Inclusion Financière

Gabon–FMI : Libreville relance un nouveau programme économique après plus de deux ans de pause

Plus de deux ans après l’enrayement de son précédent accord avec le Fonds monétaire international, le Gabon annonce vouloir rouvrir un nouveau chapitre avec l’institution de Bretton Woods. Le 21 janvier 2026, le ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la vie chère, Thierry Minko, a indiqué que Libreville mettrait en œuvre un “programme économique de croissance” avec l’appui du FMI, présenté comme un choix aligné sur les intérêts macroéconomiques de la sous-région CEMAC et sur les ambitions de développement du pays.

Le message est ciselé pour les marchés et les partenaires : responsabilité, transparence, coopération, stabilité. Dans le vocabulaire du FMI, ce sont des mots qui rassurent autant qu’ils engagent, car ils renvoient immédiatement à un agenda de réformes, de discipline budgétaire et de gouvernance des finances publiques.

Un signal politique fort, mais un accord encore à préciser

La communication gabonaise intervient dans un climat où l’attention se fixe sur le degré d’avancement réel des discussions. Plusieurs analyses soulignent qu’à ce stade, l’annonce ressemble davantage à une intention politique structurante qu’à un accord final déjà ficelé, les paramètres techniques d’un programme FMI demandant généralement des semaines, voire des mois, de négociations et de cadrage.

Ce flou n’annule pas la portée du geste, au contraire : en se projetant publiquement vers un programme, Libreville cherche à envoyer un signal de crédibilité, au moment où la question du financement, de la soutenabilité budgétaire et de la confiance des bailleurs reste centrale.

Le tournant du 5 novembre 2025 : Oligui Nguema face au patron Afrique du FMI

Le rapprochement annoncé en janvier 2026 s’inscrit dans une séquence initiée fin 2025, lorsque le président Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu Abebe Aemro Selassie, directeur du département Afrique du FMI. Les échanges ont porté sur les priorités de politique économique, la soutenabilité des finances publiques et les perspectives de croissance à moyen terme, avec un discours de soutien aux réformes engagées par les autorités.

Dans la grammaire diplomatique du Fonds, ce type de rencontre au sommet n’est jamais neutre. Elle marque une disponibilité à avancer, mais aussi une attente : clarifier la trajectoire macroéconomique, verrouiller des garde-fous budgétaires, et donner une colonne vertébrale aux réformes.

Le précédent de 2021 : un programme suspendu, une confiance à reconstruire

Le dernier cadre formel entre le Gabon et le FMI remonte à août 2021, avec un accord triennal au titre du Mécanisme élargi de crédit. Le programme a ensuite buté sur sa troisième revue, suspendue en raison de difficultés d’exécution, dans un contexte où la question des arriérés et des dérapages a pesé sur l’évaluation.

Pour le FMI, la suspension d’une revue n’est pas un détail procédural. C’est un rappel à l’ordre : sans respect des critères, pas de décaissement, et une crédibilité entamée vis-à-vis des autres bailleurs. Pour le pays, cela signifie souvent un coût de financement plus élevé, une marge de manœuvre réduite et une pression accrue sur la gestion de trésorerie publique.

“Changer d’approche” : le débat gabonais sur les programmes FMI

Le sujet est d’autant plus sensible à Libreville qu’il réactive un débat interne déjà public : l’efficacité des programmes successifs. En 2025, Henri-Claude Oyima, alors ministre de l’Économie, avait plaidé pour rompre avec les schémas antérieurs, rappelant que le Gabon a connu de nombreux programmes avec le FMI sans résultats jugés probants en matière de croissance, et appelant à un cadre conçu d’abord “par les Gabonais et pour les Gabonais”, avec un appui du Fonds sur une vision nationale plutôt qu’un modèle importé.

Le nouveau signal envoyé par Thierry Minko ressemble à une tentative de concilier ces deux exigences : renouer avec le FMI pour restaurer la confiance macroéconomique, sans donner l’impression d’une politique dictée de l’extérieur.

Pourquoi le FMI compte, surtout en zone CEMAC

Dans la CEMAC, un programme FMI n’est pas seulement un dossier national. C’est un élément de stabilité régionale, parce qu’il touche à la discipline budgétaire, aux équilibres extérieurs et à la confiance autour de l’ancrage monétaire. Quand un État pétrolier reconfigure sa trajectoire budgétaire, l’effet d’entraînement dépasse ses frontières, notamment sur le financement bancaire domestique, les paiements de l’État, et la perception du risque par les investisseurs régionaux.

C’est aussi une “certification” implicite : le FMI ne garantit pas le succès économique, mais il fournit un cadre, des jalons et un langage commun qui facilitent souvent le retour d’autres bailleurs, le dialogue avec les marchés et, parfois, une amélioration de la perception du risque.

Les attentes du marché : discipline, transparence, exécution

La question clé, désormais, est celle du contenu. Un programme qualifié “de croissance” peut recouvrir des priorités très différentes. Les marchés et les bailleurs attendront des signaux concrets sur la qualité de la dépense publique, la capacité à prioriser les investissements, la gestion de la dette, la transparence budgétaire et la gouvernance des entreprises publiques.

Et c’est là que la séquence politique comptera autant que la séquence technique. Un programme FMI réussi se joue rarement sur les annonces. Il se joue sur l’exécution, sur la capacité à tenir des cibles, à documenter, à publier, à corriger vite, et à maintenir la cohérence entre promesses et pratiques.

Un nouveau départ, sous conditions

Qu’il aboutisse rapidement ou qu’il exige encore des mois de négociations, le rapprochement annoncé avec le FMI marque un tournant : le Gabon semble vouloir ancrer sa stratégie économique dans un cadre plus lisible pour ses partenaires financiers. Mais l’histoire récente rappelle une règle simple : la confiance se reconstruit sur la durée.

Patrick Tchounjo

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