Nancy Diakhaté Koïta, la femme de finance qui accompagne les grands projets énergétiques africains

Dans l’univers exigeant de l’énergie, où se croisent investissements massifs, impératifs réglementaires et enjeux de souveraineté, certains profils avancent avec discrétion mais pèsent lourd dans la réussite des projets. Nancy Diakhaté Koïta appartient à cette catégorie rare. Figure montante de la finance sénégalaise, elle s’est imposée au fil des années comme une experte de référence dans la structuration, le pilotage et la sécurisation financière de grands projets énergétiques en Afrique.
Une femme de chiffres au cœur des transformations stratégiques
Dans le débat public, les grands projets énergétiques sont souvent racontés à travers les découvertes, les infrastructures, les décisions politiques ou les promesses de croissance. Plus rarement à travers celles et ceux qui, en coulisses, rendent ces ambitions viables, bancables et durables. Pourtant, sans architecture financière solide, sans contrôle rigoureux et sans gouvernance robuste, aucun projet énergétique majeur ne tient dans la durée.
C’est précisément dans cet espace décisif que s’illustre Nancy Diakhaté Koïta.
Aujourd’hui Finance Manager et Deputy Country Manager chez Woodside Energy au Sénégal, elle occupe une fonction à haute responsabilité dans un secteur où chaque décision engage des montants considérables, des intérêts multiples et des équilibres sensibles. Son rôle dépasse la seule lecture des chiffres. Il consiste à garantir la cohérence financière des opérations, à sécuriser les mécanismes de contrôle, à optimiser le cost recovery et à veiller à la maîtrise des risques fiscaux, réglementaires et contractuels.
Dans une industrie où la moindre défaillance de gouvernance peut avoir des conséquences majeures, son expertise s’inscrit dans une logique de fiabilité, d’anticipation et de performance.
Woodside Energy, au centre d’un moment historique pour le Sénégal
La trajectoire actuelle de Nancy Diakhaté Koïta prend un relief particulier dans le contexte sénégalais. À l’heure où le pays s’affirme comme une nouvelle frontière énergétique en Afrique, la qualité du pilotage financier des projets devient une question stratégique.
Chez Woodside Energy, elle intervient dans un environnement marqué par des standards internationaux élevés, par la complexité des accords de partage de production et par des attentes fortes en matière de transparence, d’impact local et de conformité. Elle évolue ainsi à l’intersection de plusieurs exigences : celles des investisseurs, celles des autorités publiques, celles des partenaires techniques et celles des communautés qui attendent des retombées concrètes.
Son action contribue à faire tenir ensemble ces différents niveaux. Elle veille non seulement à la robustesse des mécanismes financiers, mais aussi au respect des obligations locales, notamment en matière d’ITIE, de contenu local et de discipline budgétaire. Dans cette fonction, elle incarne une finance de haut niveau, connectée à la réalité du terrain et aux ambitions de transformation du pays.
Une expertise forgée dans la complexité des grands projets
Avant Woodside, Nancy Diakhaté Koïta a occupé des responsabilités majeures chez Cairn Energy, autre acteur important du paysage pétrolier sénégalais. Là encore, elle a évolué au plus près de projets structurants, en pilotant des dispositifs financiers complexes dans un secteur où les arbitrages doivent en permanence concilier temporalité industrielle, rentabilité, gouvernance et conformité.
Elle s’y distingue par sa capacité à coordonner des intérêts parfois divergents entre partenaires internationaux, autorités publiques et équipes locales. Cette aptitude à naviguer dans des environnements multipartites est l’une des constantes de son parcours. Elle ne relève pas seulement de la compétence technique. Elle suppose une compréhension fine des rapports de force, une maîtrise des langages institutionnels et une capacité à transformer la complexité en décisions opérationnelles.
Dans les industries extractives, cette qualité est essentielle. Les meilleurs profils ne sont pas seulement ceux qui savent produire des tableaux impeccables. Ce sont ceux qui savent faire parler les chiffres dans un contexte réel, mouvant, sensible et profondément stratégique.
L’école des multinationales, entre méthode et standards globaux
Le parcours de Nancy Diakhaté Koïta s’est construit dans des environnements où l’excellence n’est pas négociable. Son passage chez Amadeus, en qualité de Directrice Finance et Administration pour l’Afrique centrale et de l’Ouest, constitue l’un des chapitres les plus révélateurs de cette dimension.
Dans cette fonction, elle supervise des opérations couvrant 23 pays, au sein d’un groupe mondial de référence dans les technologies du voyage. Elle y structure les fonctions financières, juridiques et logistiques dans un contexte de croissance régionale, tout en renforçant les mécanismes de gouvernance et de maîtrise des risques.
Cette expérience est importante, car elle montre que son expertise ne s’est pas construite dans un seul univers sectoriel. Elle s’est déployée à l’échelle régionale, dans des contextes multiculturels, multisites et fortement exposés à des enjeux de conformité. Elle y apprend à piloter, harmoniser, sécuriser et anticiper. Autant de compétences devenues décisives dans son parcours ultérieur dans l’énergie.
