UEMOA : 650 milliards FCFA de bénéfices bancaires au premier semestre 2025, mais la liquidité se contracte

Les banques de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ont enregistré un bénéfice net cumulé d’environ 650 milliards FCFA au premier semestre 2025, selon la BCEAO. Ces résultats illustrent la solidité d’un secteur porté par une croissance régionale soutenue — évaluée entre 6 % et 7 % —, une inflation sous contrôle et une demande de crédit en hausse. Derrière cette performance, une réalité plus complexe se dessine : le système bancaire fait face à un resserrement marqué de la liquidité, qui pousse l’institution centrale à multiplier les interventions.
Croissance des revenus, mais contraintes structurelles
Entre 2023 et 2024, le total de bilan des 160 établissements agréés dans l’Union a progressé de 9,3 %, tandis que les revenus nets augmentaient de 11,7 % (Daba Finance). Cette dynamique se confirme en 2025, grâce à l’expansion du crédit aux entreprises et aux ménages, ainsi qu’à une amélioration des marges d’intermédiation. Mais l’environnement reste contraint : coûts de financement plus élevés, pression réglementaire accrue et dépendance persistante aux financements de la BCEAO.
Resserrement de la liquidité et intervention massive de la BCEAO
Depuis la réintroduction des adjudications à taux variable en 2023, le taux interbancaire à trois mois est passé de 4,16 % à 6,08 %, et les demandes de refinancement ont bondi de 2 600 à 8 200 milliards FCFA (Daba Finance). Pour contenir la pression, la BCEAO a injecté le 15 septembre 2025 un volume exceptionnel de 7 650 milliards FCFA sur le marché monétaire, via l’adjudication hebdomadaire n° 37/H/2025 (Bankassurafrik). L’opération, d’une durée de sept jours, a attiré 132 soumissions de 104 établissements, portant la demande totale à près de 7 999 milliards FCFA, soit 349 milliards au-delà de l’offre initiale. La Côte d’Ivoire, le Niger et le Burkina Faso figuraient parmi les plus gros demandeurs.
Perspectives : rentabilité préservée, vigilance renforcée
Ce paradoxe — rentabilité élevée et tension de trésorerie — reflète à la fois la vigueur de la demande de crédit et la montée des risques. Les banques sont appelées à renforcer leurs fonds propres, à diversifier leurs ressources et à poursuivre leurs investissements dans la digitalisation pour contenir les coûts et élargir l’inclusion financière. De son côté, la BCEAO maintient une politique accommodante, avec un taux directeur à 3,25 %, tout en surveillant les risques liés à l’inflation importée, à l’instabilité sécuritaire et aux chocs climatiques.
Un secteur sous pression, mais porteur de croissance
Les 650 milliards FCFA de profits démontrent que les banques de l’UEMOA disposent encore de marges solides pour financer la croissance. Mais la dépendance accrue aux adjudications de la BCEAO souligne une vulnérabilité structurelle. Le défi des prochaines années sera de transformer cette rentabilité en investissements productifs, capables de consolider la stabilité financière et d’accompagner l’intégration économique régionale.
Patrick Tchounjo



