Inclusion Financière

UMOA-Titres : le Sénégal aimante la liquidité et lève 143 milliards FCFA sur demande record

Le marché régional a parlé, et il a parlé fort. Ce vendredi, l’État du Sénégal a bouclé une adjudication qui fera date sur la place UEMOA : 239,89 milliards FCFA de soumissions pour 130 milliards FCFA recherchés, et 143 milliards FCFA finalement retenus. Résultat : un taux de couverture de 184,53%, avec un taux d’absorption de 59,61%, signe d’une demande massive… mais aussi d’un Trésor qui reste sélectif sur les conditions.

Derrière ces chiffres, une réalité simple : la signature sénégalaise continue de capter la liquidité régionale, à un moment où les investisseurs arbitrent chaque semaine entre rendement, duration et risque souverain. Et cette adjudication ressemble à un baromètre : quand la demande grimpe à ce niveau, ce n’est plus seulement une opération de financement, c’est un vote de marché.

Cinq lignes, de 182 jours à 7 ans : le Trésor étale, le marché répond

L’opération portait sur deux Bons Assimilables du Trésor (BAT) et trois Obligations Assimilables du Trésor (OAT), avec des maturités allant de 182 jours à 7 ans. La date de valeur est fixée au 9 février 2026, et les échéances courent jusqu’en 2033.

Ce format en dit long sur la stratégie : sécuriser du court terme pour la gestion de trésorerie, tout en verrouillant du moyen/long terme pour lisser le risque de refinancement. Autrement dit : ne pas dépendre d’une seule poche de liquidité, et laisser au marché plusieurs portes d’entrée.

Le court terme “aspire” la demande, mais le long terme s’impose par sa solidité

Sur le segment le plus court, le BAT à 182 jours a concentré le gros de l’appétit : 109,947 milliards FCFA de soumissions, pour 76,999 milliards retenus. Le taux marginal s’établit à 6,25% et le rendement moyen pondéré à 6,39%.

Sur le papier, c’est le scénario classique : les investisseurs aiment le court terme quand la visibilité macro et monétaire reste serrée. Mais le signal le plus fort vient aussi du long terme : les OAT 5 ans et 7 ans affichent un taux d’absorption de 100%, avec des rendements moyens pondérés de 7,72% et 7,73%. En clair : quand le Sénégal propose de la duration, le marché suit et le Trésor prend.

Une mobilisation vraiment régionale : la liquidité UEMOA a convergé vers Dakar

L’autre fait marquant, c’est l’origine de la demande. Les soumissions viennent de plusieurs pays de l’Union, confirmant que le marché UEMOA n’est pas un simple alignement de guichets nationaux, mais un espace de liquidité qui circule.

Sur le BAT 182 jours, les investisseurs sénégalais ont soumissionné 21,13 milliards FCFA, tandis que le Togo s’est illustré avec 60 milliards FCFA proposés sur cette ligne. Le Mali (11,5 milliards) et le Bénin (7,762 milliards) figurent aussi parmi les contributeurs notables.

Sur le BAT 1 an, la Côte d’Ivoire s’est démarquée avec 34,522 milliards FCFA de soumissions, dont 13,793 milliards retenus.

Même du côté des obligations, la dispersion reste nette, avec des participations visibles du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Bénin ou encore du Mali selon les maturités.

Ce que le marché a vraiment “acheté” : du rendement, mais surtout de la prévisibilité

La lecture la plus intéressante n’est pas uniquement “le Sénégal lève plus que prévu”. C’est comment il lève plus que prévu. Le Trésor a accepté 143 milliards sur 239,89 milliards proposés, rejetant près de 96,89 milliards : cela signifie qu’il ne paie pas n’importe quel prix pour l’excès de demande.

Autrement dit, la sursouscription ne fait pas automatiquement monter la facture : elle redonne au Trésor un pouvoir de tri. Et dans un marché où plusieurs États sollicitent la même liquidité, c’est un avantage stratégique.

Banques, assurances, fonds : pourquoi cette adjudication compte au-delà du Sénégal

Pour les banques et investisseurs institutionnels, ce type d’opération est un signal de marché à plusieurs étages. D’abord, elle donne une indication sur la liquidité disponible et sur la préférence du moment pour le court terme. Ensuite, elle précise les niveaux de rendement acceptés sur 5 à 7 ans pour une signature souveraine très suivie. Enfin, elle rappelle une réalité : dans l’UEMOA, la compétition pour la liquidité se joue adjudication après adjudication, et chaque “record” reconfigure les anticipations.

Patrick Tchounjo

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