormais exister comme un bloc autonome, lisible et conquérant.

Dans l’architecture Coris, le sujet est sensible. D’un côté, Coris Holding porte l’ADN bancaire. De l’autre, Coris Invest Group a précisément été structuré pour piloter les entités non bancaires du groupe — une séparation qui répond autant à une logique de gouvernance qu’à une logique de risque. Sur ce point, la chronologie racontée par la presse burkinabè est claire : Coris Holding (2013) pour les activités bancaires et de méso finance, et Coris Invest Group (2020) pour la branche non bancaire.

Le passage à Excellis Invest Group est donc un message de marché : la holding veut être perçue non plus comme une “extension” du bloc bancaire, mais comme une plateforme d’investissement multisectorielle capable de porter sa propre marque, sa propre trajectoire et ses propres standards de supervision. La direction reste assumée par Yacouba Saré, et l’ancrage entrepreneurial renvoie toujours au fondateur du groupe, Idrissa Nassa — continuité affichée, mais narration réécrite.

C’est là que l’angle devient clivant : dans un environnement ouest-africain où la confiance se gagne aussi par la clarté, un changement d’identité peut être lu de deux façons opposées. Version 1 : Excellis est une mise à niveau, une marque plus cohérente avec une ambition régionale et une montée en gamme de la gouvernance. Version 2 : le rebranding sert à “habiller” une diversification déjà très large, sans forcément répondre aux questions clés que se posent les parties prenantes : quelle discipline de capital ? quelle cohérence stratégique entre métiers ? quelle capacité à piloter des risques hétérogènes ?

Car Excellis Invest Group revendique (ou agrège) une empreinte multisectorielle lourde : assurances, finance, énergie, distribution, BTP, hôtellerie, industrie, IT, logistique, etc. — une liste qui illustre autant la résilience d’un conglomérat que le défi de sa supervision. Dans ce type de modèle, la création de valeur dépend moins du nombre de secteurs que de la capacité à imposer une règle simple : des filiales bien gouvernées, des synergies réelles, et une allocation du capital qui ne se disperse pas.

Le groupe affirme d’ailleurs que le changement de nom ne rompt pas avec les acquis : il s’agit plutôt d’élever les standards d’intervention, de renforcer la supervision des filiales et d’inscrire la création de valeur dans la durée. Dit autrement : Excellis promet la discipline là où la diversification peut faire naître le doute. C’est précisément ce que le marché attend d’une holding non bancaire qui aspire à jouer dans la cour des plateformes régionales.

Au final, la bascule vers Excellis Invest Group met Coris face à une équation exigeante : prouver que l’identité nouvelle n’est pas seulement une opération d’image, mais une étape dans la transformation d’un portefeuille multisectoriel en un ensemble plus lisible, mieux piloté, et plus bancable au sens large. Dans l’espace UEMOA, le nom compte. Mais ce sont la gouvernance, la supervision et la performance des filiales qui trancheront.

Patrick Tchounjo

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