Côte d’Ivoire : la SIB et l’ENSEA s’allient pour développer les talents au service de la banque de demain

À Abidjan, la banque se raconte de plus en plus au futur. Non pas dans les slogans, mais dans les choix structurants : ceux qui déterminent, à bas bruit, la capacité d’un établissement à rester pertinent dans une industrie désormais gouvernée par la vitesse, la donnée et l’exigence de maîtrise du risque. C’est dans cette logique que la Société Ivoirienne de Banque (SIB) et l’École Nationale Supérieure de Statistique et d’Économie Appliquée (ENSEA) ont officialisé, le jeudi 18 décembre 2025, un partenariat stratégique présenté comme un « pont durable » entre l’excellence académique et les besoins en compétences du secteur bancaire, selon un communiqué relayé le lundi 19 janvier 2026.
Le décor est institutionnel, mais le message est clair : la banque de demain se prépare d’abord dans les talents. Et dans un marché où la compétition ne se joue plus seulement sur le réseau d’agences, mais sur la capacité à comprendre les comportements, anticiper les risques, industrialiser les décisions et créer des services pertinents, la compétence devient un actif stratégique.
Une signature au sommet, une intention très concrète
L’accord a été signé au siège de la SIB, en présence du directeur général de la banque, Mohamed El Ghazi, du Comité de direction, et d’une délégation de l’ENSEA conduite par son directeur général, Dr. Kouadio Kouassi Hugues. Au-delà de la photo, la rencontre symbolise une convergence de priorités : d’un côté, une banque qui doit accélérer sa transformation et sécuriser ses métiers ; de l’autre, une école dont la réputation s’est construite sur la rigueur quantitative et la formation de cadres capables d’éclairer l’action publique comme la décision privée.
Dans le secteur financier, ce type de partenariat a une vertu rare : il donne une forme à ce que beaucoup évoquent sans toujours l’organiser. Une passerelle, non pas ponctuelle, mais structurée, entre l’univers du savoir et l’univers du résultat.
Le “pont durable” : stages, formations et chantiers stratégiques
Le communiqué décrit une convention qui s’attaque à trois angles jugés décisifs par les banques aujourd’hui : l’employabilité, la montée en compétences interne et la production d’intelligence appliquée sur des sujets stratégiques.
D’abord, l’accord entend favoriser l’insertion professionnelle des étudiants de l’ENSEA grâce à des stages et des immersions dans l’écosystème bancaire. Dans une industrie où l’apprentissage du terrain fait souvent la différence, cette immersion a vocation à transformer des profils académiques en profils immédiatement opérationnels, capables de naviguer entre la logique commerciale, les contraintes prudentielles et les exigences de conformité.
Ensuite, la convention prévoit de renforcer l’expertise des collaborateurs de la SIB en statistique, analyse de données et économétrie, à travers des programmes de formation continue sur mesure. Ce point est loin d’être anecdotique. La banque change de nature : elle devient une machine d’arbitrage rapide, nourrie par des flux de données, confrontée à des risques plus diffus, et sommée d’optimiser chaque décision, du crédit à la lutte contre la fraude, du pilotage de la liquidité à la performance commerciale.
Enfin, les deux institutions annoncent leur volonté de développer des synergies sur des sujets comme l’innovation financière, la gestion des risques ou les études économiques. Là encore, l’ambition dépasse le simple cadre RH : il s’agit de créer des espaces de travail capables de transformer des méthodes en cas d’usage, des modèles en outils, des analyses en décisions.
Pourquoi la banque de demain se joue dans la donnée
Le partenariat SIB–ENSEA arrive à un moment où une évidence s’impose dans toute l’Afrique francophone : la donnée n’est plus un avantage, c’est une condition de survie. La croissance des paiements digitaux, l’évolution des comportements clients, la volatilité macroéconomique, la sophistication des fraudes, la pression sur la qualité du portefeuille… tout pousse les banques à renforcer leur capacité d’analyse.
Dans ce contexte, la statistique et l’économétrie cessent d’être des spécialités périphériques. Elles deviennent des leviers de compétitivité. Savoir segmenter, prévoir, détecter, scorer, expliquer : ce sont des verbes qui structurent la banque moderne. Et ce sont précisément les compétences que l’ENSEA revendique dans son ADN.
La SIB, en faisant le choix d’un partenariat avec une institution de référence, envoie donc un signal : l’excellence technique ne doit pas rester cantonnée à un département. Elle doit irriguer l’ensemble de la chaîne de valeur bancaire.
SIB : anticiper les métiers, organiser le vivier
Le document l’exprime sans détour : pour la SIB, la collaboration est un levier pour anticiper les métiers de demain et constituer un vivier de talents d’exception. Cette phrase, dans la bouche d’une banque, dit beaucoup. Elle suggère que l’enjeu n’est plus uniquement de recruter, mais de sécuriser un pipeline de compétences rares, dans un marché où les meilleurs profils data sont courtisés par tous : fintechs, télécoms, cabinets, institutions, et parfois par l’international.
La SIB rappelle également, à travers cette alliance, son ambition de banque responsable et visionnaire, plaçant le développement des compétences et les partenariats structurants au cœur de sa contribution à la croissance durable de la Côte d’Ivoire. Dans un secteur où la transformation est souvent abordée par la technologie, le message est intéressant : la transformation passe aussi par l’investissement humain.
ENSEA : l’employabilité comme prolongement naturel de l’excellence
Pour l’ENSEA, l’accord est présenté comme une opportunité de renforcer l’employabilité de ses diplômés en ancrant l’excellence académique dans les réalités opérationnelles du monde économique. Là aussi, la nuance est importante. L’école ne renie pas sa rigueur ; elle la projette vers le concret. Elle accepte, en quelque sorte, la discipline du terrain : les délais, les contraintes réglementaires, la nécessité de produire de la valeur mesurable.
Fondée en 1961 à Abidjan, l’ENSEA s’est imposée comme une institution publique panafricaine de référence, dédiée à la formation de cadres statisticiens et économistes appliqués de haut niveau. Son réseau de diplômés, présent dans de nombreux pays et secteurs, constitue un capital relationnel et professionnel qui renforce la crédibilité de ce type de passerelle avec une grande banque.
Le calendrier : une exécution attendue dès le premier trimestre 2026
L’annonce n’a de valeur que si elle s’incarne dans un rythme. Selon le communiqué, la mise en œuvre opérationnelle du partenariat doit débuter au premier trimestre 2026 avec la création de groupes de travail conjoints. C’est souvent là que se joue la différence entre une convention symbolique et une alliance productive : des responsables identifiés, des chantiers priorisés, des livrables attendus, et une capacité à faire circuler l’intelligence entre les deux mondes.
Si cette mécanique se met en place comme annoncé, elle pourrait produire, dès les premiers mois, des effets visibles : une nouvelle génération de stagiaires mieux intégrés, des équipes bancaires renforcées dans l’analyse et la modélisation, et des sujets stratégiques traités avec une profondeur méthodologique rare.
Une alliance qui raconte une Côte d’Ivoire en montée de gamme bancaire
Au fond, l’alliance SIB–ENSEA raconte une Côte d’Ivoire qui cherche à monter en gamme dans sa banque : une banque plus analytique, plus prudente, plus innovante, mieux préparée aux ruptures. Dans un environnement où les clients deviennent plus exigeants et où les risques sont plus rapides, l’avantage compétitif appartient à ceux qui construisent des organisations apprenantes, capables de transformer la connaissance en action.
Patrick Tchounjo



