Mobile money vs banques traditionnelles : qui gagnera la bataille des paiements en Afrique francophone ?

En Afrique francophone, le secteur des paiements est devenu le théâtre d’une compétition inédite entre opérateurs de mobile money et banques traditionnelles. Depuis une décennie, les services financiers mobiles, popularisés par les géants des télécoms, ont profondément transformé les usages. Dans des pays où plus de 60 % de la population reste non bancarisée, le téléphone portable s’est imposé comme la principale porte d’entrée vers l’inclusion financière.
Le succès du mobile money repose sur trois atouts majeurs : l’accessibilité, la rapidité et la proximité. Avec un simple téléphone basique, un utilisateur peut transférer de l’argent, payer ses factures ou recevoir un microcrédit. Dans les zones rurales, ces services répondent à une demande que les banques n’avaient pas su satisfaire. Le volume des transactions en mobile money dans l’UEMOA a dépassé 67 000 milliards de F CFA en 2023, selon la BCEAO, soit plus que l’ensemble des paiements électroniques bancaires classiques.
Face à cette ascension, les banques traditionnelles ne restent pas inactives. Elles multiplient les partenariats avec les opérateurs de télécoms, investissent dans leurs propres applications de paiement et misent sur la digitalisation pour reconquérir une clientèle qui s’éloigne des guichets. Certaines institutions, comme en Côte d’Ivoire ou au Sénégal, expérimentent des solutions hybrides combinant comptes bancaires et portefeuilles mobiles.
La bataille ne se joue pas seulement sur la technologie, mais aussi sur la confiance et la régulation. Les banques mettent en avant leur solidité, leur cadre juridique strict et leur capacité à sécuriser les transactions. Les opérateurs de mobile money, eux, revendiquent la souplesse et l’innovation. Les régulateurs, BCEAO et COBAC en tête, cherchent à trouver un équilibre : encourager l’innovation sans fragiliser la stabilité du système financier.
À terme, la question n’est peut-être pas de savoir qui gagnera, mais comment s’opérera la convergence. Le mobile money a ouvert une brèche décisive dans l’inclusion financière, mais les banques disposent d’un capital de confiance et de moyens financiers qui leur permettent de rester incontournables. L’avenir des paiements en Afrique francophone pourrait bien résider dans une complémentarité forcée : une cohabitation où banques et fintechs, loin de s’exclure, finiront par bâtir un écosystème intégré.
Patrick Tchounjo



