Cybersécurité bancaire : la nouvelle priorité stratégique des établissements financiers en Afrique francophone

La digitalisation rapide du secteur bancaire en Afrique francophone ouvre de nouvelles perspectives, mais elle expose aussi les établissements à des menaces inédites. Fraudes en ligne, attaques par rançongiciel, hameçonnage ciblé : les cybercriminels multiplient les offensives contre des systèmes financiers encore fragiles. Face à cette réalité, la cybersécurité n’est plus une simple fonction technique. Elle s’impose désormais comme une priorité stratégique au cœur des conseils d’administration.
Les chiffres donnent la mesure de l’enjeu. Selon l’Union africaine, les pertes liées à la cybercriminalité dépassent 4 milliards de dollars par an sur le continent, un montant en constante augmentation. Les banques francophones, qui accélèrent leur transition numérique grâce au mobile banking, aux applications de paiement et aux plateformes de crédit digital, deviennent des cibles privilégiées. Un incident majeur pourrait non seulement fragiliser la confiance des clients, mais aussi menacer la stabilité de l’ensemble du système financier.
Conscientes de ces risques, les autorités de régulation comme la COBAC en Afrique centrale ou la BCEAO en Afrique de l’Ouest renforcent leur arsenal. Elles imposent désormais aux établissements financiers des normes plus strictes en matière de gouvernance IT, de protection des données et de résilience opérationnelle. Certaines banques investissent massivement dans des centres de surveillance en temps réel, des solutions de détection avancées et la formation continue de leur personnel.
Cependant, la cybersécurité bancaire ne peut pas se résumer à des pare-feu et à des logiciels. Elle exige une culture de sécurité intégrée à tous les niveaux, depuis la direction jusqu’aux agences. La plupart des intrusions exploitent encore des erreurs humaines : mots de passe faibles, négligence dans la manipulation des données ou méconnaissance des procédures de sécurité. Les établissements francophones sont donc contraints d’allier technologie et sensibilisation pour réduire leur vulnérabilité.
Au-delà des aspects techniques, la cybersécurité devient aussi un enjeu de compétitivité. Les banques capables de garantir la protection des transactions et la confidentialité des données gagneront la confiance d’une clientèle de plus en plus connectée et exigeante. Dans un marché où la concurrence entre banques traditionnelles, fintechs et opérateurs télécoms s’intensifie, la sécurité peut devenir un facteur de différenciation décisif.
La montée en puissance des risques cyber dessine ainsi un nouvel équilibre. L’Afrique francophone, longtemps en retard sur ces questions, commence à prendre la mesure de l’urgence. La cybersécurité bancaire n’est plus un coût imposé par la réglementation, mais un investissement stratégique indispensable à la survie et à la croissance des établissements financiers.
Patrick Tchounjo



