450 millions $ : MCB confirme la confiance du marché dans ses fondamentaux de crédit

Il y a des financements qui racontent une stratégie plus qu’ils ne remplissent une ligne de trésorerie. La Mauritius Commercial Bank (MCB) vient de boucler un prêt à terme syndiqué de 450 millions de dollars, ciblant spécifiquement les banques du GCC et de l’Inde. Un jalon assumé de sa stratégie de financement : diversifier sa base de prêteurs internationaux et consolider des relations sur des marchés jugés prioritaires.
Le signal est double. D’un côté, MCB prouve qu’une banque africaine peut aller chercher du capital long hors de ses cercles habituels. De l’autre, elle confirme une tendance de fond : le financement de l’Afrique se reconfigure, avec une montée en puissance des corridors Golfe–Inde–Afrique.
De 300 à 450 millions $ : la sursouscription comme vote de confiance
L’opération n’était pas écrite d’avance à ce niveau. Le prêt a été lancé à 300 millions $, avant d’être sur-souscrit environ 2,1 fois, permettant à MCB d’augmenter la taille de la facilité à 450 millions $. Au total, 25 banques ont participé, dont 5 nouveaux prêteurs aux côtés des partenaires historiques.
Dans le langage des marchés, la sursouscription est un message : les investisseurs ne se contentent pas d’adhérer, ils demandent plus de papier que prévu. Pour une banque, cela se traduit souvent par un bénéfice concret : un pricing plus compétitif et donc un coût global de financement plus bas, ce que souligne la banque dans son communiqué.
Un montage “2+1” : de la flexibilité dans un monde de taux nerveux
MCB a structuré la facilité sous forme d’un prêt à terme de deux ans, avec une option d’extension d’un an à la discrétion de l’emprunteur (format 2+1).
Ce détail compte : dans un environnement où les banques arbitrent entre liquidité, coût des ressources et contraintes prudentielles, la flexibilité de maturité devient un avantage stratégique. Elle permet d’ajuster le tempo du bilan sans se retrouver prisonnier d’un calendrier trop rigide.
À quoi servira l’argent : “corporate purposes”… mais avec une boussole africaine
MCB indique que les fonds seront utilisés pour des besoins généraux de l’entreprise, afin de soutenir sa stratégie de croissance à Maurice et dans la région africaine.
C’est là que l’opération devient intéressante pour les observateurs des banques africaines, y compris en Afrique francophone : ce type de syndication n’est pas seulement un refinancement. C’est un outil de gestion disciplinée du bilan, au service d’une expansion régionale qui exige de la profondeur de financement, pas uniquement des dépôts domestiques.
Les voix du deal : stratégie de funding, rating, momentum
Dans le communiqué, Anbar Jowaheer, Group Head of Strategic Funding, insiste sur l’effet d’entraînement : l’arrivée de nouveaux prêteurs renforce la dynamique du programme de financement et améliore la flexibilité via un profil de maturité structuré, cohérent avec une gestion prudente du bilan.
De son côté, le CEO Thierry Hebraud relie directement la sursouscription à la confiance dans la stratégie et les ambitions de croissance, en s’appuyant sur la solidité du profil de crédit et l’élargissement de la base de financement.
Autre élément marquant : MCB indique avoir été reconnue par GBM, sa syndication asiatique précédente de 350 millions $ ayant été distinguée “Africa 2026 Financial Institutions Syndicated Loan Deal of the Year”.
Un tour de table qui pèse : Golfe, Japon, Europe, Inde… le consortium en vitrine
La coordination et le bookrunning ont été assurés par un groupe de banques de premier plan, dont Abu Dhabi Commercial Bank, Emirates NBD Capital, First Abu Dhabi Bank, Mashreqbank, Mizuho, SMBC Bank International, Standard Chartered et State Bank of India (London Branch).
Au-delà des noms, l’image est forte : l’Afrique (via Maurice) se finance de plus en plus au croisement des grandes poches de liquidité du Sud global, tout en restant connectée aux banques internationales historiques.
Pourquoi cette opération peut devenir virale
Parce qu’elle met en scène une réalité que beaucoup d’économies africaines cherchent à atteindre : financer la croissance avec des ressources longues, diversifiées, moins dépendantes d’un seul marché, et capables de soutenir l’investissement productif. Dans un contexte où le coût du capital reste un débat central, chaque opération sursouscrite devient un récit de crédibilité.
Patrick Tchounjo



