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Banques africaines : comment l’UEMOA et la CEMAC résistent à la tempête inflationniste

L’inflation, alimentée par la hausse des prix des denrées alimentaires, de l’énergie et par les tensions géopolitiques, bouleverse les économies d’Afrique francophone. Dans les zones UEMOA et CEMAC, les banques locales et régionales jouent un rôle crucial pour amortir ces chocs. Leur capacité à absorber la pression, tout en soutenant l’économie réelle, révèle une résilience qui reste toutefois sous contraintes.

Depuis deux ans, la flambée des prix a réduit le pouvoir d’achat des ménages et fragilisé la trésorerie des PME, principaux clients des banques. Cette situation accroît le risque de défaut de paiement et pèse sur la qualité des portefeuilles de crédits. Les ratios de créances en souffrance, déjà élevés dans certains pays, pourraient se détériorer davantage si les pressions inflationnistes persistent.

Pour faire face, les banques s’appuient sur une diversification de leurs revenus et un renforcement de leurs fonds propres. Les institutions les plus solides ont investi dans des systèmes de gestion des risques plus sophistiqués, intégrant l’analyse prédictive et, de plus en plus, l’intelligence artificielle. Cette approche permet d’anticiper les fragilités des emprunteurs et de calibrer les financements en fonction des profils de risque.

Les régulateurs, qu’il s’agisse de la BCEAO en Afrique de l’Ouest ou de la COBAC en Afrique centrale, imposent aux établissements bancaires de maintenir des ratios de solvabilité élevés. Ces exigences, bien qu’elles pèsent sur la rentabilité, offrent un filet de sécurité face aux turbulences macroéconomiques.

La résilience du secteur repose également sur sa capacité à innover. L’essor des solutions de financement digital, du mobile money et des plateformes de paiement instantané (comme le PI-SPI lancé par la BCEAO) ouvre de nouvelles perspectives de revenus, tout en élargissant l’accès des ménages et des PME aux services financiers.

Cependant, l’équilibre reste fragile. Une inflation prolongée pourrait réduire la demande de crédit, affaiblir les marges d’intérêt et accroître la pression sur les liquidités. À l’inverse, une réponse trop restrictive des banques centrales risquerait d’étouffer l’investissement et de freiner la croissance.

Dans ce contexte, la véritable épreuve pour les banques francophones est de maintenir leur solidité financière tout en continuant à irriguer l’économie réelle. Leur capacité à conjuguer prudence et innovation sera déterminante pour transformer une période d’incertitude en opportunité de consolidation et de modernisation du secteur bancaire régional.

Patrick Tchounjo

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