Société Générale : 101 agences en moins d’ici 2026, le réseau bancaire français accélère sa mue

Dans la banque de détail française, la fermeture d’une agence ne fait presque plus événement. Elle s’inscrit dans un mouvement continu, discret, méthodique. Pourtant, le chiffre qui circule depuis fin 2025 a une portée symbolique : Société Générale fermerait 101 agences supplémentaires en France en 2026, selon une information syndicale relayée par Reuters. La banque, elle, n’a pas commenté ce volume.
Derrière ce “101”, ce n’est pas seulement un plan immobilier. C’est un choix de modèle : réduire les coûts fixes, concentrer les équipes sur des points de vente plus rentables, et transférer l’essentiel de la relation client vers le digital et le conseil à distance.
Le basculement est déjà là : l’agence n’est plus le centre de gravité
Le décor a changé sans bruit. Le rendez-vous au guichet s’est raréfié. Les opérations courantes ont glissé vers l’automate, puis vers l’application. Et, pour une majorité de clients, la banque est devenue un écran.
L’étude FBF–IFOP documente cette réalité : 94% des Français consultent le site ou utilisent l’application de leur banque, et 79% ont téléchargé au moins une application bancaire.
Dans le même temps, la fréquentation des agences recule : 36% des clients s’y rendent au moins une fois par trimestre, contre 41% en 2020.
Autrement dit, l’agence n’a pas disparu. Mais elle ne commande plus le rythme. Et quand le trafic baisse, la question devient mécanique : combien de mètres carrés faut-il encore financer pour servir des parcours qui se font ailleurs ?
“101 agences” : une information syndicale, pas une annonce officielle
Le point de méthode est important : le chiffre de 101 fermetures est attribué à la CGT, et repris dans une dépêche Reuters (relayée notamment par Zonebourse). La banque a refusé de commenter ce volume, selon le même article.
Une trajectoire cohérente avec le passé récent : -600 agences depuis 2020, un réseau autour de 1 450 points
Même sans validation officielle du “101”, l’idée s’insère dans une continuité déjà connue : Société Générale a engagé une réduction profonde de son réseau, notamment après l’intégration et la fusion des réseaux avec Crédit du Nord. D’après Reuters via Zonebourse, la banque a déjà fermé environ 600 agences depuis 2020 et disposerait désormais d’environ 1 450 agences.
À l’échelle macro, Le Monde décrit d’ailleurs une dynamique plus large : la France perd des agences bancaires sous l’effet de la numérisation, pendant que les banques investissent dans des modèles hybrides (digital + points physiques d’expertise).
Rentabilité : l’équation des coûts revient au premier plan
Pourquoi aller plus loin alors que le groupe reste bénéficiaire ? Parce que la banque ne pilote pas seulement le résultat net : elle pilote un modèle de rentabilité durable, où la bataille se joue aussi sur le coefficient d’exploitation (cost-to-income), et sur la capacité à abaisser les charges structurelles.
Le Financial Times rappelle que la stratégie de Slawomir Krupa s’inscrit dans une accélération des coupes de coûts, avec un coefficient d’exploitation encore élevé (63% sur les neuf premiers mois de 2025, selon l’article).
D’ici fin 2027 c’est 1 800 postes en moins : un autre dossier, mais le même cap
Dans le même esprit, Société Générale a annoncé un projet de réorganisation prévoyant 1 800 suppressions de postes en France d’ici fin 2027, sans plan de départs (via attrition).
Et un élément a été précisé dans cette séquence : “le réseau d’agences n’est pas concerné”, selon des reprises de presse.
Il faut donc lire deux mouvements qui peuvent coexister :
un chantier d’organisation (fonctions, structures, couches managériales, process), et une trajectoire réseau (agences, regroupements, optimisation immobilière), parfois discutée séparément, parfois connectée dans l’exécution.
Banques d’Afrique francophone
Ce sujet n’est pas “un débat français”. C’est un miroir utile pour l’Afrique francophone, où les banques font face à trois pressions convergentes :
la migration des usages (mobile, selfcare, instantanéité), la concurrence des wallets et des agents, et la nécessité de tenir les coûts tout en conservant la confiance.
Patrick Tchounjo



