L’AFD injecte 118 milliards FCFA pour accélérer l’ambition énergétique ivoirienne

La transition énergétique se joue souvent dans les grandes déclarations. Mais elle avance vraiment quand les financements arrivent, que les chantiers se précisent et que les infrastructures sortent du stade des ambitions. En Côte d’Ivoire, le signal envoyé est de cette nature. Avec un financement de 180 millions d’euros, soit environ 118 milliards FCFA, accordé par l’Agence française de développement, le pays franchit une étape concrète dans sa volonté de renforcer sa capacité de production électrique et d’accélérer le développement des énergies renouvelables.
La signature de la convention est intervenue le 2 avril au cabinet du ministre ivoirien de l’Économie, des Finances et du Budget. Plus qu’un simple accord financier, elle consacre un choix stratégique : celui d’investir simultanément dans le solaire et dans l’hydroélectricité pour bâtir un système énergétique plus résilient. Ce financement s’inscrit dans le cadre du programme WASUNA, pour Water and Sun Alliance, une initiative conçue pour développer ces deux sources d’énergie de manière complémentaire.
Ce que raconte ce projet, au fond, c’est une nouvelle façon de penser l’énergie en Afrique de l’Ouest. Longtemps, la question électrique a été abordée sous l’angle du manque, de l’urgence ou du déficit. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire tente d’installer une autre narration : celle de la montée en puissance, de la diversification et de l’anticipation. Le programme lancé en 2022 prévoit la construction de nouvelles centrales solaires, notamment à Soubré et Gribo-Popoli, ainsi que la réhabilitation de plusieurs barrages hydroélectriques majeurs, dont Ayamé, Buyo, Taabo et Kossou.
L’ampleur du chantier donne la mesure de l’ambition. L’ensemble du programme WASUNA mobilise près de 410 millions d’euros d’investissements, soit environ 270 milliards FCFA. À cette échelle, il ne s’agit plus d’un ajustement marginal du mix énergétique ivoirien, mais d’un effort structurant pour moderniser le système de production d’électricité du pays.
Le montage financier lui-même mérite attention. Il repose sur une combinaison de prêt souverain et de subvention européenne. Dans le détail, l’Union européenne apporte une subvention de 50 millions d’euros, pendant que l’AFD accorde un prêt souverain de 130 millions d’euros à l’État ivoirien. Ce type d’architecture montre que la transition énergétique n’est plus seulement portée par la volonté des États, mais aussi par des coalitions financières internationales qui voient dans l’énergie ivoirienne un levier de stabilité, de croissance et de transformation.
Derrière les chiffres, il y a surtout une urgence très concrète. La demande d’électricité en Côte d’Ivoire continue de croître sous l’effet de l’urbanisation et de l’industrialisation. Face à cette pression, le gouvernement vise une capacité installée de production de plus de 5 000 MW à l’horizon 2030, avec une hausse significative de la part des énergies renouvelables. Le programme WASUNA doit contribuer à cet objectif en renforçant la production, en améliorant les capacités de stockage et en soutenant l’accès à une énergie jugée plus fiable et plus durable.
Cette orientation est lourde de sens. Elle indique que la question énergétique ivoirienne n’est plus seulement celle de l’offre immédiate, mais aussi celle de la sécurité future. Miser à la fois sur le solaire et l’hydroélectricité, c’est chercher un meilleur équilibre entre flexibilité, durabilité et souveraineté énergétique. C’est aussi tenter de réduire la vulnérabilité à des sources plus volatiles ou plus coûteuses, dans un contexte où l’énergie devient un facteur central de compétitivité économique. Cette dernière lecture est une inférence fondée sur la nature du programme et les objectifs affichés.
Mais la portée du projet dépasse les frontières ivoiriennes. Déjà l’un des principaux exportateurs d’électricité en Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire affiche clairement l’ambition de consolider sa position de futur hub énergétique sous-régional. Cette stratégie régionale est essentielle. Dans un espace ouest-africain où les besoins énergétiques restent immenses et où l’interconnexion devient un levier de stabilité, renforcer la puissance électrique ivoirienne revient aussi à accroître son influence économique régionale.
Patrick Tchounjo


