Marchés & Financements

Financement islamique : l’ICD injecte 25 M€ chez Coris Bank Bénin pour doper les PME

Il y a des annonces qui ressemblent à un produit bancaire. Et d’autres qui ressemblent à un signal de marché. La ligne de financement charia-compatible de 25 millions d’euros (environ 16,4 milliards FCFA) signée entre la Société islamique pour le développement du secteur privé (ICD), bras privé du Groupe Banque islamique de développement (IsDB), et Coris Bank International Bénin (CBI Bénin) appartient clairement à la deuxième catégorie.

L’accord, d’une durée de quatre ans, vise à élargir l’accès au crédit pour le secteur privé béninois, avec une priorité assumée : les PME. Sur le papier, ce n’est “que” 25 millions d’euros. Dans la réalité, c’est une pièce de plus dans une stratégie plus vaste : capter une épargne encore sous-exploitée, structurer des financements conformes à la charia, et installer la finance islamique comme option crédible de financement des entreprises en Afrique francophone.

Une ligne de financement qui vise l’économie réelle, pas la communication

Selon l’ICD, la facilité permettra à CBI Bénin de financer des entreprises privées, principalement PME mais aussi quelques “corporates”. L’accord est présenté comme ayant un impact direct sur l’emploi : environ 600 nouveaux emplois attendus, au bénéfice d’un portefeuille de sept PME et une grande entreprise, avec 13 emplois existants préservés.

C’est précisément ce type d’argument emploi, portefeuille ciblé, durée pluriannuelle, qui rend l’instrument plus stratégique que symbolique : il s’agit d’une ligne conçue pour “tourner”, pas pour dormir.

Pourquoi c’est clivant : la finance islamique ne “remplace” pas la banque, elle la force à se réinventer

L’ICD n’est pas dans une logique de subvention. Elle pousse une logique de financement adossé à l’actif et structuré selon des contrats conformes à la charia. Pour les PME, la promesse est simple : accéder à des capitaux dans des modalités parfois mieux adaptées à certains profils d’activité. Pour les banques, le message est plus dérangeant : l’innovation ne passe plus seulement par l’application mobile, mais par l’architecture même du crédit.

Et au passage, cela rebat une autre carte : celle de la confiance. Dans plusieurs marchés, une partie des entrepreneurs et des épargnants se reconnaissent davantage dans des produits qui répondent à des préférences éthiques ou religieuses. Le “halal finance” devient alors un canal d’inclusion… mais aussi un terrain de concurrence.

Un partenariat qui s’inscrit dans une stratégie régionale Coris–ICD

L’accord au Bénin n’est pas un coup isolé. L’ICD explique qu’il s’inscrit dans la continuité d’une collaboration avec Coris Holding, avec la mise en place de guichets de finance islamique et des lignes similaires dans plusieurs pays voisins d’Afrique de l’Ouest, notamment Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Sénégal et Togo.

Autrement dit, la ligne béninoise est un maillon d’une stratégie de déploiement : construire, pays après pays, une capacité bancaire à originer et gérer des financements charia-compatibles, avec un partenaire multilatéral capable de fournir ressources et crédibilité.

ODD : un alignement “ESG” version finance islamique

L’initiative est également rattachée aux Objectifs de développement durable : emploi, innovation, partenariats et inclusion avec une logique de croissance plus “qualitative”. Ce cadrage n’est pas anecdotique : il facilite l’acceptabilité institutionnelle de la finance islamique dans des environnements où la régulation, les investisseurs et les partenaires techniques cherchent des projets démontrables, mesurables, traçables.

Ce que le marché va surveiller maintenant : la vitesse d’exécution

Le vrai test ne sera pas la signature. Ce sera la cadence d’utilisation de la ligne, la qualité des dossiers, le coût réel pour les PME, et la capacité de la banque à transformer cette enveloppe en portefeuille performant.

Patrick Tchounjo

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