la BAD injecte 5,5 millions USD pour renforcer les recettes en Afrique de l’Ouest

La Banque africaine de développement serre l’étau sur les fuites fiscales en Afrique de l’Ouest. Avec une subvention de 5,52 millions de dollars accordée au West African Tax Administration Forum (WATAF), l’institution veut moderniser les administrations fiscales et douanières, améliorer la collecte des recettes intérieures et donner à plusieurs États de la région plus de marge pour financer eux-mêmes leurs priorités de développement. Pour la Guinée, l’enjeu est majeur : mieux mobiliser l’impôt, c’est aussi moins dépendre de la dette extérieure.
Le signal est fort. Derrière ce financement approuvé par le Groupe de la BAD, il y a une conviction simple : en Afrique de l’Ouest, la bataille du développement se joue aussi dans la capacité des États à mieux collecter leurs propres ressources. Le projet, baptisé Strengthening Tax Administration Capacity Project in West Africa (STACP-WA), sera exécuté par le WATAF et vise à renforcer la mobilisation, la gestion et la sécurisation des recettes domestiques. Les principaux pays bénéficiaires sont le Burkina Faso, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Gambie, le Liberia et la Sierra Leone.
L’ambition dépasse la seule collecte fiscale. Le programme doit moderniser les systèmes fiscaux et douaniers, renforcer le contrôle des recettes issues des ressources naturelles, réduire les pertes de revenus et freiner les flux financiers illicites. Il combinera travaux analytiques, assistance technique, innovations numériques et dialogue politique de haut niveau, avec un objectif clair : rendre les administrations plus efficaces et plus robustes.
Pour la région, le projet promet des outils très concrets : un dispositif d’e-invoicing, des modules de formation alignés sur la ZLECAf, des instruments renforcés pour le contrôle des prix de transfert dans le secteur extractif, ainsi qu’une plateforme ouest-africaine dédiée aux jeunes chercheurs en fiscalité. Une assistance ciblée est aussi prévue sur la TVA, la valorisation douanière, la gouvernance minière et la fiscalité sensible au genre.
Le message de la BAD est sans ambiguïté. Abdul B. Kamara, directeur général de la Banque pour le Nigeria, a souligné que le renforcement de l’administration fiscale est essentiel pour élargir l’espace budgétaire en Afrique de l’Ouest et réduire la dépendance à l’emprunt extérieur. Autrement dit, mieux lever l’impôt, c’est aussi mieux respirer financièrement.
Pour la Guinée, cette initiative tombe à un moment stratégique. Dans des économies où les besoins en infrastructures, en services publics et en investissements productifs restent énormes, chaque progrès dans l’efficacité de la collecte peut changer la capacité d’action de l’État. Ce projet ne promet pas une révolution immédiate, mais il pose un socle : celui d’une fiscalité plus moderne, plus coordonnée et plus crédible à l’échelle régionale. Cette lecture est une inférence fondée sur les objectifs du projet et sur son orientation vers la mobilisation accrue des recettes intérieures.
Le dispositif sera supervisé par un comité de pilotage régional et une unité dédiée au sein du WATAF. La CEDEAO, à travers son unité fiscale, doit également bénéficier des plateformes, outils et produits de connaissance développés par le projet. Le programme s’inscrit ainsi dans une logique de coopération régionale, où la fiscalité n’est plus seulement une affaire nationale, mais un levier partagé de gouvernance économique.
Au fond, cette subvention de 5,52 millions de dollars envoie un message puissant : en Afrique de l’Ouest, la souveraineté budgétaire commence aussi par une meilleure administration fiscale. Et pour la Guinée comme pour ses voisins, c’est peut-être là que se joue une part décisive de la solidité économique de demain.
Patrick Tchounjo



