Afriland First Bank franchit 2 000 milliards FCFA d’actifs : leadership confirmé, crédit sous contrôle

Afriland First Bank vient de franchir un seuil symbolique sur le marché bancaire camerounais : un total de bilan de 2 032,09 milliards FCFA sur l’exercice 2024, en hausse de 9,3% sur un an, selon des données relayées par la presse économique locale. L’établissement, piloté par le banquier et homme d’affaires Paul Kammogne Fokam, s’installe ainsi dans un club rare en Afrique centrale : celui des banques capables de dépasser la barre des 2 000 milliards FCFA d’actifs tout en maintenant une rentabilité solide.
Sur la même période, Afriland First Bank affiche un résultat net de 28,59 milliards FCFA et un produit net bancaire (PNB) de 126,22 milliards FCFA, des indicateurs qui confirment la capacité de la banque à générer des marges dans un environnement où le coût du risque et les exigences prudentielles pèsent davantage sur les bilans.
L’argent afflue… mais la banque ralentit sur les prêts
Le chiffre le plus révélateur de 2024 n’est pas forcément le total bilan : c’est la collecte. Les dépôts ressortent à 1 562,35 milliards FCFA, en progression de 10,1%, signe d’une confiance renforcée des ménages et des entreprises dans un contexte de concurrence bancaire accrue.
Mais l’autre face de la médaille est plus clivante pour l’économie réelle : l’encours de crédits recule légèrement à 1 220,03 milliards FCFA, soit -1,7%.
Une banque peut se féliciter d’une croissance des d
épôts. Un pays, lui, regarde surtout si cette liquidité se transforme en financement. Cette contraction du crédit peut refléter une politique plus sélective, un arbitrage prudent sur le risque ou un environnement où la qualité des dossiers n’augmente pas au même rythme que la collecte. Elle dit surtout une chose : même le leader du marché ne “prête” pas mécaniquement quand l’épargne augmente.
Une rentabilité qui pèse dans le marché camerounais
Selon certains médias, le PNB de 126,22 milliards FCFA représenterait 18,1% du PNB global du marché bancaire camerounais (estimé à 698,5 milliards FCFA) et le résultat net constituerait la meilleure performance du secteur sur la période considérée.
Ces éléments renforcent l’idée que la performance d’Afriland ne se limite pas à la taille : elle repose aussi sur un modèle de revenus suffisamment robuste pour absorber les chocs.
Le levier réseau : présence physique et “effet de masse”
Afriland First Bank revendique par ailleurs un réseau de 95 agences sur le territoire, un atout encore décisif dans un marché où la proximité reste un facteur de bancarisation et de conquête commerciale, malgré la montée du digital.
Ce maillage, combiné à l’accélération des dépôts, aide la banque à consolider sa base de financement à faible coût, mais il pose aussi un défi structurel : plus le réseau est large, plus la discipline d’efficacité opérationnelle devient critique pour préserver les marges.
Ce que 2024 annonce pour 2025–2026
La lecture “Bloomberg” de ces chiffres est nette : Afriland First Bank consolide sa domination par la taille et la collecte, mais envoie aussi un signal de cycle. Quand les dépôts montent et que le crédit recule, le marché comprend que le leader choisit ses risques. Pour l’écosystème, la question devient alors centrale : la banque durcit-elle sa politique par prudence temporaire, ou parce que le coût du risque et les contraintes de solvabilité redessinent durablement l’appétit de crédit du secteur ?
Dans un Cameroun où l’accès au financement demeure un goulot d’étranglement pour de nombreuses PME, la réponse pèsera autant sur la croissance que sur la rentabilité du système bancaire.
Patrick Tchounjo



