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El Alamein accueillera du 21 au 24 juin 2026 la 33ᵉ Assemblée annuelle d’Afreximbank

Il y a des rendez-vous qui dépassent le protocole. Des rencontres qui ne servent pas seulement à aligner des discours, mais à fixer un cap. La 33e Assemblée annuelle d’Afreximbank, annoncée à El Alamein en Égypte du 21 au 24 juin 2026, s’inscrit dans cette catégorie. À l’heure où l’Afrique cherche à mieux maîtriser ses chaînes de valeur, à financer ses propres échanges et à donner un contenu concret à sa souveraineté économique, ce rendez-vous s’annonce comme bien plus qu’une conférence de haut niveau.

Le thème annoncé, « Le commerce intra-africain et industrialisation : la voie vers la souveraineté économique », résume à lui seul l’ambition du moment. Car le sujet n’est plus seulement de commercer davantage. Le sujet est de commercer autrement, de transformer plus localement, de financer plus intelligemment, et de faire de l’intégration africaine non plus un idéal politique abstrait, mais une mécanique productive réelle.

Après Abuja, El Alamein veut prendre le relais d’un rendez-vous devenu central

Les Assemblées annuelles d’Afreximbank ne sont plus de simples réunions institutionnelles. Elles sont devenues l’un des grands espaces de pouvoir économique du continent. L’édition 2025 à Abuja a confirmé cette montée en puissance : Afreximbank a indiqué que ses 32es Assemblées annuelles ont réuni près de 6 000 délégués, dont 22 chefs d’État africains et caribéens en exercice ou anciens, ou leurs représentants, faisant de l’événement le plus fréquenté de l’histoire de la banque à cette date.

Cette densité n’a rien d’anecdotique. Elle montre qu’Afreximbank a réussi à transformer ses assemblées en plateforme d’influence où se croisent États, décideurs publics, banquiers, investisseurs, industriels, universitaires et grands groupes. L’édition d’Abuja était déjà présentée par la banque comme un lieu destiné à unir les leaders africains et mondiaux pour façonner l’avenir du commerce et de l’investissement.

Dans ce contexte, voir l’édition 2026 se projeter à El Alamein en Égypte n’a rien de neutre. Cela inscrit le prochain rendez-vous dans une géographie du pouvoir africain où l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Est, l’Afrique de l’Ouest et la diaspora économique sont de plus en plus pensées dans une même architecture de commerce et de transformation.

Le commerce intra-africain n’est plus un slogan, c’est le cœur du sujet

Afreximbank a fait du commerce intra-africain l’un de ses axes structurants depuis des années. Sur ses pages institutionnelles, la banque se présente comme un acteur dédié au financement et à la promotion du commerce intra et extra-africain, avec un accent fort sur la circulation des biens et services entre l’Afrique et sa diaspora.

Ce positionnement est d’autant plus important que l’Afrique reste confrontée à des blocages bien connus : déficit d’infrastructures, coûts logistiques élevés, faibles capacités de trade finance, fragmentation réglementaire et dépendance aux chaînes de valeur extérieures. Dans son African Trade Report 2025, Afreximbank rappelle d’ailleurs l’existence d’un déficit de financement du commerce d’environ 100 milliards de dollars par an sur le continent.

Autrement dit, le prochain rendez-vous d’El Alamein ne tombera pas dans un vide conceptuel. Il arrive dans un moment où le commerce africain a besoin de financements, d’infrastructures, de systèmes de paiement efficaces et de partenaires capables de réduire les risques qui bloquent encore l’expansion des échanges.

Industrialiser pour commercer mieux, commercer mieux pour être plus souverain

Le deuxième pilier du thème annoncé, c’est l’industrialisation. Et là encore, le choix n’est pas décoratif. Afreximbank insiste régulièrement sur son rôle dans la transformation structurelle de la production africaine, avec l’objectif explicite de faire évoluer les exportations du continent des matières premières vers des produits à plus forte valeur ajoutée.

Cette logique est aujourd’hui décisive. Une Afrique qui exporte surtout du brut, qu’il s’agisse de minerais, de pétrole, de produits agricoles ou de ressources non transformées, reste vulnérable aux chocs extérieurs et à la volatilité des prix mondiaux. Une Afrique qui transforme davantage sur place, en revanche, crée plus d’emplois, garde plus de valeur et construit des bases industrielles plus résilientes.

Le thème d’El Alamein touche donc un point névralgique : la souveraineté économique ne se décrète pas. Elle se construit par les capacités productives, par la profondeur du marché intérieur africain et par la réduction progressive des dépendances structurelles.

