De l’assurance au capital market : le parcours rare d’Ingrid Obouh Fegue

Ingrid Laurence Obouh Fegue s’impose comme l’un des profils les plus complets de la finance en Afrique centrale. Fondatrice et Directrice générale d’Almasi Capital & Advisory S.A., elle incarne une trajectoire rare, construite comme une montée en puissance méthodique : d’abord comprendre le risque au niveau le plus technique, ensuite maîtriser la liquidité au quotidien, puis évoluer vers l’étage stratégique des marchés de capitaux. Cette progression lui donne aujourd’hui une lecture intégrale de la chaîne financière, capable de relier la tarification d’un produit d’assurance à la structuration d’opérations de marché, avec une même exigence : rendre la finance plus précise, plus utile et plus exécutable.
Un parcours académique “data-driven” au service de la maîtrise du risque
Le socle d’Ingrid Laurence Obouh Fegue est d’abord quantitatif : sciences, mathématiques, économie, puis actuariat. Elle se forme entre la France et le Royaume-Uni, avec un passage par la Toulouse School of Economics (Master en économie) et l’University of Kent (MSc en actuariat et Applied Actuarial Science), avant d’asseoir une lecture opérationnelle du secteur via le programme BEA d’Afriland First Bank, axé sur les techniques et opérations financières en contexte africain.
Almasi elle-même résume ce profil de manière très directe : une actuaire de profession, diplômée d’un MSc en actuariat (University of Kent) et d’un Master en économie (Toulouse School of Economics).
Ce détail compte, parce qu’il explique sa signature professionnelle : une dirigeante qui ne “raconte” pas la finance, mais qui la mesure. Et dans les marchés, la crédibilité commence toujours par là.
Parcours professionnel : du risque (assurance) à la liquidité (trésorerie), puis aux marchés (capital)
Depuis août 2024, Ingrid Laurence Obouh Fegue occupe le poste de Chief Executive Officer d’Almasi Capital & Advisory SA à Douala, où elle intervient au cœur des métiers de marchés de capitaux (dont l’Equity Capital Markets), avec une logique de structuration et d’exécution.
Avant cette étape, elle a passé près de neuf ans au sein du Groupe BGFIBank, d’abord comme Treasury Analyst à Douala (avril 2015 – juillet 2017), puis comme Head of Treasury (juillet 2017 – juillet 2024). Cette séquence l’a installée dans la gestion de la liquidité et la discipline de marché, là où la précision et la réactivité ne sont pas négociables.
En amont, elle s’est construite dans l’assurance, en tant que Pricing Actuary chez Chanas Assurances (mars 2014 – janvier 2015), avec un travail orienté tarification et rentabilité : extraction et analyse de données, développement de nouveaux facteurs de tarification, analyses de profitabilité et suivi post-implémentation. Elle avait auparavant effectué un stage chez AXA (mai 2013 – août 2013) au département Pricing & Underwriting – Health, en lien avec la tarification et la souscription.
Son parcours inclut également une expérience de conformité en banque internationale : Compliance Intern chez Standard Chartered Bank (décembre 2009 – mai 2010) sur des sujets Compliance, KYC et CDD en corporate banking, ainsi qu’un Summer Internship chez Standard Chartered Bank (juin 2008 – juillet 2008) orienté performance clients.
Sa vraie bataille : rendre la finance de marché “pratique”, pas théorique
Le marché financier en Afrique centrale souffre souvent d’un mal silencieux : il existe, mais il est perçu comme éloigné, technique, réservé. La stratégie d’Almasi, telle qu’elle est décrite, consiste justement à inverser ce sentiment : rendre le marché utile à l’économie réelle et compréhensible pour les acteurs économiques, y compris les PME, souvent “hors radar” de la bourse.
C’est ici que le profil d’Ingrid Laurence Obouh Fegue devient cohérent : une dirigeante qui a connu la rigueur actuarielle, l’exécution en trésorerie, et qui arrive aux marchés avec une obsession de discipline. Dans une sous-région où l’on réclame plus de capital long pour les projets et les entreprises, la question n’est pas seulement “comment lever”, mais “comment structurer” : la gouvernance, la transparence, la pédagogie, la qualité des instruments, et la confiance.
Une voix de plus en plus visible sur le marché financier CEMAC
Ingrid Laurence Obouh Fegue s’inscrit aussi dans une dynamique de prise de parole sur les marchés et l’inclusion. Elle est citée parmi les intervenantes d’un webinaire de la BVMAC tenu le 5 mars 2026, centré sur la contribution des femmes au développement du marché financier en zone CEMAC.
Elle est également mentionnée comme intervenante lors de la 4ᵉ édition des L’Économie Business Awards à Douala, autour des enjeux de financement et de marché financier.
Et au-delà des panels, Almasi met en avant son engagement public en faveur de la valorisation du leadership féminin, notamment lors d’une initiative en 2025 dédiée à l’excellence des jeunes femmes dans des filières techniques, où elle intervient comme Directrice générale.
Ce que son leadership peut changer, concrètement
Le “moment” Ingrid Laurence Obouh Fegue ne se résume pas à une nomination. Il s’inscrit dans un besoin systémique : diversifier les sources de financement en CEMAC, attirer plus d’investisseurs, créer plus de liquidité, et surtout faire du marché un outil quotidien pour les entreprises.
Son avantage compétitif est simple : elle connaît la finance par ses contraintes. Le risque, la liquidité, l’exécution. Dans une société de bourse, cela peut se traduire par trois chantiers très concrets : renforcer la confiance des investisseurs, structurer des opérations réellement bancables pour les entreprises, et transformer l’éducation financière en adoption réelle du marché.
Patrick Tchounjo



