Smart Capital rejoint les sociétés de bourse et s’invite dans la recomposition du marché Cemac

Dans les coulisses encore discrètes du marché financier de la Cemac, un mouvement se dessine. Lent, progressif, mais structurant. L’agrément accordé à Smart Capital par la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf) n’est pas qu’une formalité administrative. C’est un signal. Celui d’un marché qui s’élargit, se réorganise et cherche, enfin, à changer d’échelle.
Créé en 2021 et doté d’un capital de 300 millions de FCFA, ce cabinet de conseil stratégique et financier rejoint désormais le cercle des sociétés de bourse agréées, avec la capacité d’exercer l’ensemble des activités d’intermédiation sur le marché régional. Une entrée qui intervient dans un contexte où la Cemac tente de sortir d’un paradoxe persistant : un marché structuré, mais encore sous-exploité.
Un agrément qui ouvre toutes les portes du marché
L’autorisation délivrée par la Cosumaf permet à Smart Capital d’opérer sur toute la chaîne de valeur du marché financier. Elle couvre la réception et la transmission des ordres de bourse, la négociation, la conservation de titres, la gestion de portefeuille, le conseil en gestion de patrimoine ainsi que les opérations de placement et la tenue de comptes titres.
Autrement dit, Smart Capital ne sera pas un acteur périphérique. L’entreprise entre directement dans le cœur du système, là où se croisent investisseurs, entreprises et États.
Cette décision s’inscrit dans une série d’agréments délivrés lors de la session du collège de la Cosumaf tenue le 10 mars à Libreville, marquant une volonté claire du régulateur d’élargir la base des intervenants et de renforcer l’offre de services sur un marché encore trop étroit.
Un marché en recomposition silencieuse
Derrière cette décision, il y a une réalité plus profonde. Le marché financier de la Cemac est en mutation.
Au 30 juin 2025, la zone comptait 25 sociétés de bourse agréées. Parmi elles figurent Global Trade International Investment, Archer Capital Securities, Financia Capital et Attijari Securities West Africa.
Mais cette diversité cache une géographie déséquilibrée.
Le Cameroun concentre aujourd’hui une part majoritaire des activités d’intermédiation, traduisant une dynamique locale plus marquée. À l’inverse, le Gabon, longtemps structuré autour de BGFI Bourse, voit son paysage évoluer avec l’arrivée de nouveaux entrants et le repositionnement progressif des acteurs historiques.
Dans cet environnement, l’entrée de Smart Capital s’inscrit dans une logique de recomposition concurrentielle, où chaque nouvel acteur redéfinit les rapports de force, les niches de marché et les stratégies d’influence.
Léandre Bouanza Mombo, un profil pour structurer l’ambition
Derrière Smart Capital, il y a un visage. Celui de Léandre Bouanza Mombo, banquier d’affaires au parcours solide.
Pendant huit ans, il a dirigé BGFI Bourse, première société de bourse gabonaise, où il a piloté des opérations structurantes, notamment des introductions en bourse et des émissions obligataires à l’échelle régionale.
Son expérience s’étend également à l’audit et au conseil financier auprès de groupes et d’institutions actives dans plusieurs pays africains.
Ce profil traduit une montée en compétence des nouveaux entrants sur le marché. Smart Capital n’arrive pas comme un acteur opportuniste, mais comme une structure portée par une expertise déjà éprouvée dans les mécanismes du marché.
Un marché encore étroit, mais à fort potentiel
L’enjeu dépasse largement l’entrée d’un nouvel acteur. Il touche à la nature même du marché financier de la Cemac.
Malgré les avancées institutionnelles, le marché reste marqué par une faible profondeur, une liquidité limitée et un nombre restreint d’opérations structurantes. Il demeure également fortement dépendant des émissions souveraines.
Dans ce contexte, les sociétés de bourse jouent un rôle central. Ce sont elles qui structurent les opérations, accompagnent les entreprises et connectent les investisseurs.
L’arrivée de nouveaux acteurs comme Smart Capital peut contribuer à diversifier les produits financiers, accroître la concurrence, stimuler l’innovation et élargir l’accès au financement pour les entreprises de la région.
Une bataille pour la crédibilité du marché
Mais l’agrément n’est qu’un point de départ.
Le véritable défi commence maintenant.
Dans la Cemac, le marché financier souffre encore d’un déficit de confiance et d’attractivité. Les investisseurs restent prudents, les entreprises hésitent à se financer par le marché et les volumes d’échanges peinent à décoller.
Pour Smart Capital, comme pour les autres sociétés de bourse, la mission est double. Il s’agit de gagner des parts de marché tout en contribuant à construire le marché lui-même.
C’est une différence fondamentale avec les places financières matures. Ici, chaque acteur est à la fois compétiteur et bâtisseur.
Une nouvelle génération d’intermédiaires financiers
L’entrée de Smart Capital reflète une évolution plus large du secteur.
Une nouvelle génération d’intermédiaires financiers africains émerge, plus agile, plus stratégique, souvent issue de la banque d’affaires, capable de naviguer entre conseil, structuration et intermédiation.
Face à eux, les acteurs historiques doivent se repositionner.
Le renforcement de la présence de Fedhen Capital sur le marché, avec la nomination récente d’une direction pays dédiée, illustre cette dynamique. Le marché ne se contente plus d’exister. Il commence à se structurer.
Smart Capital, un test pour la nouvelle phase du marché Cemac
Au fond, l’entrée de Smart Capital est un test.
Un test pour la capacité du marché Cemac à absorber de nouveaux acteurs.
Un test pour la capacité des sociétés de bourse à générer davantage d’activité.
Un test pour savoir si la région est prête à faire du marché financier un véritable levier de financement économique.
Dans une zone où le financement bancaire reste dominant, le développement du marché financier devient une nécessité stratégique.
Une nouvelle pièce dans un puzzle encore inachevé
Smart Capital vient s’ajouter à un puzzle encore en construction.
Avec son agrément, son positionnement et son leadership, la société entre dans une arène où tout reste à faire, mais où les opportunités sont réelles.
Le marché financier de la Cemac n’est pas encore arrivé à maturité. Mais il évolue.
Et souvent, ce sont ces mouvements discrets qui annoncent les transformations les plus profondes.
Patrick Tchounjo



