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Banques CEMAC : le Cameroun creuse l’écart avec des profits records en 2024

En 2024, les 56 banques de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) ont affiché des performances inédites. Selon les données agrégées du secteur, les bénéfices nets cumulés ont atteint 449,8 milliards FCFA, soit une progression de +12,6 % sur un an et plus du triple par rapport à 2020, où les profits plafonnaient à 144 milliards FCFA. Cette dynamique témoigne d’un renforcement structurel du système bancaire sous-régional, marqué par une meilleure maîtrise des coûts, une croissance soutenue du crédit et une mobilisation accrue des dépôts.

Le Cameroun, locomotive financière de la sous-région

Avec 208,6 milliards FCFA de bénéfices, le Cameroun confirme sa position dominante dans la CEMAC, concentrant près de 46 % des profits bancaires régionaux. Le pays s’appuie sur un écosystème bancaire dense – plus d’une quinzaine d’établissements en activité – et une économie plus diversifiée que celle de ses voisins. Le Gabon suit avec 113,9 milliards FCFA, tandis que le Congo enregistre 91,6 milliards FCFA, porté par la reprise des investissements publics et le redressement du secteur pétrolier. Le Tchad, la Centrafrique et la Guinée équatoriale ferment la marche, affichant des résultats plus modestes, souvent liés à une taille de marché réduite et à des risques souverains plus élevés.

Des fondamentaux en nette amélioration

Au-delà de la performance financière, la solidité des bilans reste impressionnante : le total des actifs des banques de la CEMAC atteint 25 000 milliards FCFA, soit l’équivalent de près de 70 % du PIB régional. Les dépôts s’élèvent à 18 000 milliards FCFA, reflet d’une confiance accrue des ménages et des entreprises dans le système bancaire, tandis que les crédits bruts culminent à 12 501 milliards FCFA, dont 78 % sont orientés vers le secteur privé.
Cette dynamique de financement privé confirme la volonté des banques de soutenir davantage la croissance hors pétrole, notamment dans les services, le commerce et l’agro-industrie. Elle illustre aussi l’impact positif des politiques monétaires accommodantes de la BEAC, qui a su maintenir un environnement de taux favorable tout en renforçant la régulation prudentielle.

Une rentabilité portée par l’efficacité opérationnelle

Si la hausse des bénéfices s’explique en partie par la progression du volume d’affaires, elle traduit aussi une meilleure maîtrise des charges d’exploitation. Les banques de la CEMAC ont amélioré leurs marges grâce à la digitalisation des services, à la rationalisation du réseau d’agences et à l’expansion des services mobiles et digitaux.
Les filiales de groupes panafricains comme BGFI Bank, Société Générale, UBA, Afriland First Bank ou encore ECOBANK ont consolidé leurs positions, profitant de synergies technologiques et de stratégies de gestion des risques plus rigoureuses.

Les défis : inclusion, innovation et consolidation

Derrière ces résultats éclatants, plusieurs défis persistent. Le taux de bancarisation, encore inférieur à 25 % en moyenne, limite la profondeur du marché. Par ailleurs, la restructuration du secteur – amorcée avec la hausse du capital minimum des banques à 25 milliards FCFA d’ici 2029 – devrait accélérer la consolidation du paysage bancaire autour d’acteurs plus solides et plus capitalisés.
Dans un contexte marqué par la montée en puissance des fintechs et la digitalisation accélérée des paiements, les banques de la CEMAC devront aussi renforcer leur innovation financière et leur capacité à financer les PME, véritables moteurs de la diversification économique.

Vers une maturité régionale du secteur bancaire

Les performances de 2024 confirment la résilience et la maturité croissante du secteur bancaire d’Afrique centrale. Porté par une gouvernance améliorée, une supervision renforcée et une base clientèle en expansion, le système bancaire de la CEMAC s’impose désormais comme un pilier stratégique de la stabilité macroéconomique régionale.
Reste à transformer ces profits record en leviers de développement inclusif, capables de financer l’investissement productif et de soutenir la transformation structurelle des économies.

Patrick Tchounjo

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