Électrification en Afrique : la BEI met plus de 1 milliard € sur la table pour “Mission 300”, le plan qui veut changer l’échelle d’ici 2030

L’électricité est devenue la frontière la plus déterminante entre croissance et stagnation. Et en Afrique subsaharienne, cette frontière reste massive : près de 600 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité. Dans ce contexte, l’annonce de la Banque européenne d’investissement (BEI) ne ressemble pas à une simple ligne budgétaire. Elle ressemble à un signal de puissance : plus d’1 milliard d’euros promis pour des projets d’énergies renouvelables en Afrique subsaharienne, dans le cadre de l’initiative Mission 300, qui vise à étendre l’accès à l’électricité à 300 millions de personnes d’ici 2030.
Mission 300 : l’alliance Banque mondiale–BAD pour diviser par deux l’exclusion électrique
Menée conjointement par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD), Mission 300 rassemble bailleurs multilatéraux, gouvernements et secteur privé avec une cible simple à énoncer, difficile à exécuter : réduire drastiquement le déficit d’accès à l’électricité sur le continent, en combinant investissements et réformes sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
L’initiative a été officiellement portée à l’agenda continental lors du Sommet africain de l’énergie à Dar es-Salaam en janvier 2025, moment charnière où l’objectif “300 millions” est devenu une plateforme commune de mobilisation.
Le signal BEI : 1 milliard € via BEI Monde, annoncé à Luxembourg
Le mercredi 4 mars 2026, la BEI a annoncé son engagement à fournir plus d’1 milliard d’euros (plus de 1,16 milliard $) de financements pour des projets d’énergie renouvelable en Afrique subsaharienne, dans le cadre de Mission 300. L’annonce a été faite par la présidente du groupe, Nadia Calviño, lors du Forum annuel de l’institution à Luxembourg. Les financements seront déployés via BEI Monde, la branche dédiée au financement du développement et aux partenariats internationaux.
La BEI indique que ces financements soutiendront des projets d’hydroélectricité et de solaire à grande et petite échelle, des parcs éoliens, ainsi que des réseaux de transport d’électricité.

Global Gateway : quand l’énergie devient un axe de la diplomatie financière UE–Afrique
Cet engagement s’inscrit dans les priorités de Global Gateway, l’initiative européenne qui vise à mobiliser 150 milliards d’euros d’investissements en Afrique sur la période 2021–2027, avec une emphase sur transition verte, digital, emplois et infrastructures.
Dans la narration de Nadia Calviño, l’enjeu est autant économique que géopolitique : « près de 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne n’ont pas encore accès à l’électricité… nous construisons des ponts », une manière d’assumer que l’électrification est aussi une condition de stabilité, de productivité et d’attractivité.
Mini-réseaux, solaire autonome, raccordement : l’obsession de l’exécution d’ici 2030
Mission 300 met un accent particulier sur l’expansion de solutions renouvelables décentralisées, notamment les mini-réseaux et les unités solaires autonomes, ainsi que sur le raccordement au réseau.
Côté BAD, le président Sidi Ould Tah salue un engagement qui arrive “au bon moment” et qui renforce la plateforme Mission 300 : l’idée est de convertir l’ambition en connexions réelles, sur le terrain.
Au fond, l’annonce BEI est une pièce de plus dans une équation qui ne pardonne pas : sans capital long, pas de lignes, pas de raccordements, pas d’usines compétitives, pas de services publics fiables. Et sans électricité, l’Afrique digitale reste une promesse bridée. Mission 300 vise précisément à casser ce plafond et le milliard d’euros de la BEI est un signal que la finance internationale veut désormais mesurer sa crédibilité en mégawatts livrés et en foyers raccordés.
Patrick Tchounjo



