UEMOA : le contrôle prudentiel des banques devient un enjeu de souveraineté financière

Dans l’espace UEMOA, la solidité du système bancaire ne relève plus seulement de la technique. Elle devient un pilier central de la souveraineté économique. Alors que les États membres sont confrontés à une dette publique croissante, à des tensions inflationnistes persistantes et à une pression sociale accrue, la stabilité du secteur bancaire apparaît comme une condition sine qua non de la cohésion régionale.
La récente montée des risques macroéconomiques – exacerbée par les chocs exogènes tels que les conflits géopolitiques ou les réajustements monétaires internationaux – renforce la nécessité d’une surveillance bancaire rigoureuse. Les établissements financiers, de plus en plus interconnectés et exposés à la volatilité des marchés, doivent faire preuve de résilience. Mais cette capacité repose en grande partie sur l’efficacité du contrôle prudentiel mené par la Commission bancaire de l’UMOA.
Dans une zone où plus de 60 % de la population reste exclue du système financier formel, toute défaillance dans la supervision pourrait entraîner une perte de confiance massive. Des faillites bancaires en cascade ne sont pas une hypothèse théorique : elles constitueraient un choc systémique, remettant en question la crédibilité même de l’écosystème financier ouest-africain.
L’enjeu est donc triple : protéger les déposants, assurer le financement de l’économie réelle, et maintenir la confiance des partenaires institutionnels et des investisseurs étrangers.
De plus, l’inclusion financière – objectif affiché par toutes les stratégies nationales – ne peut progresser que si les populations perçoivent le système bancaire comme fiable et transparent. Une régulation faible ou politisée enverrait un signal négatif, au moment même où les banques essaient de capter une clientèle jeune, connectée, mais encore réticente.
La souveraineté financière ne peut être déléguée. Elle s’exerce aussi dans la capacité des États à encadrer leurs institutions bancaires, à détecter les dérives, à prévenir les crises. À l’heure où de nombreuses voix appellent à l’émergence de champions bancaires africains capables de financer l’industrialisation du continent, le rôle du régulateur prend une dimension stratégique.
Dans cet équilibre fragile, la Commission bancaire de l’UEMOA se trouve à un tournant. Sa capacité à faire respecter les règles, à anticiper les dérives et à imposer des sanctions crédibles déterminera, dans les années à venir, la trajectoire de confiance du système bancaire régional.
Patrick Tchounjo



