Cameroun : la Banque mondiale active 200 millions USD pour moderniser les finances publiques via IMPACT

Le mail est tombé comme un verdict administratif, mais son sous-texte est politique : « les conditions d’effectivité… ont été satisfaites ». Résultat, l’accord de financement entre en vigueur le 8 janvier 2026. Et avec lui, un ticket de 200 millions de dollars pour moderniser la machine budgétaire camerounaise.
Le programme s’appelle IMPACT (Improving Performance, Accountability and Transparency) et il ne ressemble pas à une enveloppe classique. Ici, la Banque mondiale ne finance pas “des activités”. Elle finance des résultats mesurables, déclenche les décaissements quand les indicateurs bougent, et impose une logique simple : pas de performance, pas d’argent.
Un PforR de 200 millions USD, signé en 2025, rendu exécutoire en 2026
Selon la Direction générale du Budget (MINFI), tout part d’un accord de financement n°7720-CM, signé le 15 juin 2025 entre le Cameroun et la Banque mondiale, dans le cadre du Plan stratégique de réformes de la gestion des finances publiques (PSRGFP).
Sur les 300 millions USD identifiés pour soutenir ce plan, près de 200 millions USD seront mobilisés à des conditions concessionnelles sur quatre ans (estimation officielle : environ 112 milliards FCFA).
IMPACT est présenté comme le deuxième PforR du pays après un premier mécanisme lancé dans l’énergie.
Ce que la Banque mondiale veut acheter : plus de recettes, plus de traçabilité, plus de comptes
Le cœur d’IMPACT est une promesse : améliorer la mobilisation des ressources internes et la qualité d’utilisation des fonds publics, avec un focus sur la transparence et l’efficacité. La Banque mondiale souligne que le programme vise notamment à améliorer la mobilisation des ressources domestiques et l’usage des ressources publiques, tout en soutenant une gestion budgétaire plus sensible au climat et au genre.
Côté Cameroun, la DGB liste les résultats attendus, très concrets, presque “auditables” :
IMPACT vise notamment à accélérer la télédéclaration et le paiement de l’impôt, à renforcer la mobilisation des recettes à travers la TVA et l’impôt sur les sociétés, et à installer une transparence plus régulière via la publication systématique des états financiers audités des entreprises publiques. Le programme prévoit aussi l’intégration progressive des enjeux climatiques et de genre dans la préparation et l’exécution budgétaires, le rapatriement et la centralisation des ressources publiques au sein du Compte Unique du Trésor, ainsi qu’un renforcement des mécanismes de reddition des comptes, en particulier dans les formations sanitaires publiques.
Autrement dit : le programme attaque les points où l’État “perd” le plus (collecte, fuites de trésorerie, opacité des entités publiques, dépense sociale mal tracée).
Le point qui dérange : ce n’est pas un financement, c’est un contrat de performance
IMPACT arrive dans une période où la réforme budgétaire n’a plus le luxe du cosmétique. La pression est double : recettes (surtout non pétrolières) et crédibilité (auprès des bailleurs, des marchés et des citoyens). Le PforR est précisément conçu pour cela : utiliser les systèmes du pays, mais lier les décaissements à des résultats.
Et c’est là que le programme devient clivant : il oblige l’administration à prouver, pas à déclarer. Publier les états financiers audités des entreprises publiques, rapatrier des fonds vers le CUT, renforcer la TVA et l’IS, digitaliser la fiscalité… ce sont des chantiers techniques, mais aussi des zones de pouvoir.
Une entrée en vigueur conditionnée… et déjà “test” pour l’exécution
La Banque mondiale n’a pas activé le programme sans prérequis. Selon la DGB, avant le 9 janvier 2026, il fallait notamment recruter le personnel clé de l’unité de coordination et valider le manuel opérationnel. Ces conditions ont été remplies, ouvrant la porte au démarrage effectif.
Le signal est net : l’argent est là, mais la véritable bataille commence maintenant, celle des indicateurs, des preuves, et de la capacité à transformer une réforme en exécution.
Patrick Tchounjo



