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GIM-UEMOA nomme Ahmed Al Moustapha Cissé DGA : un signal fort dans la bataille des paiements

La nomination d’Ahmed Al Moustapha Cissé au poste de directeur général adjoint (DGA) de GIM-UEMOA n’est pas une simple actualité RH. Elle arrive à un moment où la zone UEMOA joue, en accéléré, une partie décisive : qui contrôlera l’infrastructure des paiements digitaux demain, les schémas régionaux portés par les banques, ou les écosystèmes portés par les plateformes, les fintechs et le mobile money ?

Le GIM-UEMOA n’est pas un acteur neutre dans cette équation. Créé en 2003 par la BCEAO et les banques, l’organisme a précisément été conçu pour mettre en œuvre un système monétique interbancaire régional (retrait et paiement électronique), c’est-à-dire un socle d’interopérabilité à l’échelle de l’Union. Dans sa propre présentation, l’institution rappelle être au cœur de l’activité monétique de la communauté bancaire UEMOA avec une responsabilité de continuité, de gouvernance et de services.

Dans ce contexte, choisir un DGA n’est pas anodin : c’est choisir un profil de pilotage face à la montée des risques (cyberfraude, disponibilité 24/7, conformité) et à la pression concurrentielle (usages mobiles, nouvelles expériences de paiement, vitesse d’exécution).

Selon les informations communiquées, Ahmed Al Moustapha Cissé est titulaire d’un diplôme en informatique de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal). Surtout, il s’inscrit dans une trajectoire de “grand système” : plus de deux décennies à la BCEAO, où il a occupé successivement des fonctions de concepteur-développeur, de chef de service des développements informatiques, puis adjoint au directeur des systèmes d’information. À ces postes, il aurait contribué à la conception et au pilotage de projets structurants couvrant les systèmes de paiement, les applications métiers critiques, la sécurité des systèmes d’information et la modernisation des architectures technologiques.

Avant la Banque centrale, le profil revendique aussi une expérience plus “terrain” : administrateur systèmes et réseaux chez Advanced Network Technologies (ANTG), puis responsable de la programmation logicielle chez ADBanking – Aquadev West Africa. Selon son profil LinkedIn, il disposerait également de compétences pointues sur les spécifications fonctionnelles des systèmes de paiement instantané, et aurait été concepteur d’une plateforme de paiement instantané côté BCEAO.

Ce détail pèse lourd, car la BCEAO a précisément franchi un cap avec le lancement de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI), annoncée pour une mise en service officielle le 30 septembre 2025. Dans une région où les paiements se vivent en temps réel (mobile money) mais où l’interbancaire a longtemps été plus lent, l’instantanéité devient un standard : pas une option.

C’est là que la nomination devient presque clivante : le GIM-UEMOA se renforce avec un profil “BCEAO / infrastructures critiques” au moment où une partie du marché attend plutôt des profils “produit”, orientés croissance, expérience utilisateur et intégrations rapides. Autrement dit, l’Union tranche au moins symboliquement en faveur du contrôle, de la sécurité et de la robustesse.

Ce choix peut se lire comme une réponse à un risque central : la monétique et l’interopérabilité sont désormais des infrastructures systémiques. Un incident majeur (panne, cyberattaque, fraude à grande échelle) ne se limite plus à une banque : il contamine un réseau. Dans cette logique, l’expertise d’un cadre formé dans le cœur technologique d’une banque centrale a une valeur immédiate : gouvernance du changement, architecture, sécurité, exigences de disponibilité, et discipline d’exécution.

Mais l’autre lecture plus dérangeante est tout aussi plausible : à force de privilégier les profils “système”, la gouvernance du paiement régional peut donner le sentiment de courir après le marché plutôt que de l’anticiper. Car le combat n’est pas seulement technique : il est aussi commercial et d’usage. Les clients adoptent ce qui est simple, instantané, peu coûteux, omnicanal. Et sur ce terrain, les acteurs agiles avancent vite.

Le défi du nouveau DGA se situe donc à l’intersection de deux mondes : préserver une infrastructure régionale qui rassure les banques et les régulateurs, tout en évitant que la monétique interbancaire ne devienne une “colonne vertébrale invisible”, contournée dans les usages par des rails alternatifs. Pour GIM-UEMOA, l’enjeu est de rester l’espace où se joue l’interopérabilité à grande échelle, pas seulement un back-office.

Si Ahmed Al Moustapha Cissé a réellement été impliqué sur des chantiers de paiement instantané et de modernisation d’architectures à la BCEAO, sa nomination peut aussi être interprétée comme une volonté de reconcilier vitesse et contrôle : rendre l’interbancaire aussi fluide que les usages digitaux, sans céder sur la sécurité.

Au fond, cette nomination pose une question simple, mais structurante pour l’UEMOA : la prochaine étape des paiements sera-t-elle gouvernée comme une infrastructure publique (sécurité, continuité, interopérabilité), ou comme un marché (expérience, conquête, rapidité) ? Le GIM-UEMOA, par nature, est attendu sur les deux. Et le DGA sera jugé sur cette capacité à tenir la ligne de crête.

Patrick Tchounjo

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