Financement du commerce, paiements transfrontaliers, ZLECAf : les vrais dossiers sont sur la table

Les grandes lignes annoncées pour AAM2026 donnent un aperçu de ce qui comptera vraiment dans les échanges : financement du commerce, numérisation des économies, soutien opérationnel à la ZLECAf, paiements transfrontaliers, coopération Sud-Sud et approfondissement des liens avec les Caraïbes.

Ce menu n’a rien d’improvisé. Il est cohérent avec les priorités visibles d’Afreximbank depuis plusieurs années. La banque soutient de façon croissante les infrastructures de commerce, la numérisation des échanges, les facilités de financement et les mécanismes de paiement destinés à fluidifier le commerce africain.

Le sujet des systèmes de paiement transfrontaliers est particulièrement stratégique. Car une intégration commerciale qui reste lente, coûteuse et dépendante de devises extérieures ne peut pas produire tous ses effets. L’Afrique a besoin de commercer plus vite, à moindre coût, et avec des instruments plus adaptés à ses réalités. El Alamein pourrait donc servir de caisse de résonance à cette bataille silencieuse mais décisive : celle de la fluidité financière du marché africain.

Le secteur privé ne sera plus invité au débat, il sera attendu sur l’exécution

Un autre point mérite attention : le rôle croissant du secteur privé. Pendant longtemps, les grands forums africains ont surtout donné la parole aux États, aux institutions multilatérales et aux bailleurs. Ce modèle change. À Abuja déjà, les assemblées ont réuni un large éventail de chefs d’entreprise, d’investisseurs, de décideurs et d’acteurs privés du continent et de la Caraïbe.

Cette évolution est logique. L’intégration économique africaine ne se fera pas uniquement par les traités ou les institutions. Elle se fera par des entreprises capables de produire, d’exporter, de s’implanter sur plusieurs marchés et de financer leur propre montée en gamme. Si El Alamein veut être un moment utile, il devra donc aller au-delà des panels d’idées pour créer des passerelles concrètes entre politiques publiques et exécution privée.

L’Égypte, un choix qui a aussi une portée symbolique

Le choix de l’Égypte donne aussi une tonalité particulière à l’événement. Afreximbank est basée au Caire, où se trouve son siège, ce qui renforce naturellement la place de l’Égypte dans son architecture institutionnelle.

Mais au-delà de ce lien institutionnel, l’Égypte représente aussi un modèle africain d’industrialisation relative, de base productive diversifiée et de projection commerciale. Organiser la 33e édition à El Alamein, dans un pays qui reste un pivot entre Afrique, Méditerranée et Moyen-Orient, peut être lu comme une manière d’ancrer le débat sur la souveraineté économique dans un espace à forte portée géoéconomique.

Des accords attendus, pas seulement des discours

Les assemblées annuelles d’Afreximbank sont aussi devenues des lieux de signature. L’édition 2025 a été marquée par plusieurs annonces, accords et résolutions importantes, tandis que des communications de la banque ont mis en avant des deals de préparation de projets susceptibles de débloquer environ 1 milliard de dollars d’investissements.

C’est ce qui rend El Alamein particulièrement attendu. Au-delà des grandes orientations, la rencontre pourrait servir de point de départ à de nouveaux partenariats public-privé, à des protocoles d’accord, à des engagements de financement ou à des coalitions sectorielles autour de l’industrie, du commerce, de la logistique ou de la transition numérique.

Dans une Afrique qui parle beaucoup d’intégration, mais qui a encore besoin de matérialiser ses ambitions, ce sont précisément ces engagements concrets qui feront la différence.

El Alamein 2026, ou la tentation d’un moment de bascule

Au fond, la 33e Assemblée annuelle d’Afreximbank pourrait devenir bien plus qu’un rendez-vous de calendrier. Elle peut incarner un moment de bascule, à condition que les débats soient à la hauteur des urgences du continent.

L’Afrique n’a plus seulement besoin de croissance. Elle a besoin de croissance productive, de commerce plus africain, de financement plus accessible, de chaînes de valeur plus intégrées et d’une capacité réelle à produire ce qu’elle consomme davantage. C’est à cette condition que la souveraineté économique cessera d’être une formule séduisante pour devenir une trajectoire crédible.

À El Alamein, ce ne sont donc pas seulement des dirigeants qui se retrouveront. Ce sont des visions de l’Afrique qui se confronteront. Et peut-être, aussi, une nouvelle définition de la puissance économique africaine qui cherchera à s’imposer.

Patrick Tchounjo

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