Le poids des importations dans la hausse des prix en Afrique de l’Ouest

Dans les grandes capitales d’Afrique de l’Ouest, comme Abidjan et Dakar, le coût de la vie connaît une progression constante. Les secteurs du logement, du transport et de l’alimentation concentrent l’essentiel des hausses, illustrant une spirale inflationniste qui fragilise les ménages urbains.
Urbanisation rapide et dépendance accrue aux importations
L’urbanisation accélérée exerce une pression considérable sur les infrastructures locales et sur la demande de biens essentiels. Or, la production locale peine à suivre le rythme. Résultat : la dépendance aux importations alimentaires et énergétiques devient structurelle. Dans un contexte de volatilité mondiale — hausse des cours pétroliers, perturbations logistiques, fluctuations des devises — les prix sur les marchés ivoiriens et sénégalais évoluent de manière imprévisible.
Une inflation importée difficile à maîtriser
Cette situation traduit un phénomène d’inflation importée. Les prix du riz, du blé, du carburant ou encore du gaz domestique sont directement corrélés aux marchés internationaux. Chaque variation mondiale se répercute quasi instantanément dans les paniers de consommation locaux. Pour des ménages où l’alimentation représente une part importante du budget, cette exposition accentue la vulnérabilité financière et réduit la capacité d’épargne.
Le défi pour la classe moyenne émergente
À Abidjan comme à Dakar, les classes moyennes, moteur de la consommation, subissent de plein fouet cette hausse structurelle des coûts. L’augmentation continue des loyers, combinée à l’explosion des frais de transport et à la flambée des prix alimentaires, crée une tension croissante entre aspirations sociales et réalité économique. Si la croissance reste soutenue, elle ne se traduit pas toujours par une amélioration tangible du quotidien.
Quelles pistes de résilience ?
Pour atténuer ce poids des importations, plusieurs leviers sont identifiés :
- Renforcer la production locale agricole et énergétique pour réduire la dépendance extérieure.
- Investir dans les infrastructures logistiques afin de limiter les surcoûts liés au transport.
- Diversifier les sources d’approvisionnement et stimuler le commerce intra-africain dans le cadre de la ZLECAf.
Un enjeu stratégique pour la stabilité
Au-delà des considérations économiques, la question du coût de la vie touche à la stabilité sociale et politique. Dans des sociétés jeunes et urbanisées, la hausse continue des prix peut devenir un facteur de contestation. Pour les gouvernements, il s’agit donc d’un test majeur de gouvernance : transformer la croissance économique en résilience sociale.
En définitive, le poids des importations dans la hausse des prix rappelle une évidence : la souveraineté économique passe par la capacité à produire et transformer localement. C’est à ce prix que les économies d’Afrique de l’Ouest pourront protéger leurs ménages et consolider une croissance inclusive.
Patrick Tchounjo



