UEMOA : la Commission bancaire, vigie silencieuse d’une transformation cruciale

Dans les arcanes feutrés de l’architecture financière ouest-africaine, la Commission bancaire de l’UEMOA agit loin des caméras, mais au cœur des équilibres. Cet organe de régulation, longtemps perçu comme purement technique, s’impose aujourd’hui comme un acteur stratégique dans un secteur bancaire en mutation accélérée.
Alors que les banques locales s’ouvrent à l’innovation, que les fintechs bousculent les modèles établis, et que les États cherchent des leviers pour financer la croissance post-Covid, la solidité du système repose sur une surveillance de plus en plus proactive. Et dans cette équation, la Commission bancaire ne peut plus se contenter d’un rôle de vigie. Elle doit devenir un catalyseur de résilience, capable d’anticiper les chocs et de guider les transformations du marché.
La mutation attendue ne concerne pas uniquement la technicité du contrôle prudentiel. Elle implique aussi une nouvelle posture institutionnelle. Plus de transparence, une innovation réglementaire constante, un investissement massif dans les compétences humaines et une lecture agile des risques émergents — qu’ils soient technologiques, climatiques ou géopolitiques — seront nécessaires pour rester en phase avec la réalité du terrain.
Aujourd’hui, la stabilité du secteur ne suffit plus. C’est la capacité à accompagner l’ambition de croissance inclusive des économies ouest-africaines qui fait figure de nouveau critère d’exigence pour le superviseur. La BCEAO et la Commission bancaire devront donc penser au-delà du bilan comptable, pour intégrer les logiques de transformation numérique, de bancarisation massive et d’intégration régionale.
Dans ce contexte, la régulation devient un levier d’attractivité autant qu’un outil de protection. Si elle réussit ce virage, la Commission bancaire pourrait bien passer du statut de gardienne des règles à celui d’architecte d’un futur bancaire ouest-africain plus robuste, inclusif et souverain.
Patrick Tchounjo



