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Titres publics CEMAC : le Congo vise 700 milliards FCFA pour lever sur le marché BEAC en 2026

Brazzaville n’a pas attendu que la poussière retombe. À peine le rééchelonnement d’une partie de la dette intérieure digéré, la République du Congo revient sur le marché des titres publics de la BEAC avec une cible qui a tout d’un stress-test grandeur nature : 690 milliards FCFA à mobiliser en 2026, soit près de 700 milliards FCFA. Dans la zone CEMAC, seuls le Cameroun (1 165 milliards FCFA) et le Gabon (1 046 milliards FCFA) visent plus haut.

Derrière le chiffre, le message est clair : le Congo veut continuer d’acheter du temps… mais cette fois, au prix du marché. Or, le marché régional a changé de ton. Depuis décembre 2025, la BEAC a durci sa posture et relevé ses taux directeurs, un signal qui renchérit mécaniquement le coût de la liquidité et rebat les cartes pour les Trésors.

Un Congo « long terme »… pour éviter le piège du court terme

La structure du programme congolais est loin d’être anodine. Brazzaville prévoit de lever 405 milliards FCFA en Obligations du Trésor assimilables (OTA), contre 285 milliards FCFA en Bons du Trésor assimilables (BTA). Autrement dit, le Congo mise davantage sur le moyen-long terme que sur la simple gestion de trésorerie.

Ce choix est politique autant que financier. Car l’arithmétique de la dette est impitoyable : trop de court terme, c’est une dette qui “revient” chaque année, avec un risque de refinancement permanent. Miser davantage sur les OTA, c’est chercher à lisser les remboursements, sécuriser des ressources plus stables et éviter de transformer le Trésor en guichet de renouvellement automatique.

Le “deal” de novembre 2025 : le précédent qui change la lecture de 2026

Impossible de lire 2026 sans revenir sur novembre 2025, lorsque le Trésor congolais a procédé à un rééchelonnement de 304,87 milliards FCFA correspondant à des échéances arrivées à maturité en octobre. Plusieurs sources évoquent une opération structurée avec l’appui d’intermédiaires, dont L’Archer et LCB Capital, avec des maturités allongées sur certaines souches.

Ce rééchelonnement a eu un effet immédiat : désamorcer une tension de liquidité à l’entrée de l’exercice 2026. Mais il a aussi une conséquence moins visible : il place désormais Brazzaville face à une exigence de crédibilité. Après avoir demandé de l’air sur l’existant, le Congo doit prouver qu’il peut encore attirer sur du papier nouveau, et surtout sur des maturités plus longues.

Le risque que le marché regarde : l’addition, pas l’annonce

À l’échelle régionale, les États de la CEMAC projettent 3 906,5 milliards FCFA d’émissions en 2026. Le Congo en représente environ 17,7%, un poids lourd qui arrive dans un marché où la liquidité est plus chère et la sélectivité des investisseurs plus forte.

Le sujet n’est donc pas seulement “combien lever”, mais à quelles conditions. La BEAC a officiellement acté le resserrement de sa politique monétaire en décembre 2025, avec relèvement du taux directeur et de la facilité de prêt marginal. Pour les Trésors, cela signifie une courbe de taux sous pression et un coût de refinancement plus exigeant.

Une ligne de crête : financer le développement sans réécrire la dette tous les ans

Le Congo justifie l’orientation vers les OTA par la nécessité d’adosser le financement à des projets structurants, routes, énergie, infrastructures sociales et d’éviter l’embolie d’échéances trop rapprochées. L’équation est logique sur le papier : des chantiers longs financés par de la dette longue.

Mais c’est aussi là que le marché devient clivant : l’allongement des maturités n’est pas un cadeau, c’est un prix. Il suppose des primes de risque, une discipline budgétaire lisible, et une capacité à rester “finançable” même lorsque la politique monétaire se durcit.

En 2026, Brazzaville ne joue donc pas seulement un calendrier d’adjudications. Le Congo joue une séquence de confiance : celle qui consiste à dire aux investisseurs que le rééchelonnement de 2025 n’était pas un aveu de faiblesse… mais un pont vers un financement plus soutenable. Le marché, lui, ne retiendra qu’une chose : la capacité à lever, et à tenir le coût.

Patrick Tchounjo

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