Shell, le socle d’une culture exigeante de la conformité
Mais c’est sans doute au sein du groupe Shell que Nancy Diakhaté Koïta forge les fondations les plus profondes de son identité professionnelle. Pendant plus de onze ans, entre Dakar, Johannesburg et La Haye, elle évolue dans l’un des environnements les plus exigeants au monde en matière de contrôle, d’éthique et de gestion financière.
Cette période est décisive. Elle y développe une maîtrise fine des problématiques de trésorerie, de planification budgétaire, de contrôle interne et d’audit. Elle s’attaque aussi à des sujets sensibles, notamment dans le cadre d’audits forensiques liés à la corruption, ce qui lui permet d’acquérir une vision particulièrement robuste des risques de gouvernance dans les industries à forte intensité capitalistique.
Chez Shell, elle n’apprend pas seulement à gérer des flux financiers. Elle apprend à inscrire la finance dans une architecture globale de responsabilité, d’éthique et de fiabilité. C’est cette culture qui nourrit ensuite la cohérence de son parcours.
Cette exigence sera prolongée chez Vivo Energy, où elle pilote des programmes d’éthique et de conformité à l’échelle régionale. Là encore, son rôle confirme une constante : Nancy Diakhaté Koïta n’est pas seulement une experte financière. Elle est aussi une bâtisseuse de systèmes de confiance.
Une finance au service de la création de valeur durable
Ce qui distingue son profil, c’est précisément cette capacité à dépasser la seule logique comptable. Chez elle, la performance ne se réduit pas à l’optimisation des coûts ou à la conformité des reporting. Elle s’inscrit dans une vision plus large, où la finance devient un levier de transformation durable.
Son engagement dans le développement des équipes, dans le renforcement des compétences locales et dans les programmes d’investissement social et de contenu local témoigne d’une conception intégrée du leadership. La rentabilité économique, dans cette approche, n’a de sens que si elle s’articule avec l’impact, la transmission et l’ancrage territorial.
Dans les grands projets énergétiques africains, cette posture est précieuse. Car les attentes autour de ces projets ne se limitent plus à la production ou aux recettes fiscales. Elles portent aussi sur la capacité à structurer des chaînes de valeur locales, à faire monter en compétence les talents nationaux et à inscrire les investissements dans une dynamique de développement plus large.
Nancy Diakhaté Koïta fait partie de ces profils qui comprennent que la crédibilité d’un projet se joue aussi dans cette équation.
Une formation internationale, un ancrage africain fort
Diplômée en comptabilité et finance de l’Université du Québec à Hull, elle incarne cette génération de professionnelles africaines capables de conjuguer standards internationaux et compréhension fine des réalités locales.
Cette double culture est devenue un avantage stratégique. Dans les secteurs comme l’énergie, les meilleurs résultats viennent souvent de celles et ceux qui savent faire dialoguer les référentiels globaux avec les contextes nationaux. Il ne suffit pas d’appliquer des normes. Il faut comprendre les dynamiques institutionnelles, les enjeux de souveraineté, les contraintes opérationnelles et les attentes des pays hôtes.
C’est dans cette capacité de traduction intelligente entre le global et le local que réside une part importante de sa valeur.
Une figure de référence dans la finance énergétique africaine
Le parcours de Nancy Diakhaté Koïta raconte beaucoup plus qu’une progression professionnelle réussie. Il raconte l’émergence d’une expertise africaine de haut niveau dans un domaine longtemps perçu comme réservé à des profils internationaux extérieurs au continent.
À travers ses fonctions chez Woodside, Cairn Energy, Shell, Vivo Energy ou encore Amadeus, elle démontre qu’une dirigeante africaine peut non seulement occuper des postes stratégiques dans des multinationales de premier plan, mais surtout y exercer une influence décisive sur des projets structurants.
Dans un contexte où l’Afrique cherche à mieux capter la valeur de ses ressources, à améliorer sa gouvernance et à sécuriser ses grandes infrastructures, des profils comme le sien deviennent essentiels. Ils portent une compétence technique de premier ordre, mais aussi une forme de stabilité, de méthode et de crédibilité dont le continent a besoin.
Le visage discret d’une transformation majeure
Nancy Diakhaté Koïta n’est peut-être pas la plus médiatique des figures du secteur énergétique africain. Mais elle fait partie de celles qui comptent vraiment. Celles dont le travail structure, sécurise et rend possible l’ambition.
À l’heure où le Sénégal ouvre un nouveau chapitre de son histoire énergétique, son parcours rappelle une vérité fondamentale : les grandes transformations économiques ne reposent pas seulement sur les ressources, les annonces ou les infrastructures. Elles reposent aussi sur des femmes et des hommes capables d’en assurer la discipline, la cohérence et la viabilité.
Patrick Tchounjo



